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Boston: 3 couples d’Ukraine privés de mariage religieux en URSS franchissent le pas

Ces maris et ces épouses - mariés, à eux trois, depuis 125 ans - sont passés sous la khoupa pour la première fois, les cérémonies religieuses étant illégales en Union soviétique

Un couple se prépare à marcher sur du verre, un symbole des mariages juifs, après leur cérémonie de mariage juif à Boston, le 7 février 2023. (Crédit : Igor Klimov via JTA)
Un couple se prépare à marcher sur du verre, un symbole des mariages juifs, après leur cérémonie de mariage juif à Boston, le 7 février 2023. (Crédit : Igor Klimov via JTA)

BOSTON (JTA) – De nouvelles épouses voilées tenant à la main un bouquet blanc ; une khoupadorée, le dais nuptial, la signature des ketubot, les contrats de mariage juifs ; une musique juive entraînante qui se diffuse dans une salle communautaire alors que les invités dansent la hora.

Tout indique ici un mariage traditionnel juif. Et pourtant, les trois couples qui se sont unis aujourd’hui sont d’ores et déjà mariés – et ils l’ont été, à eux trois, pour un total combiné de 125 années.

Un événement qui est, en réalité, une opportunité offerte à trois couples nés en Ukraine de vivre enfin leur cérémonie de mariage juif, cette pratique ayant été interdite sous le communisme dans leur pays natal à l’époque où ils avaient échangé civilement leurs vœux.

« C’était mon rêve depuis tant, tant d’années – et mon rêve se réalise », dit Elisheva Furman, qui a épousé son mari en Ukraine il y a cinquante ans.

Organisé par la Shaloh House, une organisation ‘Habad-loubavitch de Boston qui est au service des Juifs originaires de l’ancienne Union soviétique, l’événement est aussi une opportunité donnée aux étudiants rabbiniques ‘Habad de se former en officiant lors d’un mariage juif.

La Shaloh House a lancé un institut de formation rabbinique en 2021 après que le rabbin Shlomo Noginski, éducateur dans cette école, a été poignardé à huit reprises aux abords du bâtiment – une attaque qui a traumatisé Boston et sa communauté juive.

« Ces cérémonies de mariage, c’est la victoire de l’amour et de la bonté face à l’oppression et face à la haine », a commenté dans un communiqué le directeur de la Shaloh House, le rabbin Dan Rodkin. « Elles sont le témoignage de la force du peuple juif et de la résilience de ces couples nés en Union soviétique, qui veulent aujourd’hui célébrer leur mariage conformément à leur foi et à leur héritage ».

Rodkin lui-même a grandi en Russie. Le mouvement ‘Habad est né au 18e siècle dans ce qui est devenu l’ex-Union soviétique, et il a une présence très forte dans la région. Il cherche à s’adresser aux Juifs de tous ces territoires, des Juifs dont les pratiques et dont le lien avec le judaïsme ont diminué sous le communisme. La Shaloh House veut offrir une école, une synagogue et un centre communautaire à la communauté substantielle d’émigrés russophones de Boston.

Malgré la répression antisémite, Elisheva et Fishel affirment que lorsqu’ils étaient jeunes, leurs deux familles avaient une identité juive forte et qu’elles respectaient, dans le privé, les fêtes juives. Mais « c’était dangereux » de montrer sa foi, dit Elisheva, qui a aujourd’hui quatre petits-enfants. En conséquence, lorsqu’ils se sont mariés, ils ont organisé une cérémonie civile.

Leur mariage religieux et les deux autres qui ont lieu mercredi – dont la cérémonie a été personnalisée pour les trois couples – ont duré plus de quatre heures. Il y a eu un repas festif et des desserts, avec des plats traditionnels ukrainiens et russes.

Alex Linkov lève sa kippah, en tant que symbole du contrat de mariage juif, à côté de son épouse Rimma. Le couple s’est marié religieusement à Boston après avoir été marié en Ukraine pendant des décennies. (Crédit : Igor Klimov via JTA)

L’événement est organisé quelques jours avant le premier anniversaire de l’invasion, par la Russie, de leur pays natal. L’offensive avait commencé le 24 février.

Rimma Linkova, qui épouse religieusement Alexander Linkov lors de cette cérémonie après quatre ans de mariage, a encore un cousin qui se trouve en Ukraine. Elle déclare qu’ils se parlent régulièrement.

« Cette guerre, ça fait presque un an et elle n’est toujours pas terminée. C’est très difficile. Ce sont des morts pour rien », déplore Linkov.

Le troisième couple est celui qui est constitué par Sofya Hannah et par Gedalia Gulnik, qui utilisent leur nom en hébreu.

Leur fille, Yelena Gulnik, dit avoir été heureuse de voir ses parents pouvoir enfin avoir droit à un mariage juif – elle précise que son père était initialement hésitant face à cette idée après de si longues années d’union. Yelena Gulnik, mère de trois enfants qui fréquentent l’externat de la Shaloh House, est née à Odessa et elle est venue à Boston en compagnie de ses parents quand elle était âgée de douze ans.

« Mes parents n’ont jamais eu droit à la khoupa, ils n’ont jamais eu de cérémonie religieuse. Il y a de nombreuses traditions religieuses juives qu’ils connaissaient peu », explique-t-elle. « Mais il y a aujourd’hui cette opportunité extraordinaire. Je ne pense pas qu’ils auraient franchi le pas si le rabbin Rodkin ne leur avait pas offert de le faire ».

Assister au mariage de ses grands-parents est « un peu bizarre parce que ce n’est pas quelque chose qu’on a l’occasion de faire tous les jours », s’exclame la fille aînée de Yelena. « Mais c’est vraiment formidable ».

Parmi les personnes présentes lors de la cérémonie, le propriétaire juif de l’équipe des New England Patriots, Robert Kraft, et son épouse, Dana Blumberg, qui se sont mariés au mois de novembre. Kraft, dont le groupe de philanthropie Campaign to Fight Antisemitism a été lancé en 2019, a fait un don de 250 000 dollars à la Shaloh House pour aider à lancer le programme rabbinique dans le sillage de la terrible agression de Noginski.

« Quand j’ai vu le rabbin Noginksi se faire poignarder dans ma ville natale de Boston, j’ai été bouleversé », déclare Kraft à JTA lors de ces mariages.

« Cette attaque est arrivée près de chez moi, ce qui m’a choqué », a-t-il continué dans un courriel. « Cette agression a été un rappel important que l’antisémitisme et la haine sont partout, même dans une communauté comme la nôtre ».

« Depuis l’attaque, j’ai été ému de voir comment le rabbin Noginski a su utiliser cet incident horrible pour en faire une opportunité de sensibiliser à la prévalence de l’antisémitisme et à la nécessité de se dresser contre tous les actes de haine », a encore écrit Kraft. « Cet homme est un vrai héros qui non seulement a sauvé des vies à ce jour, mais qui continue à utiliser son expérience pour éduquer les autres ».

Le propriétaire des New England Patriots Robert Kraft danse lors d’une cérémonie de mariage organisée pour des couples ukrainiens qui n’avaient pas pu se marier dans leur pays natal à Boston, le 7 février 2023. (Crédit : Igor Klimov via JTA)

L’histoire personnelle de Noginski a touché une corde sensible chez de nombreuses personnes. Lors de son enfance passée à St. Petersburg, lui et sa mère avaient été victimes d’antisémitisme – ils avaient alors décider de s’installer en Israël. Lui et son épouse qui, au moment de l’agression, venait tout juste d’arriver à Boston, sont les heureux parents de douze enfants.

Et le rabbin ne limite pas ses activités à Boston – il s’est exprimé en hébreu lors d’un rassemblement contre la haine anti-juive qui avait été organisé au mois de juillet 2021 à Washington, deux semaines après son attaque. L’auteur présumé des coups de couteau a été arrêté mais il n’a pas encore été jugé.

Mais tandis que l’agression reste à l’esprit de tous pendant les trois cérémonies de mariage, les réjouissances et le bonheur des familles prennent finalement le dessus.

« Ce mariage a une signification énorme », commente Dmitry Linkov en évoquant la cérémonie consacrée à ses parents.

Il avait cinq ans quand sa famille avait quitté Kiev et qu’elle s’était installée à Boston. Lui et sa jeune sœur avaient eu une enfance et une éducation laïques, explique-t-il, mais lui et son épouse, active dans le mouvement ‘Habad à Chestnut Hill, pratiquent dorénavant leur foi, ils respectent le Shabbat et ils ont un foyer casher.

« Ce que mes parents ont fait ce soir sera retransmis pendant des générations. C’est une bénédiction pour nos futures générations », confie Dmitry Linkov à JTA.

Il dit espérer que la cérémonie sera source d’inspiration pour d’autres Juifs issus de l’ancienne Union soviétique qui ont fui les persécutions là-bas.

« Ils célèbrent une nation », dit-il. « C’est vraiment étonnant ».

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