Des porcelaines du 18e siècle saisies par les nazis vendues aux enchères
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Des porcelaines du 18e siècle saisies par les nazis vendues aux enchères

Plus de 100 objets en porcelaine de Meissen, retrouvés par les célèbres 'Monuments men', seront vendus la semaine prochaine par Sotheby's, à New York

Un rare service à café et à thé fabriqué pour la famille Morosini en 1731. (Crédit : Sotheby's)
Un rare service à café et à thé fabriqué pour la famille Morosini en 1731. (Crédit : Sotheby's)

Une collection de porcelaines du 18e siècle initialement dissimulées aux nazis, acquises par Hitler puis abandonnées dans une mine de fer avant d’être retrouvées par les forces alliées vont être vendues par la maison de vente aux enchères Sotheby’s la semaine prochaine à New York.

Les revenus issus des ventes seront versés aux héritiers de la famille qui avait acheté la collection avant la Shoah et qui avait fui l’Europe à la fin des années 1930, n’emmenant que quelques rares effets et objets personnels.

Ces porcelaines seront exposées au public à partir du 7 septembre, soit une semaine avant la vente proprement dite qui aura lieu le 14 septembre.

Les 117 objets présentés dans la vente – les prix sont estimés de 300 dollars à 4 000 dollars la pièce – sont des porcelaines de Meissen rares fabriquées au début du 18e siècle. La collection a été pour la première fois réunie à la fin des années 1920 par Franz et Margarethe Oppenheimer, un couple juif de Berlin, a fait savoir Sotheby’s. Aujourd’hui, sa valeur avoisinerait les 2,75 millions de dollars.

Selon la maison de vente aux enchères, le couple Oppenheimer avait fui les persécutions nazies, à Berlin, vers le mois de décembre 1936, se rendant d’abord à Vienne puis à Budapest. La collection avait fini entre les mains de Fritz Mannheimer, même s’il est difficile de dater précisément cette acquisition, explique Sotheby’s.

Afin de protéger la collection d’art de Hitler des bombardements des Alliés, les porcelaines avaient « été déplacées en sécurité, d’abord au monastère Vyšší Brod en Bohème puis, plus tard, dans les mines de sel de Bad Aussee », selon la maison de vente aux enchères.

Un portrait de la famille Oppenheimer du milieu des années 1930. (Crédit : Sotheby’s)

Après la guerre, les porcelaines avaient été finalement découvertes par les hommes du programme des monuments, des beaux-arts et des archives – immortalisés dans le film « Monuments men » de 2014. La collection a ensuite été renvoyée aux Pays-Bas et sa propriété a été attribuée à l’État néerlandais. Selon Sotheby’s, une partie des porcelaines « a été conservée en tant que bien disponible à la restitution » tandis que les autres ont été transférées au Rijksmuseum, le musée national à Amsterdam.

Maintenant, près de 85 ans après la fuite d’Allemagne de la famille Oppenheimer – elle avait alors effectué un voyage qui l’avait amenée en Autriche, en Hongrie, en Suède, en Colombie et enfin à New York — les porcelaines sont aujourd’hui vendues au bénéfice des héritiers. Cette décision a été prise au début de l’année par la Commission de restitution des Pays-Bas, a précisé Sotheby’s.

« Sotheby’s a l’honneur d’avoir été la maison choisie pour présenter à la vente cette collection remarquable qui est un témoignage matériel du discernement de Franz et de Margarethe Oppenheimer et qui témoigne également de la tourmente du 20e siècle », indique la maison de vente aux enchères.

Des coupes en porcelaine de Meissen, fabriquées aux alentours de 1728. (Crédit : Sotheby’s)

Lucian Simmons, directeur international du département des restitutions de Sotheby’s, a indiqué au Guardian que cette vente aux enchères avait suscité un fort intérêt.

« Et ce ne sont certainement pas seulement ces pièces en porcelaine merveilleuse dont la provenance est parfaite qui attirent ainsi l’intérêt des acheteurs potentiels », explique Simmons. « Beaucoup sont venus attirés par leur histoire, qui résume une époque et, pour moi, cette histoire est très certainement l’une des choses qui m’a le plus enthousiasmé quand j’ai travaillé sur cette vente. »

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