Des Yéménites obligés de mettre la main à la poche pour construire une route
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Des Yéménites obligés de mettre la main à la poche pour construire une route

Une seule autre route, nommée Hayjat al-Abd, relie Taëz, dans le sud-ouest du Yémen, au reste du pays sans passer par les zones sous contrôle rebelle pro-Iran

Cette photo prise dans les montagnes près de la troisième ville du Yémen, Taez, montre la construction d'une route qui servira de bouée de sauvetage entre Taez, assiégée par les rebelles Houthis, et la ville méridionale d'Aden, capitale temporaire du gouvernement internationalement reconnue, le 12 juillet 2021(Crédit : AHMAD AL-BAHA / AFP)
Cette photo prise dans les montagnes près de la troisième ville du Yémen, Taez, montre la construction d'une route qui servira de bouée de sauvetage entre Taez, assiégée par les rebelles Houthis, et la ville méridionale d'Aden, capitale temporaire du gouvernement internationalement reconnue, le 12 juillet 2021(Crédit : AHMAD AL-BAHA / AFP)

Entre les montagnes, des bulldozers payés par les habitants et des associations s’activent pour construire une nouvelle route pour relier Taëz, ville assiégée par les rebelles Houthis, à Aden, capitale provisoire du gouvernement yéménite.

Une seule autre route, nommée Hayjat al-Abd, relie Taëz, dans le sud-ouest du Yémen, au reste du pays sans passer par les zones sous contrôle rebelle.

A flanc de falaises et ponctuée de virages en épingle ou encore de nids-de-poule, celle-ci est réputée pour être périlleuse et souvent étroite. Coup de grâce : des pluies torrentielles ont récemment entraîné des glissements de terrain et des chutes de pierre, bloquant quasiment toute circulation.

La nouvelle route doit partir du district d’Al-Shamaïtine à Taëz et passer par la région de Lahj avant d’arriver à Al-Bariqa à Aden, située à quelque 140 kilomètres à vol d’oiseau.

Ce projet, nommé Zreikat al-Sham, est né il y a six mois d’une initiative locale et dépend de dons d’hommes d’affaires ou encore de citoyens. Selon des responsables, la route devrait être en grande partie fonctionnelle dans les prochaines semaines.

Pour cheikh Abdullah al-Mohammadi, coordinateur général, la nouvelle route est « extrêmement importante » car elle « soulagera beaucoup de souffrances des citoyens » dans ce pays qui connaît la pire crise humanitaire au monde selon l’ONU.

Les rebelles contrôlent toutes les autres voies menant à Taëz, ville aux mains du gouvernement qui peine toutefois à y asseoir son pouvoir. Assiégée par les Houthis depuis 2015, la ville entourée de montagnes et habitée par environ 600 000 personnes a été maintes fois bombardée par les insurgés depuis le début de la guerre.

Le conflit a fait des dizaines de milliers de morts, selon des organisations humanitaires, et des millions de déplacés. Selon le Programme alimentaire mondial, environ 50 000 personnes sont déjà touchées par la famine et plus de cinq millions sont proches de l’être. Quelque 80 % des Yéménites dépendent par ailleurs de l’aide internationale.

Déclenché en 2014 par la prise de Sanaa par les rebelles Houthis, la guerre oppose les forces loyales au pouvoir – appuyées par l’Arabie saoudite – aux rebelles – soutenus par l’Iran – qui contrôlent la majeure partie du nord du pays, dont la capitale Sanaa.

En plus d’être assiégée par les Houthis, Taëz est tiraillée en son sein entre des groupes rivaux, dont certains appartiennent au parti islamiste Al-Islah, affilié aux Frères musulmans, ou à des groupes salafistes.

Dans le reste de la province qui échappe aux Houthis, le camp gouvernemental est miné par les divisions internes et le gouverneur, Nabil Chamsane, ne dispose que de peu de pouvoir.

« Nous construisons cette route en temps de guerre. Nous la construisons sans l’aide de l’Etat », affirme à l’AFP un responsable technique du projet, l’ingénieur Wael al-Maamari.

« A l’exception d’une petite contribution, cette route est financée par des institutions caritatives, des hommes d’affaires et d’autres acteurs de la société civile », ajoute-t-il.

Cette nouvelle artère sera « stratégique et vitale (…) C’est la route optimale en termes de longueur – 182 kilomètres – et d’emplacement géographique », précise l’ingénieur.

Construire une route aussi large – 14 mètres selon le coordinateur du projet – relève de l’exploit dans ce pays qui manque cruellement de matériaux de construction et dont les équipements et infrastructures sont en déliquescence.

Mais le chemin est encore long et les financements manquent.

« Nous appelons tous les philanthropes, fondations et organisations locales, régionales et internationales, à fournir une assistance généreuse afin de finir proprement la route », lance le coordinateur général Abdullah al-Mohammadi.

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