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Des centaines de milliers de personnes ont manifesté à Tel Aviv pour les otages

500 000 à Tel Aviv et plus d'un million à travers le pays, selon le Forum des otages ; Donald Trump exhorté à pousser Israël à "mettre fin aux souffrances" et à "faire la paix"

Des centaines de milliers de personnes se sont rassemblées dimanche soir dans le centre-ville de Tel Aviv pour clore une journée de manifestations et de grèves à l’échelle nationale, appelant le gouvernement à mettre fin à la guerre à Gaza et à obtenir la libération des otages détenus par les terroristes palestiniens.

Ce rassemblement à Tel Aviv semble avoir été l’un des plus importants depuis le déclenchement de la guerre, il y a près de deux ans. Selon le Forum des familles des otages et disparus, plus d’un demi-million de personnes y ont participé, même s’il n’y a pas eu d’estimation officielle de la part de la police.

Le forum a également estimé qu’environ un million de personnes avaient participé à des manifestations dans l’ensemble du pays tout au long de la journée. Des groupes et des organisations protestataires avaient en effet uni leurs forces pour organiser une grande journée de désobéissance civile, suite au vote du cabinet, au début du mois, de prendre le contrôle de Gaza-City, malgré les avertissements de hauts responsables de la sécurité, qui estimaient que cela mettrait encore davantage la vie des otages en danger.

D’autres manifestations importantes ont eu lieu à Jérusalem, Haïfa, Beer Sheva et dans plusieurs villes plus petites, où des manifestants ont bloqué des routes et des autoroutes pour réclamer la fin de la guerre.

Avant le début du rassemblement de masse dimanche soir, au moins 38 personnes avaient été arrêtées à travers le pays alors que des militants bloquaient les routes et, dans certains cas, s’opposaient aux forces de l’ordre qui tentaient de les disperser pour rouvrir les voies.

Après le rassemblement, la police a déclaré que six autres personnes avaient été arrêtées pour avoir « perturbé l’ordre public », s’être opposées aux forces de l’ordre et avoir bloqué l’autoroute Ayalon. Cette artère, ainsi que toutes les autres routes, ont été rouvertes à la circulation, a ajouté la police.

Des personnes réunies place des Otages à Tel Aviv, lors d’un rassemblement pour la libération des otages retenus à Gaza, le 17 août 2025. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Cette journée de protestation a eu lieu en parallèle à une grève nationale à laquelle ont participé des centaines d’autorités locales, d’entreprises, d’universités, de sociétés du secteur des hautes technologies et d’autres organisations, bien que l’organisation syndicale de la Histadrout n’ait pas pris part au mouvement.

« Mon fils souffre pour que le gouvernement puisse construire des implantations »

S’adressant à la foule de plusieurs centaines de milliers de personnes rassemblées sur la Place des Otages, à Tel Aviv, les pères de deux des 50 otages toujours détenus à Gaza, ont accusé le gouvernement d’abandonner leurs fils en captivité pour des raisons politiques.

Ofir Braslavski, père de l’otage Rom Braslavski, a déclaré qu’il voyait son fils dépérir et qu’il ne pouvait rien faire.

Ofir Braslavski, père de l’otage Rom Braslavski, s’adressant à un rassemblement sur la Place des Otages, à Tel Aviv, le 17 août 2025. (Crédit : Paulina Patiner/Forum des familles des otages)

Des vidéos de Rom et de l’otage Evyatar David, dans lesquelles ils apparaissaient extrêmement amaigris et en très mauvaise santé, ont été diffusées au début du mois.

« Tout le pays a vu, tous les dirigeants ont vu, mais le gouvernement a choisi d’étendre la guerre et de les abandonner », a déclaré Braslavski.

« Mon Rom n’a pas le temps, les otages n’ont pas le temps. »

« À mon cher Rom, reste fort, s’il te plaît. Nous t’aimons », a-t-il ajouté.

Une immense foule rassemblée sur la Place des Otages à Tel Aviv et dans ses environs pour un rassemblement à la fin d’une journée de grèves et de manifestations dans tout le pays pour réclamer un accord pour la libération de tous les otages détenus par le Hamas à Gaza, le 17 août 2025. (Crédit : Yaïr Palti /Mouvement de protestation pour la démocratie)

Yehuda Cohen, le père de l’otage Nimrod Cohen, a de nouveau accusé le gouvernement : « Nous vivons sous une organisation terroriste qui refuse de nous rendre nos enfants pour des raisons politiques », a-t-il déclaré à propos du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

« Mon fils Nimrod souffre pour permettre au gouvernement de construire des implantations à Gaza, et je refuse qu’il soit sacrifié sur cet autel », a-t-il poursuivi.

« Ce pays ne reviendra pas à la normale tant que les otages ne seront pas libérés dans le cadre d’un accord global et que la guerre ne sera pas terminée », a-t-il ajouté.

« Si le gouvernement Netanyahu n’est pas disposé à le faire, alors il devrait démissionner et laisser quelqu’un de plus responsable s’en charger. »

L’otage du Hamas Matan Zangauker, dans une vidéo non datée publiée par sa famille le 17 août 2025. (Crédit : Capture d’écran/X)

Lors du rassemblement, la famille de l’otage Matan Zangauker a rediffusé une vidéo qu’elle avait publiée plus tôt dans la journée, dans laquelle on le voit en captivité dans les geôles du Hamas.

La vidéo ne dure que quelques secondes et on y voit Matan demander à sa mère de « continuer à faire du bruit » et affirmer qu’il « espère la revoir bientôt ».

Obtenue par l’armée israélienne lors d’opérations à Gaza, la vidéo daterait de plusieurs mois, certains suggérant même qu’elle aurait été tournée au début de la guerre.

Après la projection, la mère de Matan s’est adressée à la foule : « Mon Matan, mon héros, je suis si fière de toi, de ta force depuis 681 jours. Reste fort. »

Einav Zangauker s’adressant à une foule rassemblée à Tel Aviv pour réclamer un accord en vue de la libération des otages, le 17 août 2025. (Crédit : Paulina Patimer/Forum des familles des otages)

« Matan a demandé du bruit, alors faites du bruit ! » a déclaré Zangauker sous un tonnerre d’applaudissements.

« Mon âme souffre et brûle d’impatience de te retrouver », a-t-elle poursuivi, ajoutant que le gouvernement avait transformé cette « guerre juste » en une « guerre sans fin ».

« Nous n’avons pas un gouvernement digne de ce nom, mais nous avons la nation la plus digne du monde », a continué Zangauker.

« Nous exigeons un accord global et réalisable, ainsi que la fin de la guerre. Nous exigeons ce qui nous revient de droit, nos enfants ! Et nous continuerons à le réclamer jusqu’à ce que nous l’obtenions », a lancé à la foule celle qui est devenue la figure de proue du Forum des familles d’otages.

« Le gouvernement israélien n’a jamais proposé une initiative véritable en faveur d’un accord global et de la fin de la guerre. Ils ont transformé la guerre la plus juste en une guerre inutile », a-t-elle accusé.

« Nous devons arrêter cette chute sans fin et terrifiante dans l’abîme. Cela doit cesser », a plaidé Nira Sharabi, épouse de Yossi Sharabi, dont le corps est toujours aux mains du Hamas à Gaza.

« Ce sont les dernières minutes pour sauver nos otages, aux mains du Hamas depuis presque 700 jours. Il n’y a pas d’autre alternative: un unique accord pour le retour de tous les otages en échange de la fin de la guerre à Gaza », a plaidé Ofir Penso, professeur d’arabe présent à la manifestation.

Lors du rassemblement, les organisateurs ont également diffusé une vidéo dans laquelle plusieurs anciens otages imploraient le président américain Donald Trump de mettre fin à la guerre et de ramener les otages à la maison.

Les ex-otages qui se sont adressés au président en anglais sont : Naama Levy, Ohad Ben Ami, Doron Steinbrecher, Sasha Trufanov, Arbel Yehud et Iaïr Horn. Tous ont été relâchés lors du dernier échange d’otages, rompu en mars. Michal Lubanov, l’épouse d’Alex Lubnov, enlevé vivant et assassiné par ses geôliers en août 2024, était également présente. Son corps a été rendu à Israël quelques jours plus tard.

« Merci, président Trump, de nous avoir ramenés à la maison », a déclaré Levy.

« Chaque balle, chaque coup les met en danger », a ajouté Trufanov, évoquant le danger que représentent les opérations militaires continues pour les otages restants.

Une femme réagissant lors d’une manifestation organisée par les familles et les amis d’Israéliens retenus en otages par le Hamas dans la bande de Gaza depuis le 7 octobre 2023, appelant à une action pour obtenir leur libération, à Tel Aviv, le 17 août 2025. (Crédit : Gil Cohen-Magen/AFP)

« Vous avez le pouvoir d’entrer dans l’histoire, d’être le président qui a fait la paix, mis fin à la guerre, mis fin aux souffrances, y compris celles de mon petit frère », a déclaré Horn.

Des affrontements violents ont éclaté dans les rues

Après les discours, des centaines de personnes ont marché vers le siège du Likud situé à proximité, où elles ont allumé un brasier et se sont opposées aux forces de l’ordre.

La police a empêché les manifestants d’atteindre l’entrée du bâtiment Metzudat Zeev. Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux montrent des policiers bousculant violemment des manifestants qui frappaient sur des tambours et scandaient des slogans contre le gouvernement.

Tout au long de la journée de dimanche, alors que les manifestants bloquaient les routes principales, les autoroutes et les carrefours dans presque toutes les villes du pays, plusieurs incidents ont été signalés, au cours desquels des automobilistes ont affronté, voire agressé, des manifestants qui leur barraient la route.

L’un de ces incidents s’est produit à Hod HaSharon, dans le centre d’Israël, où un chauffeur de camion est sorti de son véhicule en brandissant une barre métallique et a tenté de frapper plusieurs manifestants se trouvant à un carrefour.

Des responsables se rendent sur la Place des Otages

Plus tôt dans la journée, l’ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, s’est rendu sur la Place des Otages pour apporter son soutien aux familles des 50 otages qui sont toujours détenus par le Hamas.

Gallant a rencontré plusieurs proches, dont Idit et Kobi Ohel, les parents de l’otage Alon Ohel.

L’ancien ministre de la Défense, limogé par Netanyahu en novembre, a accusé le Premier ministre et son cabinet de s’opposer à un accord de cessez-le-feu qui aurait permis le retour d’autres otages vivants.

L’ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant (à droite), rencontrant Idit et Kobi Ohel, sur la Place des Otages à Tel Aviv, le 17 août 2025. (Crédit : Uriel Even Sapir/Forum des familles des otages et disparus)

À l’époque, Gallant avait déclaré qu’il pensait avoir été renvoyé, entre autres raisons, du fait de son insistance à obtenir la libération des otages de Gaza.

Dimanche, plusieurs personnalités et responsables politiques se sont rendus sur la Place des Otages pour rendre hommage aux familles, notamment le président Isaac Herzog, le chef de l’opposition Yaïr Lapid, l’ancien président Reuven Rivlin et le président de la Histadrout, Arnon Bar-David.

Le président Isaac Herzog et son épouse, Michal, sur la Place des Otages, à Tel Aviv, dans le cadre d’une manifestation à l’échelle nationale, le 17 août 2025. (Crédit : Bureau du président)

Au delà même du sort des otages, d’autres inquiétudes s’expriment dans la foule.

« Le pays tout entier se déchire, notre image dans le monde a complètement changé, elle est pire que jamais, et ça suffit », s’émeut Nick, un travailleur de la tech de 31 ans, demandant à ne pas donner son nom de famille.

D’autres s’inquiètent du sort de leurs propres enfants enrôlés dans l’armée israélienne, et redoutent qu’ils soient bientôt rappelés pour combattre.

« Nous espérons et prions pour que notre gouvernement nous entende et nous écoute », déclare Ella Kaufman, qui confie être « une mère inquiète », avec deux fils servant comme officiers dans l’armée.

Un ex-otage dit que « les manifestations nous ont donné autant de force que dix repas »

L’ancien otage Eli Sharabi, dont l’épouse Lianne et les deux filles adolescentes, Noiya et Yahel, ont été tuées le 7 octobre, a déclaré que voir les manifestations pendant sa captivité « valait dix repas ».

Sharabi, qui a été relâché par les terroristes alors qu’il était dans un état de dénutrition avancé, a déclaré à la chaîne N12 que le fait de savoir que des gens se battent pour eux donne de la force aux otages.

L’ex-otage Eli Sharabi s’exprimant lors d’une conférence de presse, au siège des Nations unies, à New York, le 20 mars 2025. (Crédit : Michael M. Santiago/Getty Images/AFP)

« Cela réchauffe le cœur, c’est incroyable. Je me souviens, quand je suis sorti, je n’avais pas été exposé aux médias depuis seize mois, et quand je suis sorti, on m’a montré ce que le peuple d’Israël avait fait pour les otages, pour les familles des personnes enlevées, et cela m’a réchauffé le cœur », a-t-il déclaré.

Sharabi a expliqué qu’il n’avait pas eu accès aux médias pendant sa détention à Gaza, mais que ses geôliers lui avaient dit que son épouse et ses filles avaient pris la parole lors des manifestations.

Sharabi a souligné que même s’il s’agissait d’une manipulation de la part de ses geôliers, cela lui avait donné une force incroyable.

« Le simple fait de savoir que quelqu’un se battait pour nous à l’extérieur nous a donné une force incroyable et nous a remplis d’un optimisme inestimable », a-t-il raconté.

« Cette force valait dix repas. Dix repas composés d’un quart de pita par jour », a déclaré Sharabi.

Certaines familles d’otages s’opposent aux manifestations

Si la plupart des familles des otages soutiennent le mouvement de protestation, plusieurs s’y opposent, estimant qu’il fait le jeu du Hamas et renforce ses revendications, comme l’ont affirmé dimanche Netanyahu et d’autres personnalités de droite.

Le Forum Tikva, un groupe plus belliciste représentant un noyau de familles d’otages et de proches de soldats tombés au combat, s’oppose fermement au Forum des familles d’otages. Il rejette les manifestations anti-gouvernement et privilégie la pression militaire pour ramener leurs proches à la maison plutôt que les négociations.

Des manifestants réclamant un accord sur la libération d’otages et un cessez-le-feu bloquant l’autoroute Begin, à Jérusalem, le 17 août 2025. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

Nadav Miran, le frère de l’otage Omri Miran, a déclaré qu’il s’opposait aux grèves et aux manifestations de dimanche parce qu’elles « renforcent le Hamas », arguant que le groupe terroriste voit dans le tollé général contre le gouvernement israélien une raison de durcir sa position.

S’exprimant également contre les grèves, Ditza Or, la mère de l’otage Avinatan Or, a déclaré que « le but de la grève est d’arrêter la guerre, pas de faire revenir les otages », et que le sort des otages n’est utilisé que pour « manipuler » les Israéliens afin qu’ils descendent dans les rues pour exiger la fin de la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas.

« Bien sûr, il est temps de mettre fin à la guerre, tout le monde est fatigué (…). Cela doit se terminer, mais de quelle façon, ce n’est pas entre nos mains, c’est entre les mains du Hamas. Toutes ces manifestations, à quoi servent-elles? Je ne comprends pas », a commenté à l’AFP Patric Menache, investisseur immobilier.

Pour lui, « Netanyahu doit terminer la guerre », « et ensuite il devra partir, ça c’est certain ».

L’AFP a contribué à cet article.

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