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Deborah Lipstadt enfin nommée envoyée américaine à la lutte contre l’antisémitisme

Les républicains ont choisi de ne pas bloquer la nomination de l'historienne de la Shoah et aucun n'a soulevé d'objection à la demande de la confirmer par consentement unanime

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Deborah Lipstadt, choisie au poste d'envoyée spéciale dans la lutte contre l'antisémitisme par le président Joe Biden, témoigne dans le bâtiment du  Dirksen Office, près du capitole, le 8 février 2022. (Crédit : Ron Kampeas/JTA)
Deborah Lipstadt, choisie au poste d'envoyée spéciale dans la lutte contre l'antisémitisme par le président Joe Biden, témoigne dans le bâtiment du Dirksen Office, près du capitole, le 8 février 2022. (Crédit : Ron Kampeas/JTA)

Le Sénat américain a officiellement confirmé, mercredi, la nomination de Deborah Lipstadt au poste d’envoyée spéciale de l’administration Biden à la lutte contre l’antisémitisme – un processus qui aura traîné pendant huit mois en raison de retards causés par les républicains.

De nombreux groupes juifs avaient pressé le sénat de confirmer rapidement Lipstadt à ses fonctions, soulignant ses qualifications importantes et affirmant que laisser le poste vacant entravait de manière significative la capacité des États-Unis à relever le défi posé par une vague mondiale croissante d’antisémitisme. Mais, de la même manière, une proportion non négligeable de républicains s’étaient inquiétés de cette désignation en rappelant les critiques émises par l’historienne spécialiste de la Shoah à l’encontre de députés conservateurs et en évoquant son passé partisan. Les législateurs, depuis des mois, avaient empêché l’organisation de l’audience de confirmation de sa nomination – et celles d’autres personnalités choisies par Biden à des fonctions importantes – des sessions qui se tiennent devant les membres de la Commission des Relations étrangères du Sénat.

Mais les pressions en faveur de la tenue de l’audience – des pressions principalement exercées par des groupes juifs issus de tout le spectre politiques – s’étaient accrues après la prise d’otage qui avait eu lieu dans une synagogue de Colleyville, au Texas, où un tireur armé avait retenu quatre fidèles contre leur gré.

La commission des relations étrangères du Sénat avait ainsi organisé une audience sur la nomination de Lipstadt quelques semaines plus tard, où l’historienne avait été passée sur le grill par les républicains concernant des publications qu’elle avait diffusées sur Twitter ou des propos les mettant en cause. L’un des républicains critiqués par Lipstadt, Ron Johnson, était parvenu à retarder une nouvelle réunion du panel qui été l’occasion du vote de sa confirmation à son poste au début du mois de mars. Un vote qui a finalement eu lieu mardi – tous les républicains, à l’exception de Mitt Romney et de Marco Rubio, se prononçant contre sa désignation. Toutefois, les démocrates ont bénéficié de suffisamment de voix en faveur de l’historienne pour outrepasser l’opposition de ses détracteurs et Lipstadt a été confirmée avec 13 votes « Pour » et neuf votes « Contre ».

L’historienne devait encore être confirmée par le Sénat entier dans un vote qui ne devait initialement pas avoir lieu avant plusieurs semaines. Mais le sénateur démocrate Jon Ossoff est descendu à la tribune, mercredi soir, demandant que la nomination de Lipstadt soit approuvée à l’unanimité afin d’accélérer et de mettre enfin un point final au processus.

« Actuellement, alors même que nous sommes en train de parler, le fléau de l’antisémitisme ébranle à nouveau ce pays et le monde entier. Si nous pensons réellement ce que nous disons quand nous affirmons ‘plus jamais ça’, Madame le président, alors confirmons Deborah Lipstadt à la tête de la lutte contre l’antisémitisme pour le compte des États-Unis », a indiqué Ossof.

A ce moment précis de la procédure, n’importe quel sénateur est autorisé à venir à la tribune pour faire part d’une objection, ce qui nécessite alors la tenue d’un vote par appel nominal. Malgré la vaste opposition à la nomination de Lipstadt dans les rangs des républicains, aucun d’entre eux n’a néanmoins tenté d’entraver cette initiative, probablement parce que les représentants du parti n’auraient pas disposé des votes nécessaires pour rejeter la nomination.

Alors qu’Ossoff, qui est lui-même Juif, exprimait son soutien à l’initiative et en l’absence d’objection, la motion visant à confirmer Lipstadt à ses fonctions par consentement unanime a été adoptée.

Lipstadt, 75 ans, est connue par le grand public pour son apparition lors d’un procès historique qui avait eu lieu en Grande-Bretagne, dans lequel elle s’était battue contre une plainte en diffamation qui avait été déposée par un négationniste de la Shoah, David Irving. Cette expérience a été adaptée sur grand écran dans « Le procès du siècle », où Rachel Weisz avait prêté ses traits à l’historienne.

Elle est titulaire de la chaire Dorot d’histoire juive moderne et d’études sur la Shoah à l’université Emory d’Atlanta, où elle a été la directrice fondatrice de l’Institut d’études juives.

Lipstadt est l’autrice de Beyond Belief : The American Press and the Coming of the Holocaust 1933-1945 ; History on Trial : My Day in Court with a Holocaust Denier ; The Eichmann Trial et Holocaust : An American Understanding et Antisemitism : Here and Now.

Elle a également occupé plusieurs fonctions au musée de commémoration de la Shoah, aux États-Unis, notamment deux mandats en tant que membre du conseil du musée nommé par le président, et l’ancien président George W. Bush lui a demandé de représenter les États-Unis lors du 60e anniversaire de la libération d’Auschwitz, a noté la Maison Blanche dans sa biographie de Lipstadt.

Une photo du site d’information internet Open montre des personnes rassemblées autour d’un cercueil recouvert d’une croix gammée à l’église St. Lucia, à Rome, le 10 janvier 2022. (Crédit : Open Via AP)

L’historienne a obtenu une licence du City College de New York ainsi qu’une maîtrise et un doctorat de l’université Brandeis. Elle parle également couramment l’hébreu.

En 2020, pendant les élections, elle avait brisé un vieux tabou en comparant les politiciens américains actuels aux nazis et elle avait soutenu une campagne de publicité lancée par le JDCA (Jewish Democratic Council of America) comparant l’administration Trump à l’Allemagne des années 1930. Lipstadt avait à cette occasion déclaré que si les analogies avec la Shoah étaient toujours hors-sujet, elle ne pouvait pas pour autant s’empêcher de voir des parallèles avec la montée des nazis.

Le nouveau poste de Lipstadt existe depuis 2004, mais c’est la première fois qu’un nominé à cette fonction doit être approuvé par le Sénat en raison d’une législation qui a été adoptée l’année dernière et qui accorde à l’envoyé dans la lutte contre l’antisémitisme le statut d’ambassadeur, ce qui lui octroie un financement plus important et un accès plus facile au secrétaire d’État et au président. Si cette initiative devait aider à renforcer l’importance de la fonction et de la lutte contre l’antisémitisme aux yeux du gouvernement américain, les critiques déplorent pour leur part une politisation de la question ainsi que du processus de sélection de ses dirigeants.

Malgré l’antisémitisme qui ne cesse de se développer aux États-Unis, le mandat de Lipstadt portera uniquement sur la lutte contre la haine anti-juive à l’étranger, même si les responsables américains n’ont aucune autorité juridique dans les autres pays.

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