Des opposants togolais pris pour cible par le logiciel espion israélien Pegasus
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Des opposants togolais pris pour cible par le logiciel espion israélien Pegasus

Des téléphones de personnalités anti-gouvernement - dont des ecclésiastiques - de ce pays d'Afrique de l'Ouest auraient été piratés par le logiciel NSO

Une femme israélienne utilise son téléphone devant un bâtiment à Herzliya qui héberge la société de renseignement du groupe NSO, le 28 août 2016. (Jack Guez/AFP/Fichier)
Une femme israélienne utilise son téléphone devant un bâtiment à Herzliya qui héberge la société de renseignement du groupe NSO, le 28 août 2016. (Jack Guez/AFP/Fichier)

Deux membres éminents de l’Eglise feraient partie d’un certain nombre de militants anti-gouvernementaux togolais qui ont été ciblés par des logiciels conçus par le groupe israélien NSO, a rapporté The Guardian lundi.

Selon le journal, il s’agit du premier cas connu d’utilisation d’un logiciel espion contre des membres du clergé.

Une enquête conjointe du Guardian et du journal français Le Monde a révélé que l’évêque Benoît Alowonou et cinq autres opposants au gouvernement de ce pays d’Afrique de l’Ouest figuraient parmi les personnes alertées par WhatsApp l’année dernière que leurs téléphones portables avaient été pris pour cible.

Selon WhatsApp, les attaques se sont produites en avril et mai de l’année dernière, sur une période de deux semaines, avec 1 400 utilisateurs prétendument ciblés par le logiciel espion Pegasus vendu par NSO.

Quatre des cibles au Togo ont accepté d’être citées par les journaux : l’évêque Alowonou, le prêtre Pierre Chanel Affognon, Raymond Houndjo, qui est un proche collaborateur d’un important homme politique de l’opposition, et l’ancien ministre Elliott Ohin du parti d’opposition.

Le Togo a été critiqué par les organisations de défense des droits de l’homme, qui condamnent la répression gouvernementale et dénoncent les abus répétés dont sont victimes, selon elles, les opposants politiques et les militants.

Certaines des victimes ont déclaré au Guardian qu’elles pensaient que le gouvernement était responsable de l’utilisation du logiciel espion sur leurs téléphones, bien qu’aucune accusation officielle n’ait été formulée.

Un éminent chercheur d’un observatoire de l’Internet a déclaré au Guardian que le ciblage du clergé et des militants de l’opposition était « profondément troublant » et qu’il ne pensait pas que NSO pouvait prétendre que le logiciel espion avait été légitimement déployé.

John Scott-Railton, un chercheur au Lab Citoyen, un groupe de veille sur internet, le 17 janvier 2019 à New York. (AP Photo/Kathy Willens)

« Pour l’instant, le Citizen Lab n’indique pas de manière concluante quel gouvernement est responsable de cette attaque », a déclaré John Scott-Railton. « Mais le fait que ces personnes soient toutes soit membres d’un parti d’opposition, soit autrement critiques envers le gouvernement, est troublant. »

Scott-Railton a ajouté qu’il était « particulièrement préoccupé » par le fait que des membres du clergé aient été parmi les personnes visées par le logiciel.

« Encore une fois, nous sommes loin des types de cibles que les sociétés de logiciels espions comme NSO prétendent être les cibles légitimes de ces affaires », a-t-il déclaré.

Le groupe NSO a déclaré dans un communiqué au Guardian : « Nous ne savons pas qui sont les cibles de nos clients gouvernementaux souverains autorisés et vérifiés qui utilisent notre technologie, bien qu’ils soient contractuellement tenus de le faire uniquement contre les terroristes et les criminels. Si une enquête est justifiée, NSO en mènera une en suivant nos processus de droits de l’homme à la pointe de l’industrie. »

La société a ajouté : « Nous restons incroyablement fiers de la contribution de notre technologie dans la lutte contre le terrorisme et les crimes graves à l’échelle mondiale et de notre rôle pour aider les gouvernements à sauver des vies. »

Le bureau du président du Togo n’aurait pas donné suite à une demande de commentaires.

WhatsApp poursuit le groupe NSO, l’accusant d’utiliser le service de messagerie Facebook pour faire du cyber-espionnage contre des journalistes, des militants des droits de l’homme et d’autres personnes. Les comptes qui auraient été visés sont ceux de hauts fonctionnaires, de journalistes et de militants des droits de l’homme du monde entier.

Le mois dernier, un juge américain a décidé que le procès pouvait aller de l’avant, ce qui signifie que la société israélienne de logiciels espions pourrait être obligée de révéler des informations sur ses clients et ses pratiques, rapporte le Guardian.

Les icônes WhatsApp et Facebook sur un Smartphone, le 19 février 2014. (Crédit : AP/Patrick Sison)

La juge Phyllis Hamilton aurait déclaré ne pas être totalement convaincue de l’affirmation du groupe NSO selon laquelle il n’avait aucun rôle dans le ciblage des utilisateurs de WhatsApp, mais qu’il semblait que la firme israélienne « conservait un certain rôle » dans le ciblage des individus, « même si c’était à la demande de leurs clients ».

Le juge a déclaré qu’il ne semblait pas contesté que le logiciel espion avait été utilisé et que la discussion portait sur la question de savoir si les « clients souverains » du groupe NSO étaient responsables ou si l’entreprise gardait une certaine part de responsabilité.

Le procès indique que le logiciel développé par NSO, connu sous le nom de Pegasus, a été conçu pour être installé à distance afin de détourner des appareils utilisant les systèmes d’exploitation Android, iOS et BlackBerry.

Selon la plainte, les attaquants ont « procédé à une ingénierie inverse de l’application WhatsApp et ont développé un programme leur permettant d’émuler le trafic réseau WhatsApp légitime afin de transmettre du code malveillant » pour prendre le contrôle des appareils.

Pegasus permet aux agents de prendre efficacement le contrôle d’un téléphone, en contrôlant subrepticement ses caméras et ses microphones à partir de serveurs distants et en aspirant les données personnelles et les géolocalisations.

Le groupe NSO a déjà affirmé qu’il n’accordait de licences pour ses logiciels qu’à des gouvernements pour « lutter contre le crime et le terrorisme » et qu’il enquêtait sur des allégations crédibles d’utilisation abusive, mais les activistes affirment que la technologie a plutôt été utilisée pour des violations des droits de l’homme.

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