Des soldates dans les tanks ? Peut-être, dit l’armée après le refus du chef des corps des blindés
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Des soldates dans les tanks ? Peut-être, dit l’armée après le refus du chef des corps des blindés

Un général a déclaré à la commission de la Knesset que l’armée réfléchit à laisser entrer les femmes dans les brigades blindées, en dépit de l’assertion d’un officier de haut-rang selon laquelle cela nuirait à leur ‘image’

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Une instructrice du Corps Blindé sort la tête de son véhicule lors d'un exercice, le 4 mai  2012. (Crédit : Service de communication de Tsahal/Flickr)
Une instructrice du Corps Blindé sort la tête de son véhicule lors d'un exercice, le 4 mai 2012. (Crédit : Service de communication de Tsahal/Flickr)

L’armée israélienne réfléchit à la possibilité pour les femmes d’intégrer les brigades mécanisées, a déclaré un brigadier devant la Commission de la Knesset, même si le chef des Corps blindés de Tsahal a fait part de son hésitation, si ce n’est de sa franche opposition concernant cette question.

S’adressant à la puissante Commission des Affaires étrangères et de la Défense, lundi, sur les perspectives de réduction du temps du service militaire exigé pour les soldats hommes, le Brigadier-général Eran Shani a mentionné le fait que l’armée conduisait actuellement des recherches visant à déterminer les possibilités d’élargissement des postes disponibles aux femme, notamment dans les Corps Blindés et au sein de l’unité de sauvetage d’élite 669.

Shani, chef du département des ressources humaines et de la gestion, a noté que l’ouverture de postes supplémentaires aux femmes pouvait augmenter de façon significative leur motivation à servir dans les unités de combat et permettrait d’alléger le fardeau pesant sur les hommes soldats.

Aujourd’hui, environ 92 % des postes militaires sont accessibles aux femmes, selon Tsahal. Les 8 % restants concernent les unités de blindés et de l’infanterie, le corps médical de l’armée israélienne ayant déterminé que leurs exigences physiques étaient tout simplement inadaptées à la physiologie féminine.

Une instructrice de Tsahal durant un exercice le 1er janvier 2013. (Crédit : pl. Zev Marmorstein/unité de communication de l'armée israélienne)
Une instructrice de Tsahal durant un exercice le 1er janvier 2013. (Crédit : pl. Zev Marmorstein/unité de communication de l’armée israélienne)

Si les unités d’infanterie lourde, qui exigent le profil physique le plus exigeant, sont considérées comme encore inaccessibles aux soldates, la notion de la présence des femmes au sein des brigades appartenant au Corps Blindé a d’ores et déjà été évoquée.

Après des initiatives initiales visant à faire avancer les perspectives offertes aux recrues féminines en tant qu’opératrices missionnées dans les chars – et non seulement en tant qu’instructrices – à la fin de l’année 2014, l’armée a déterminé en mai 2015 que les femmes ne pouvaient assumer ce rôle physiologiquement et que les questions pratiques posées par des unités de blindés mixtes « étaient trop difficiles à résoudre ».

Le colonel Guy Hasson fait le salut durant une cérémonie le 23 août 2012. (Crédit : David Horesh/Wikimedia/CC BY-SA 3.0)
Le colonel Guy Hasson fait le salut durant une cérémonie le 23 août 2012. (Crédit : David Horesh/Wikimedia/CC BY-SA 3.0)

Mais tandis que l’armée pourrait à nouveau se pencher sur cette question, un ardent opposant à cette démarche pourrait bien être le chef actuel de l’unité du Corps Blindé, le Brigadier-Général Guy Hasson.

Lors d’une récente conversation avec le Times of Israel, qui a eu lieu avant l’intervention de Shani devant la Commission de la Knesset, Hasson a indiqué que les problèmes fondamentaux empêchant l’intégration dans les unités de blindés – les exigences physiques et les inquiétudes sociales – devaient encore être résolues.

Il a toutefois noté que s’ils devaient l’être, il s’opposerait à une telle initiative car, a-t-il estimé, la présence de soldates nuirait à « l’image » du corps – à moins que les femmes soient également introduites au sein des brigades d’infanterie de l’armée.

« Il y a une autre question, une question d’image », a-t-il dit.

Des soldats israéliens nettoient le canon d'un char sur une zone de déploiement située à proximité de la frontière avec la Bande de Gaza, le 2 août 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Des soldats israéliens nettoient le canon d’un char sur une zone de déploiement située à proximité de la frontière avec la Bande de Gaza, le 2 août 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ces dernières années, le Corps des Blindés est devenu l’un des moins populaires en termes de recrutement. En 2016, seulement 0.7 % des futurs soldats se sont présentés pour intégrer les brigades de blindés de Tsahal, a indiqué Hasson.

Hasson, qui a pris la tête du Corps des Blindés au début de l’année, a attribué ce manque d’intérêt à la vision populaire selon laquelle l’unité n’est pas aussi dure que les brigades les plus réclamées lors du processus d’intégration dans l’armée : Golani, Givati, les parachutistes, Nahal and Kfir. (Même si en fait, la Police des Douanes – et non l’infanterie – a été l’unité la plus réclamée par les nouvelles recrues en 2016, probablement parce qu’elle a fait les gros titres ces derniers mois en raison des nombreuses attaques terroristes perpétrées dans les zones où elle officie).

« Il y a encore des gens qui nous regardent en se disant : Il y a l’infanterie, et puis il y a l’armée. Vous êtes moins ‘combattant’. Vous l’êtes moins”, a-t-il expliqué.

“Il y a des ostracismes que nous ne parvenons pas à éliminer jusqu’à ce que le futur soldat entre vraiment dans ce corps. Mais une fois que vous y êtes entré, c’est déjà trop tard. Et je veux quelqu’un qui me choisisse, pas quelqu’un qui tombe amoureux de moi alors qu’il est déjà à mes côtés », a ajouté Hasson.

‘Je ne suis pas sûr de vouloir être pionnier dans ce domaine’

Pour le militaire, ajouter des soldates au sein des unités de chars viendrait contribuer à l’impression que le corps des blindés est prétendument moins dur que l’infanterie, ce qui, craint-il, détournerait les recrues potentielles.

« Si on décide que les soldates intègrent les forces sur le terrain, alors OK. Je suis prêt. Demain, si l’unité Golani accueille des femmes, si les parachutistes accueillent des femmes, je le ferai aussi. Mais notez que je nous ai placés en troisième. Je n’ai pas commencé par nous », a-t-il dit.

“Je ne suis pas sûr de vouloir être un pionnier à cet égard”, a ajouté Hasson. « Nous sommes des combattants. Et nous tentons de conserver une image de combattants. »

Au cours de la dernière décennie, le nombre de soldates a quadruplé. De 2004 à 2012, ce chiffre est resté à approximativement 500. Mais en 2013, il a bondi à presque 900. Il a dépassé les 2 000 en 2015, et devrait bientôt surpasser les 2 100.

Même si Hasson s’est opposé à l’intégration des femmes au sein de son Corps Blindé, il a reconnu qu’elle avait réussi partout ailleurs.

Des hommes et des femmes soldats appartenant au Bataillon de Caracal en novembre 2007. (Crédit : Yoni Markovitzki/Unité de communication de Tsahal/Flash90)
Des hommes et des femmes soldats appartenant au Bataillon de Caracal en novembre 2007. (Crédit : Yoni Markovitzki/Unité de communication de Tsahal/Flash90)

“Je ne peux pas dire que cela n’a pas réussi. Et c’est une réussite. Partout où vous avez des femmes, ça fonctionne », a-t-il reconnu.

Entre-temps, le point de vue de Hasson – selon lequel l’entrée des femmes dans le Corps des blindés le ferait apparaître comme moins dur qu’il ne l’est en réalité – paraît toutefois immatériel dans la mesure où les préoccupations en terme de physiologie et de logistique empêchent encore une éventuelle intégration.

« Vous devez être à ce poids, vous devez être capable de courir telle ou telle distance à une vitesse spécifique, vous devez être capable d’évacuer un soldat blessé sur telle ou telle distance, votre puissance musculaire doit être telle ou telle », avait expliqué le lieutenant-colonel réserviste et docteur Yuval Heled, chef de l’Institut de Physiologie militaire au centre médical Sheba de Tel Hashomer au Times of Israel l’année dernière.

Des soldats réparent la chenille d'un tank stationné à proximité du Kibboutz Kissufim, près de la Bande de Gaza en 2012. (Crédit : Almog Sugavker/Flash90)
Des soldats réparent la chenille d’un tank stationné à proximité du Kibboutz Kissufim, près de la Bande de Gaza en 2012. (Crédit : Almog Sugavker/Flash90)

Pour le moment, ce poids, ces distances et ces masses musculaires apparaissent respectivement comme trop lourds, trop éloignées et trop faibles pour les femmes désireuses de servir au sein du Corps des Blindés et dans les brigades d’infanterie.

Mais même si ce n’était pas le cas – si les équipements devaient devenir plus légers, par exemple – Tsahal devrait encore gérer les questions logistiques soulevées par des équipages de char mixtes.

Parfois obligés de rester dans leurs véhicules pendant des jours, les équipages partagent un espace étroit, où ils mangent, dorment et « se soulagent », a déclaré Hasson.

Il n’y a aucune intimité dans un tank, ce qui rend le problème de la mixité des équipages difficilement soluble.

Des équipages uniquement d’hommes et exclusivement de femmes pourraient être une solution, qui porte toutefois un grand nombre d’inconvénients, car ils créeraient deux forces égales mais complètement séparées l’une de l’autre.

Aujourd’hui, Hasson est à la rigueur en mesure d’échanger un soldat A appurtenant à l’équipe d’un char A avec un soldat B relevant d’un autre équipage. Ce ne serait plus le cas si le soldat A était issu d’un équipage masculin et le soldat B d’un équipage féminin.

Alors qu’en période d’entraînement ou durant une garde relevant de la routine, ce problème n’en est pas vraiment un, il peut devenir très contraignant en période de guerre, a ajouté Hasson.

“Si quelqu’un est blessé, et que j’ai besoin de faire un remplacement ? » a-t-il demandé d’un point de vue rhétorique.

Toutefois, certaines de ces questions – dont l’objection se référant à l’image de l’unité – pourraient bien s’évanouir avec le temps, en particulier si les services de ressources humaines de Tsahal réclament la transformation de l’intégration des deux sexes – qui résulte pour le moment du désir d’affirmer l’égalité des genres – en une impérieuse nécessité.

Une instructrice du Corps mécanisé aux commandes d'un véhicule de type M-113, le 21 avril1993. (Crédit : Michael Chai/BeMahane/Archives de Tsahal)
Une instructrice du Corps mécanisé aux commandes d’un véhicule de type M-113, le 21 avril1993. (Crédit : Michael Chai/BeMahane/Archives de Tsahal)
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