David Tzur : Des règles absurdes qui provoquent le chaos et ruinent la confiance
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David Tzur : Des règles absurdes qui provoquent le chaos et ruinent la confiance

Sans "direction et avec des restrictions floues", les forces de l'ordre sont "aspirées dans un trou noir", déclare l'ancien chef de la police de Tel Aviv au Times of Israël

Des Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur la place Habima de Tel Aviv, le 3 octobre 2020. (Miriam Alster/Flash90)
Des Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur la place Habima de Tel Aviv, le 3 octobre 2020. (Miriam Alster/Flash90)

Les affrontements de ces derniers jours entre la police et les manifestants anti-Netanyahu et les Juifs ultra-orthodoxes au sujet de leur respect des restrictions de confinement ont mis la police sous les projecteurs.

Samedi soir, à Tel Aviv, la police, accusée d’avoir fait un usage disproportionné de la force, a affirmé que les manifestants « avaient violé l’ordre public et attaqué des officiers de police » alors que les forces de sécurité cherchaient à appliquer de nouvelles restrictions contre les manifestations.

Dans les villes religieuses de Bnei Brak et Jérusalem, 18 personnes ont été arrêtées dimanche soir suite à des affrontements entre la police et les fidèles ultra-orthodoxes.

David Tzur, ancien haut fonctionnaire de police, a déclaré que la police « était aspirée dans un trou noir, sans direction et avec des restrictions floues à appliquer ». Il a ajouté que « la confiance du public s’était effondrée ».

Tzur a occupé plusieurs postes clés au sein de la police israélienne – notamment celui de chef de la police des frontières et de commissaire du district de Tel Aviv. Il a ensuite passé deux ans au Parlement pour le parti centriste Hatnua de Tzipi Livni, avant de quitter la Knesset en 2014.

« Il y a des règles et des restrictions établies qui sont si draconiennes et absurdes qu’en fin de compte, il est impossible pour la police de les faire respecter », a déclaré M. Tzur. « Sans parler de la rapidité : en général, les officiers et les civils ont le temps d’internaliser les nouvelles directives, mais pas aujourd’hui. Désormais, elles changent si souvent que, dans de nombreux cas, personne ne sait ce qui se passe, tant les civils que la police. »

Les manifestants anti-gouvernement réclament depuis des mois la démission du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Jusqu’à la semaine dernière, ils se réunissaient chaque samedi soir sur la place de Paris à Jérusalem, à proximité de la résidence officielle de Netanyahu, rue Balfour.

Des Israéliens protestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur la place Habima à Tel Aviv, le 3 octobre 2020. (Miriam Alster/Flash90)

Cependant, en raison des nouvelles restrictions imposées contre les manifestations la semaine dernière dans le cadre du deuxième confinement d’Israël visant à lutter contre le coronavirus, les manifestants doivent désormais rester à moins d’un kilomètre de leur domicile. Les groupes de protestation anti-Netanyahu ont qualifié la nouvelle loi de violation de leur droit à manifester.

À la lumière de la nouvelle loi, samedi soir, des centaines de petits rassemblements ont eu lieu dans tout le pays, les gens manifestant au sein de leurs communautés, dans ce qui a été rapporté par certaines estimations comme étant le plus grand événement de protestation à ce jour.

Mais samedi soir, les policiers ont également affronté les manifestants dans les rues de Tel Aviv et les fidèles dans les quartiers Haredim à Jérusalem. La nuit s’est terminée par des dizaines d’arrestations dans les quartiers les plus laïques et les plus profondément religieux d’Israël. Sur les 38 personnes arrêtées à Tel Aviv dans la nuit de samedi à dimanche, 37 ont été relâchées dimanche matin sans avoir été inculpées.

Les manifestants ont prétendu que les officiers avaient fait usage d’une force excessive pour les disperser. D’autres manifestants ont affirmé qu’ils étaient en parfaite conformité avec les nouvelles réglementations, mais ont néanmoins été dispersés par la police.

Tzur a déclaré que la nouvelle disposition relative à la dispersion des manifestations, sans aucune direction claire pour les autorités, rendait les affrontements plus probables – tant avec la police qu’avec les contre-manifestants.

Une vidéo montre un policier en moto qui frappe un manifestant au visage, apparemment pour l’avoir empêché de passer. Le même policier aurait ensuite frappé un journaliste de Haaretz à proximité.

Dans un communiqué publié tôt dimanche matin, la police a indiqué qu’elle avait infligé « des centaines d’amendes » au cours des manifestations pour des violations du confinement.

Dans un communiqué publié dimanche, le chef de la police par intérim Motti Cohen a rejeté les accusations selon lesquelles la police aurait commis une erreur de conduite lors de la dispersion des manifestants dans la nuit de samedi à dimanche.

Le chef de la police Motti Cohen visite un barrage temporaire à Jérusalem, le 18 septembre 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Décrivant le pays comme étant dans une « situation d’urgence » en raison de l’épidémie de coronavirus, M. Cohen a appelé la population à se conformer aux instructions et à écouter les agents chargés de faire respecter la loi.

« La fonction de la police dans un pays démocratique est de faire respecter la loi et les dispositions de la Knesset, même lorsqu’elle n’a pas le soutien total du public et même lorsqu’elle n’est pas au goût de ceux qui l’enfreignent », a déclaré M. Cohen.

« Nous continuerons à appliquer la loi et les règlements de manière impartiale et à maintenir la paix, la sécurité et la santé publiques », a conclu M. Cohen.

La situation à laquelle les agents ont été confrontés samedi soir à Tel Aviv était très différente des mois de manifestations anti-Netanyahu à Jérusalem. Plutôt que de se rassembler en une grande masse près de la résidence du Premier ministre, plusieurs petits rassemblements ont été organisés à travers la ville.

« D’un point de vue opérationnel, la police préfère une ou deux manifestations avec une direction claire. Ils peuvent parler à ces dirigeants et discuter des conditions de la manifestation », a déclaré Tzur.

David Tzur, ancien commissaire du district de police de Tel Aviv. (Crédit : Knesset)

Alors que les manifestations de Balfour étaient spontanées, un certain nombre de militants de haut rang ont servi de points de contact pour la police.

Cependant, avec les manifestations anti-Netanyahu dispersées dans des centaines de lieux à travers Israël, la coordination est bien plus difficile. Les officiers chargés de faire respecter la distanciation sociale opèrent dans un environnement complexe, ce qui rend l’escalade encore plus probable, selon Tzur.

Comme les manifestations se fractionnent, la police est obligée de diviser ses forces en conséquence – ce qui augmente les chances que des civils s’attaquent les uns aux autres sans que la police ne soit présente.

Samedi soir, de nombreux rapports de presse ont fait état d’attaques contre les manifestants, dont une femme qui a été brièvement hospitalisée au centre médical Ichilov à Tel Aviv. À Pardes Hannah, le bras d’un manifestant a été cassé par un agresseur, tandis que des bouteilles en verre ont été lancées sur les manifestants à Holon et Ramat Gan.

« Quand la police disperse ses forces, c’est là que nous voyons les attaques des contre-manifestants », a déclaré M. Tzur, en évoquant plusieurs autres attaques présumées contre des manifestants à Hadera, Jérusalem et Netanya dans la nuit de samedi à dimanche.

Certains ont attribué l’intervention de la police contre les manifestants à Tel Aviv samedi aux commentaires faits par le ministre de la Sécurité publique Amir Ohana deux jours auparavant.

Jeudi, quelques centaines de manifestants se sont rassemblés pour une marche contre Netanyahu à Tel Aviv. La police a permis à la manifestation d’avoir lieu même si elle n’avait pas été coordonnée avec eux à l’avance, avait alors déclaré la police.

Ohana avait critiqué la décision de permettre la poursuite de la manifestation dans un commentaire sur sa page Twitter. « Une telle décision ruine une grande partie des efforts [de la police] », a écrit M. Ohana. « Si quelque chose est illégal, la police n’est pas autorisée à la ‘permettre et la sécuriser’. La police doit agir conformément à la loi et la faire respecter. C’est ainsi que la police sera jugée. »

La police interpelle un manifestant lors d’une manifestation à Tel Aviv contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le nouveau confinement pour lutter contre le coronavirus, le 3 octobre 2020. (Jack Guez/AFP)

De hauts responsables de la police ont critiqué anonymement Ohana, membre du Likud de Netanyahu, et l’ont accusé de faire plier les services de police à des fins politiques.

« Il essaie tous les jours d’intervenir dans le travail de la police sur le terrain, même si ce n’est pas son travail », a déclaré un fonctionnaire non identifié, cité par la Treizième chaîne dimanche soir.

Le même fonctionnaire a accusé Ohana d’exploiter l’absence d’un chef de la police au niveau national pour compromettre l’indépendance de la police. Près de deux ans se sont écoulés sans remplacement définitif de l’ancien chef Roni Alsheich – de loin la plus longue période qu’Israël ait connue sans chef de la police fixe.

Ohana a déclaré qu’il était prêt à nommer un chef de la police nationale ; selon le ministre, le partenaire de coalition du Likud, Kakhol lavan, retarderait la nomination. Kakhol lavan serait préoccupé par le déroulement du processus de sélection, craignant qu’Ohana ne choisisse quelqu’un qui lui soit subordonné.

Tzur a refusé de critiquer le chef par intérim Motti Cohen, qu’il a qualifié de « professionnel travaillant dans une situation impossible ». Mais il a reconnu que nombre des problèmes actuels de la police étaient dus à l’absence de chef depuis près de deux ans.

« Comment est-il possible qu’il y ait un organisme de 30 000 personnes, l’une des plus importantes institutions du pays, et qu’il n’y a pas de chef ? Cela ne peut pas continuer comme ça », a déclaré M. Tzur. « Il n’y a plus de chef depuis deux ans. Il n’y a donc pas de cohérence dans la façon dont les lois sont appliquées à Jérusalem, à Tel Aviv ou à Bnei Brak. Personne au sommet n’a le dernier mot. »

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