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David Weiss Halivni, érudit talmudique et survivant de la Shoah, meurt à 94 ans

Véritable prodige, Weiss Halivni ordonné rabbin à 15 ans, a enseigné jusqu'à 90 ans, remporté le Prix d'Israël et a formé des générations d'érudits aux USA et en Israël

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Le professeur David Weiss Halivni en Israël, vers 2016. (Crédit: Meir Meiersdorf/Wikipedia/CC-BY-SA)
Le professeur David Weiss Halivni en Israël, vers 2016. (Crédit: Meir Meiersdorf/Wikipedia/CC-BY-SA)

Le professeur David Weiss Halivni, théologien et pionnier dans le domaine de l’érudition talmudique académique, est décédé mercredi à l’âge de 94 ans.

Né dans l’actuelle Ukraine, Halivni a été élevé à Sighet, en Roumanie, par un grand-père talmudiste qui a encouragé son génie évident pour les textes rabbiniques. À Sighet, il a étudié aux côtés d’Elie Wiesel, qui est resté un ami proche toute sa vie.

Halivni a été ordonné rabbin à 15 ans, mais à ses 16 ans, il a été capturé par les nazis et, comme Wiesel, envoyé à Auschwitz et dans une série de camps nazis.

« Nous étions ensemble dans le ghetto. Il était dans le dernier transport. J’étais sur le premier. Je suis parti le lundi, il est parti le jeudi », a déclaré Halivni dans une nécrologie de Weisel. « Nous sommes donc arrivés à Auschwitz à des moments différents. »

Halivni est le seul membre de sa famille à avoir survécu à la Shoah, ce qui a profondément marqué ses travaux en théologie et une grande partie de ses recherches, a déclaré son ancien élève et ami, le Dr Zvi Leshem, dans une conversation avec le Times of Israel.

Devenu orphelin, Halivni part vivre à New York, où il a repris ses études, notamment au Jewish Theological Seminary sous la direction du rabbin Saul Lieberman. Il y a, par la suite, enseigné jusqu’en 1983 et a démissionné à cause de la question de l’ordination des femmes. De là, il a rejoint l’université Columbia, d’où il a pris sa retraite en 2005. Il a également dirigé pendant longtemps la communauté Kehilat Orach Eliezer (KOE) à Manhattan.

Après sa retraite, il est venu s’installer en Israël, où il a continué à enseigner à l’Université hébraïque et à l’université Bar Ilan jusqu’à l’âge de 90 ans. En 2008, Halivni a reçu le prix Israël pour son travail talmudique.

Halivni était une présence quotidienne à la Bibliothèque nationale d’Israël, où il a poursuivi ses recherches jusqu’à la veille de la pandémie de coronavirus.

« David Weiss Halivni était un géant intellectuel, une légende à son époque et un ami cher de la Bibliothèque nationale d’Israël, où il était un véritable pilier, passant des milliers d’heures plongé dans la recherche et en conversation avec des collègues et des étudiants », peut-on lire dans un communiqué publié par la Bibliothèque nationale.

Le professeur David Weiss Halivni en Israël en 2017 (Crédit : Matthew Morgenstern)

Leshem, aujourd’hui à la tête de la collection Gershom Scholem pour la Kabbale et le hassidisme à la Bibliothèque nationale, s’est lié avec l’érudit en 1975 lorsqu’il étudiait au JTS. Bien qu’il ait initialement été impressionné par Halivni, qui avait « l’aura d’un rebbe hassidique », les deux hommes sont devenus très proches. « Il faisait vraiment partie de la famille », a-t-il déclaré.

Selon Leshem, l’approche « critique des sources » d’Halivni dans l’étude du Talmud était pionnière, même si elle n’était pas acceptée par tous les spécialistes. « Tout le monde reconnaissait que c’était un érudit génial et précurseur, l’admirait et prenait son travail très au sérieux », a-t-il déclaré. Cependant, dans les sphères ultra-orthodoxes, son travail était considéré comme « assez radical ».

Toujours selon Leshem, Halivni s’est essentiellement penché sur les textes du Talmud babylonien et a analysé le développement chronologique historique des discussions des rabbins, affectant chacune d’elles à la période correspondante. La source la plus importante des commentaires talmudiques provient de textes non sourcés et anonymes, qu’il a appelés « stammaïm ». Ceux-ci étaient considérés comme des ajouts tardifs par Halivni, qui les dissociait des conversations « antérieures » afin de comprendre une question particulière faisant l’objet d’une discussion et de trouver les intentions « originales » des auteurs. Cette méthodologie est utilisée dans son commentaire en plusieurs volumes intitulé Mekorot ouMesorot, ou « Sources et Traditions ».

Halivni a également suscité la controverse dans le domaine de la théologie. Dans son autobiographie Le livre et l’épée, Halivni écrit qu’il a enseigné dans les camps de concentration et qu’il a même risqué sa vie pour sauver un bout de papier d’un livre sacré. Cependant, il a refusé d’adhérer à ceux qui ont tenté d’expliquer la Shoah en termes théologiques.

Plus tard, dans son recueil d’essais intitulé Breaking the Tablets : Jewish Theology After the Shoah, Halivni propose de manière assez radicale que Dieu s’est révélé deux fois au peuple juif : une fois au Mont Sinaï avec la révélation de Sa présence, et une seconde fois à Auschwitz avec la révélation de Son absence totale et complète, au cours de laquelle les humains ont reçu le libre arbitre le plus total et le plus complet.

Halivni a épousé Zipporah Hager, qui enseignait la littérature comparée au City College, et avec qui il a élevé trois fils. Zipporah est décédée il y a dix ans. Deux de ses fils, Baruch et Shai, tous deux avocats, sont restés aux États-Unis. Le rabbin Ephraim Halivni vit en Israël, où il travaille à l’Académie de la langue hébraïque.

Halivni sera enterré jeudi sur le mont des Oliviers à Jérusalem.

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