Des manifestants arabes israéliens bloquent la Route 6 contre les violences
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Des manifestants arabes israéliens bloquent la Route 6 contre les violences

95 Arabes israéliens ont été tués depuis le début de l'année 2020, le chiffre le plus élevé depuis des décennies ; un plan anti-violences semble être dans l'impasse

Des députés et des manifestants arabes israéliens bloquent la Route 6 pour protester contre les violences dans les communautés arabes. (Crédit : Liste arabe unie)
Des députés et des manifestants arabes israéliens bloquent la Route 6 pour protester contre les violences dans les communautés arabes. (Crédit : Liste arabe unie)

Une centaine de voitures ont bloqué l’une des principales artères de circulation du pays ce lundi matin, alors que les Arabes israéliens ont manifesté contre ce qu’ils considèrent comme une inaction du gouvernement face aux fléaux que sont les violences et le crime organisé dans leurs villes et villages.

« Nous ne pouvons pas rester à ne rien faire lorsque le sang continue à couler dans notre communauté », a commenté Youssef Jabareen, député de la Liste arabe unie.

Selon l’organisation Abraham Initiatives, 95 Arabes israéliens – un nombre record – ont été tués depuis le début de l’année. C’est le chiffre le plus important depuis des décennies. Le nombre de meurtres a augmenté de manière constante : ainsi, il y en avait eu 89 en 2019 et 75 et 2018.

Le convoi a bloqué la circulation pendant environ une heure sur la Route 6, à proximité du carrefour de Baka-Jatt, avant de partir vers Jérusalem où les manifestants devaient se rassembler devant la Knesset.

Le législateur de la Liste arabe unie, Youssef Jabareen, participe à un convoi de protestation sur la Route 6 réclamant des actions gouvernementales contre les violences dans les communautés arabes. (Autorisation : Youssef Jabareen)

De nombreux Arabes israéliens attribuent cette crise à l’inaction de la police, estimant que les forces de l’ordre ne font pas appliquer la loi dans leurs villes et villages. L’absence d’un État de droit, affirment les législateurs arabes, a permis aux armes illégales, au racket de « protection » et aux organisations du crime organisé de prospérer librement dans les communautés.

« Même si nous avons enregistré des chiffres records en termes de meurtre, ce dont nous parlons ici va bien au-delà. Les meurtres ne sont qu’un seul paramètre dans les violences – les tentatives d’assassinat des maires, les menaces, les extorsions, le chantage, les violences conjugales, l’utilisation d’armes dans de simples querelles [en sont d’autres] », a commenté Mansour Abbas, député de la Liste arabe unie, dans un appel téléphonique.

Les hauts-responsables de la police expliquent le niveau disproportionnel des violences et des crimes par ce qu’ils qualifient « d’absence de volonté » de la part des Arabes israéliens de coopérer à des enquêtes ouvertes. Certains ont aussi suggéré que la culture arabe jouait un rôle dans ces violences.

« Nous devons parler de la culture… dans la société arabe, quelle est la place de la violence et quelle est sa responsabilité en lien avec cette violence, avec la culture qui règne au sein même de la société arabe ? », avait interrogé le commissaire de police intérimaire Motti Cohen.

« C’est une société très, très – et encore mille fois très – violente », avait déclaré au micro de la station de radio Jerusalem l’ex-ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan en 2019. « C’est lié à la culture, là-bas. Dans beaucoup de querelles qui se terminent ici par un dépôt de plainte, là-bas, on sort le couteau et le fusil. »

Le convoi de protestation de lundi est une tentative, de la part des députés arabes, de répéter le succès qu’avaient remporté les manifestations d’octobre dernier qui avaient réclamé, elles aussi, un passage à l’acte du gouvernement pour combattre la propagation de la violence dans les communautés arabes.

À ce moment-là, des milliers d’Arabes israéliens avaient défilé contre les violences et le crime organisé dans les villes et villages arabes d’Israël. Les marches, les grèves et manifestations répétées avaient entraîné une décision du gouvernement de mettre au point un plan visant à contrer les violences au sein de cette communauté spécifique dans les 90 jours qui devaient suivre.

À Ramle, des centaines de personnes manifestent contre les violences dans la communauté arabe israélienne, le 15 octobre 2019. (Crédit : Liste arabe unie)

Mais le plan d’envergure qui avait été ensuite préparé par le bureau du Premier ministre pour lutter contre les causes des violences dans les communautés arabes doit encore être officiellement approuvé et présenté. Des efforts similaires – comme le programme gouvernemental pour lutter contre les violences conjugales – sont parfois restés en suspens pendant des années, sans jamais recevoir les fonds nécessaires à leur mise en vigueur.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait promis lors d’une session parlementaire à la Knesset début novembre qu’il présenterait le plan pour approbation dans les deux semaines suivantes. Alors que la perspective de nouvelles élections – ce serait le quatrième scrutin national dans le pays – se renforce au sein de l’Etat juif depuis ces derniers jours, le plan semble avoir été toutefois mis de côté pour le moment.

« Nous ne pouvons pas combattre le crime organisé avec les promesses vides de Netanyahu – à la place, nous allons engager une lutte civile sur toutes les routes de ce pays. Nous allons forcer le gouvernement à mettre un terme à ces négligences criminelles de la société arabe », a écrit le président de la Liste arabe uni, Ayman Odeh, sur Twitter dans la journée de lundi.

Odeh a aussi présenté un projet de loi à la Knesset qui augmenterait drastiquement les peines obligatoires pour possession illégale d’armes. Certains criminologues ont critiqué, néanmoins, cette proposition qui, selon eux, pourrait être beaucoup trop sévère.

« Nous demandons de vivre dans une société sans armes », a déclaré Odeh.

Des députés de la Liste arabe unie participent à une manifestation contre les violences dans les villes et villages arabes, le 21 décembre 2020. (Crédit : Liste arabe unie)

Jamil Basul, maire d’Al-Reineh, une petite ville de Galilée touchée par trois meurtres le mois dernier, a salué le convoi – mais il a ajouté n’avoir que peu d’espoir de voir cette mobilisation réussir.

« Le gouvernement va parler, et il va parler encore, et il ne fera rien », a déclaré Basul au Times of Israël. « Pendant ce temps-là, ces organisations criminelles sont partout dans le pays. »

« J’ai demandé à la police d’envoyer des patrouilles pour pénétrer dans le voisinage, mais les policiers ne se montrent pas ou seulement en se contentant de jeter un coup d’œil », a-t-il déploré.

Mais dans la ville voisine de Nof Hagalil, à majorité juive, « on voit des patrouilles de la police circuler en permanence », a-t-il ajouté.

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