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Décès de l’avocat et ancien ministre Georges Kiejman à 90 ans

Fils d'un artisan mort en déportation, et proche de Pierre Mendès France et de François Mitterrand, il a été pendant plus d'un demi-siècle une brillante figure du barreau

Georges Kiejman en 2011. (Crédit : Lepasriche/CC BY-SA 3.0)
Georges Kiejman en 2011. (Crédit : Lepasriche/CC BY-SA 3.0)

L’avocat et ancien ministre Georges Kiejman est mort mardi à l’âge de 90 ans, a-t-on appris auprès de son cabinet.

Homme de gauche et de culture proche de Pierre Mendès France et François Mitterrand, Georges Kiejman a été pendant plus d’un demi-siècle une brillante figure du barreau associée à de retentissantes affaires judiciaires.

Parmi les derniers clients de cet homme chauve, au regard pétillant et ironique et à la moustache noire de jais impeccablement taillée : Jacques Chirac, dans l’affaire des emplois fictifs de la ville de Paris qui s’est conclue en 2011 par la condamnation de l’ancien président, la milliardaire Liliane Bettencourt ou le cinéaste Roman Polanski.

Se définissant comme « social-démocrate », ses sympathies politiques allaient aux thèses de Pierre Mendès France et son modèle dans la profession était Me Maurice Garçon, « un homme froid et sec : il faut soumettre l’émotion à la raison ».

Elégant dans ses costumes croisés très stricts, il se reconnaissait « une certaine clairvoyance » et des qualités de « bon débatteur ». Ceux qui ne l’aimaient pas moquaient son besoin pathologique de séduire.

Né à Paris le 12 août 1932, il est le fils d’un artisan mort en déportation (il se disait d’ailleurs « Juif de la Diaspora et berrichon »). Jeune homme pauvre, il a fait ses études secondaires à Saint-Amand-Montrond (Cher).

« Je n’ai pas de culture immédiate. Petit, ma mère (qui ne savait ni lire, ni écrire, ndlr) « m’achetait des livres en se fiant à la jaquette. Il y a des choses que je ne comblerai jamais. Je ne comprends rien aux œuvres philosophiques, j’aimerais qu’on m’aide à déchiffrer un tableau. C’est pourquoi le seul vrai dandysme que j’ai eu, c’est le dandysme de la culture », disait-il.

Procès Goldman

Après son diplôme d’études supérieures de droit public, il est devenu avocat à la Cour d’appel de Paris dès 1954 et est devenu deuxième secrétaire de la Conférence du stage.

Au civil, où sa causticité l’a rendu redoutable, il a été spécialiste des affaires de propriété littéraire, d’édition, de cinéma, de presse. Il a été notamment l’avocat des éditions Gallimard de longues années comme celui de Gaston Defferre, Simone Signoret, Eugène Ionesco ou Roland Barthes.

Au pénal, il se plaisait à dire que ses clients étaient « atypiques ». Georges Kiejman a ainsi défendu le militant d’extrême-gauche Pierre Goldman, acquitté du double meurtre des pharmaciennes du boulevard Richard-Lenoir à l’issue de son second procès en 1976.

« Ce verdict a marqué une étape fondamentale dans ma carrière. Pendant le procès, j’étais sollicité de toutes parts. J’ai compris ce jour-là ce qu’était le quotidien d’un membre des Beatles ! », racontait-il en 2021 dans ses mémoires intitulées L’Homme qui voulait être aimé, publié chez Grasset avec Vanessa Schneider.

Il avait aussi représenté les intérêts des États-Unis lors du procès de Georges Ibrahim Abdallah, le chef présumé des Fractions Armées révolutionnaires libanaises (FARL), condamné à perpétuité pour les attentats proche-orientaux à Paris en 1986.

Il a également défendu les autonomes italiens, les Cahiers du cinéma, la Nouvelle Vague, Robert de Niro, le préfet Yves Bonnet, la famille de Malik Oussekine, l’étudiant tué en marge des manifestations contre les lois Devaquet en 1986, les enfants du général Oufkir détenus au Maroc, les époux Aubrac, Charlie Hebdo…

Dandy séducteur

« Il avait une éloquence folle et une ironie mordante », disait l’avocat Richard Malka, l’un de ses anciens assistants. « Il était fulgurant et implacable. Il réduisait son vis-à-vis en confettis. Au delà de son aisance oratoire, il était bosseur et perfectionniste. »

En mai 1991, ce dandy devient ministre délégué à la Communication, après un passage de six mois comme ministre délégué auprès du garde des Sceaux. Il a été ministre délégué à la Coopération internationale et au Développement entre 1992 et 1993.

Jamais encarté au PS, il rêvait du Quai d’Orsay mais n’a ensuite été nommé « que » ministre délégué auprès du chef de la diplomatie Roland Dumas, tout en devenant au fil des ans un intime de François Mitterrand.

« Certains ont dit qu’après avoir été un grand avocat, j’ai accepté de devenir un petit ministre. Ce n’est pas complètement faux », concédait l’intéressé.

Passionné de cinéma, il a présidé la commission d’avance sur recettes et a raconté sur DVD, au milieu de la décennie 2000, « Les Grands procès de l’Histoire ».

Marié en troisièmes noces à la journaliste Laure de Broglie, dont il a trois enfants, ce séducteur a notamment vécu avec Françoise Giroud, de 15 ans son aînée, et été l’époux de l’actrice Marie-France Pisier.

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