Dénonçant une ‘trahison’, les Juifs hongrois déclarent que Netanyahu les ignore
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‘Nous, qui sommes qualifiés de Juifs puants en Europe… pourquoi ne pourrions-nous plus être d’assez bons Juifs aux yeux d'Israël ?’

Dénonçant une ‘trahison’, les Juifs hongrois déclarent que Netanyahu les ignore

Soulignant une réception particulièrement froide, les dirigeants de la communauté demandent pourquoi le Premier ministre israélien a concentré son discours au JCC de Budapest sur les liens bilatéraux au lieu d’aborder leurs préoccupations sur l’antisémitisme ou le statut des non-orthodoxes

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et son homologue hongrois Viktor Orban, devant le Parlement, à Budapest, le 18 juillet 2017. (Crédit : Haim Tzach/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et son homologue hongrois Viktor Orban, devant le Parlement, à Budapest, le 18 juillet 2017. (Crédit : Haim Tzach/GPO)

BUDAPEST, Hongrie — Les membres de la communauté juive de Hongrie ont exprimé une profonde déception après la soirée passée avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, déclarant que le discours qu’il a prononcé au Centre Juif de Budapest s’adressait principalement au gouvernement hongrois et ignorait, de fait, complètement leurs préoccupations.

Concluant un voyage de trois jours en Hongrie, Netanyahu et le Premier ministre hongrois Viktor Orban ont prononcé mercredi des discours à la Fédération des Communautés Juives en Hongrie, aussi connue sous le nom de Mazsihisz et qui est située à proximité de la Synagogue de la rue Dohany, mondialement connue.

Dans cet événement très froid auquel environ 200 officiels juifs ont participé, sans les chœurs d’enfants et les autres rites de célébration que l’on propose à Netanyahu dans les communautés de la Diaspora qu’il visite – les deux Premiers ministres ont concentré leurs remarques sur les liens bilatéraux, négligeant ainsi de s’adresser directement à la communauté.

Un rabbin important de la communauté a déclaré que Netanyahu avait échoué à répondre aux questions de la communauté, tandis qu’autre membre de la communauté a parlé de ‘trahison’.

La réception très froide pour le Premier ministre – y compris la critique dure émanant du président de la communauté juive – a mis en avant le grand mécontentement des Juifs hongrois concernant la décision de Netanyahu de soutenir Orban malgré les multiples accusations d’antisémitisme.

Alors que Netanyahu est souvent critiqué par les Juifs de la Diaspora pour avoir placé la realpolitik au-dessus des préoccupations de la communauté, comme lors de sa défense du président Donald Trump au milieu d’inquiétudes concernant la montée de l’antisémitisme aux Etats-Unis, il demeure de manière générale bien accueilli par les dirigeants juifs à l’étranger.

Le Premier ministre Netanyahu et le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, visitent la synagogue de la rue Dohany à Budapest avant de parler lors d'un événement au JCC, le 19 juillet 2017 (Crédit : Haim Tzach / GPO)
Le Premier ministre Netanyahu et le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, visitent la synagogue de la rue Dohany à Budapest avant de parler lors d’un événement au JCC, le 19 juillet 2017 (Crédit : Haim Tzach / GPO)

Le discours est intervenu un jour après qu’Orban a reconnu le « péché » de la Hongrie de ne pas avoir protégé les Juifs du pays pendant la Seconde Guerre mondiale, cherchant à étouffer la polémique après son récent éloge du dirigeant hongrois de l’époque de la guerre et allié d’Hitler Miklos Horthy. (Le régime hongrois allié des nazis a institué des lois antisémites sur le modèle des lois allemandes de Nuremberg au début de l’année 1938. Après l’entrée des tanks allemands à Budapest en 1944, les dirigeants hongrois installés par les nazis ont ordonné des déportations de Juifs en masse à Auschwitz. Environ 600 000 Juifs hongrois ont été tués pendant la guerre, en déportation dans des camps de concentration ou dans des massacres sur le sol hongrois).

Cette fois-ci, ni Netanyahu ni Orban n’ont évoqué Horthy ou la campagne d’affichage anti-immigration qui a ciblé le milliardaire juif George Soros, que beaucoup de Juifs ont perçue comme un encouragement à l’antisémitisme.

Soulignant l’angoisse de la communauté sur ces questions, Andras Heisler, président de Mazsihisz, a fait un discours devant les deux dirigeants, fustigeant Orban pour les polémiques au sujet de Horthy et de Soros, et Netanyahu pour la non reconnaissance des courants juifs non orthodoxes en Israël.

Une affiche anti-Soros avec une croix gammée, et le nom de Soros remplacé par celui de Viktor Orban, à Budapest, le 17 juillet 2017. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)
Une affiche anti-Soros avec une croix gammée, et le nom de Soros remplacé par celui de Viktor Orban, à Budapest, le 17 juillet 2017. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

« Il a été possible de lancer une campagne de propagande totale en Hongrie, dont les outils langagiers et visuels ont ravivé dans nos esprits les mauvais souvenirs du passé, a déclaré Heisler, en faisant clairement référence aux affiches contre Soros. On peut débattre de l’intention de la campagne, mais elle est devenue inacceptable à mes yeux en raison d’une chose : les Juifs de Hongrie ont commencé à vivre dans la peur. Et un dirigeant juif responsable ne peut pas garder le silence à ce sujet. Pas plus qu’un chef de gouvernement responsable ».

Faisant écho de la critique du gouvernement de Netanyahu aux Etats-Unis et dans d’autres communautés de la Diaspora occidentale sur les décisions liées à l’espace de prière pluraliste du mur Occidental et la reconnaissance des conversions qui favorisent le judaïsme orthodoxe, Heisler a déclaré qu’il était « douloureux » pour les Juifs hongrois de savoir « que la reconnaissance religieuse de la Diaspora risque d’être réduite » au sein de l’Etat juif.

« Notre communauté a survécu à l’Holocauste, est restée fidèle à ses racines à travers le régime communiste répressif, et nous ne sommes pas reconnus comme Juifs ? Peut-on mépriser toutes les conversions, les brit mila [circoncisions], les mariages, les décisions rabbiniques qui ont lieu dans nos communautés à majorité néologue ? »

Le judaïsme néologue est un courant du judaïsme spécifiquement hongrois, qui pourrait être comparé au mouvement conservateur.

« Nous, qui sommes qualifiés de Juifs puants en Europe ; nous qui soutenons les efforts d’Israël ; nous qui rêvons d’Israël – pourquoi ne pourrions-nous plus être d’assez bons Juifs aux yeux d’Israël ? », a demandé Heisler.

Le président de la fédération des communautés juives de Hongrie, Andras Heisler, lors de la conférence sur la vie juive et l'antisémitisme à l'institut Tom Lantos, en octobre 2013 (Crédit : capture d'écran Youtube/Tom Lantos Institute)
Le président de la fédération des communautés juives de Hongrie, Andras Heisler, lors de la conférence sur la vie juive et l’antisémitisme à l’institut Tom Lantos, en octobre 2013 (Crédit : capture d’écran Youtube/Tom Lantos Institute)

Heisler a également fustigé la réponse du ministère des Affaires étrangères israélien au sujet de la campagne d’affichage anti-Soros, perçue comme une « douche froide pour notre communauté ».

Au départ, l’ambassadeur d’Israël à Budapest, Yossi Amrani, avait dénoncé les affiches, mais apparamment à la demande de Netanyahu, qui est aussi ministre des Affaires étrangères, le ministère des Affaires étrangères a fait marche arrière, déclarant qu’il était légitime de critiquer Soros.

« Cette déclaration du ministère des Affaires étrangères a causé de la tristesse dans notre communauté, beaucoup ont eu l’impression d’avoir été abandonnés, a déclaré Heisler. Monsieur le Premier ministre Netanyahu, je vous demande respectueusement de faire preuve de plus de respect pour la Diaspora », a-t-il ajouté.

Orban, dans son discours, s’est principalement concentré sur les relations Hongrie-Israël, mais il a ajouté qu’il était fier de la « renaissance juive » qui se produisait dans ce pays. Il a également réitéré son engagement à lutter contre toute forme d’antisémitisme et a longuement parlé de Theodor Herzl, le visionnaire sioniste né à Budapest.

Les remarques de Netanyahu ont également porté sur les problèmes bilatéraux et sur l’héritage de Herzl. « Il a ramené un peuple qui était apparemment mort à la vie, et il a déclaré que la solution au problème, le problème juif comme il l’appelait, c’est d’avoir un Etat juif », a-t-il déclaré.

Le Premier ministre a également parlé de l’innovation israélienne et des liens du pays avec l’Afrique et la Chine.

Abordant le problème de l’antisémitisme et de l’anti-sionisme modernes, il a salué Orban pour s’être opposé à la délégitimation d’Israël.

« Vous vous êtes exprimé hier très fortement contre l’antisémitisme en Hongrie. Vous en avez parlé dans ses formes actuelles et vous en avez parlé aussi dans ses formes précédentes – les péchés, comme vous l’avez dit, accomplis par des gouvernements antérieurs », s’est félicité Netanyahu.

« Vous étiez très ouvert, y compris au cours de notre conversation. Je pense que c’est important. Je pense que c’est quelque chose que le monde a entendu. Et il est très clair pour moi que c’est quelque chose que le monde devrait entendre en permanence », a déclaré Netanyahu.

Beaucoup de personnes présentes à l’événement ont déclaré qu’elles n’avaient pas été déçues par les paroles du Premier ministre israélien.

Netanyahu « a rempli son devoir » mais n’a répondu à aucune des questions soulevées par Heisler, a déclaré le rabbin Zoltán Radnóti, qui dirige le conseil rabbinique de Mazsihisz. « Il n’a pas donné un message ou un soutien clair à la communauté juive, mais [seulement] au gouvernement hongrois », a déclaré Radnóti au Times of Israel.

András Büchler, membre du Congrès mondial juif de Budapest, a déclaré que les Juifs de Hongrie attendaient avec impatience la visite de Netanyahu parce qu’ils espéraient entendre des mots d’encouragement dans ces moments difficiles.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et son homologue hongrois Viktor Orban, à Budapest, le 18 juillet 2017. (Crédit : GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et son homologue hongrois Viktor Orban, à Budapest, le 18 juillet 2017. (Crédit : GPO)

« Bien que nous soyons très heureux et honorés que le Premier ministre soit venu, nous n’avons pas vraiment entendu de message directement destiné à l’intention de la communauté », a déclaré Büchler. « Il a plutôt concentré son discours pour faire part de son appréciation en ce qui concerne le Premier ministre de Hongrie. Mais il évitait beaucoup de répondre aux défis auxquels sont confrontés les Juifs hongrois ».

Büchler a ajouté qu’il n’était pas bouleversé par l’absence d’encouragement de Netanyahu à envoyer des membres de la communauté en Israël ou même à venir visiter le pays.

Il y avait des survivants de l’Holocauste et des membres de groupes de jeunes sionistes dans la salle, mais « il n’y avait pas de message pour eux », a-t-il accusé. « Ce discours s’adressait au gouvernement hongrois ».

D’autres n’ont fait part d’aucune plainte concernant le discours de Netanyahu. « C’était fantastique », a déclaré un membre âgé de la communauté alors qu’il quittait le centre communautaire.

Le mouvement Habad-Loubavitch, qui avait défendu Orban au cours des récentes controverses, n’a pas assisté à l’événement de mercredi.

Selon deux sources différentes, les rabbins du Habad ont été offensés qu’on ne leur ait offert que quatre billets pour assister à l’événement et ont donc finalement décidé de ne pas y participer.

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