Egypte : 10 ans après la révolte, les Frères musulmans touchés mais pas coulés
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Egypte : 10 ans après la révolte, les Frères musulmans touchés mais pas coulés

Le porte-parole de la confrérie estime que le pouvoir de Sissi finira par être balayé par une révolte populaire comme celle qui avait entraîné la démission de Moubarak

Talaat Fahmy, porte-parole des Frères musulmans d'Egypte, s'exprime lors d'une interview dans son bureau à Istanbul, le 19 janvier 2021. (Crédit : Bulent Kilic / AFP)
Talaat Fahmy, porte-parole des Frères musulmans d'Egypte, s'exprime lors d'une interview dans son bureau à Istanbul, le 19 janvier 2021. (Crédit : Bulent Kilic / AFP)

Traqués par le président Abdel Fattah al-Sissi après avoir été portés au pouvoir dans le sillage de la révolte populaire de 2011, les Frères musulmans d’Egypte sont déterminés à surmonter les épreuves et comptent sur un nouveau soulèvement pour chasser le régime actuel.

Tués, emprisonnés ou poussés à l’exil, les membres et dirigeants des Frères musulmans sont victimes d’une implacable répression en Egypte depuis l’éviction par l’armée en 2013 d’un des leurs, le président Mohamed Morsi démocratiquement élu l’année précédente.

C’est Abdel Fattah al-Sissi qui était alors à la tête de l’armée après avoir dirigé le renseignement militaire sous Hosni Moubarak, chassé du pouvoir par la révolte de 2011.

« Le mouvement des Frères musulmans a 93 ans et il a déjà connu des épreuves similaires, comme ce fut le cas par exemple sous Gamal Abdel Nasser en 1954 jusqu’à la libération de ses dirigeants de prison en 1974. Le groupe n’a pas disparu et n’a pas coupé le contact avec ses membres pendant toutes ces années », affirme à l’AFP le porte-parole de la confrérie, Talaat Fahmy, basé à Istanbul.

« Le mouvement sait comment communiquer avec ses membres avec des moyens adaptés aux circonstances sécuritaires et politiques en vigueur », ajoute-t-il.

Emprisonné à huit reprises sous le régime Moubarak, M. Fahmy a quitté l’Egypte pour s’installer à Istanbul en 2015 après avoir passé deux ans en prison à la suite de la prise du pouvoir par les militaires.

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi lors de la 55e conférence sur la sécurité de Munich, dans le sud de l’Allemagne, le 16 février 2019. (Crédit : Sven Hoppe / DPA / AFP)

« Pire que sous Moubarak »

« La situation aujourd’hui en Egypte est pire qu’elle ne l’était sous Moubarak qui, lui, s’efforçait de maintenir certains équilibres, alors que le régime putschiste actuel s’en moque », dit-il. « C’est un régime sanguinaire qui règne par le fer pour empêcher les gens d’agir ou de sortir dans la rue. »

En dépit de cette main de fer, M. Fahmy estime que le pouvoir de M. Sissi finira par être balayé par une révolte populaire comme celle qui avait entraîné la démission de Moubarak au plus fort du Printemps arabe.

« Aucun changement en Egypte n’est possible par le biais d’élections sous le régime actuel. Seule une action populaire est susceptible de faire reculer ces gens. »

« Aucune injustice ne peut durer indéfiniment. La patience des gens et leur capacité à tolérer ce qui se passe ne sont pas éternelles. Une action de la rue est inéluctable, mais je ne sais pas quand, car personne ne peut prédire la date d’une révolution », poursuit M. Fahmy.

D’après lui, même les pays occidentaux soutenant M. Sissi, qui se pose en rempart contre l’islam radical pour trouver grâce à leurs yeux, « commencent à se rendre compte qu’il mène le pays au bord de l’implosion ».

Des drapeaux des Frères musulmans et d’autres partis politiques lors d’une manifestation en Jordanie contre la conférence économique pour le Moyen-Orient encadrée par les États-Unis à Bahreïn, le 21 juin 2019. (Khalil Mazraawi/ AFP)

« Aucun avenir »

« L’Egypte sous ce pouvoir n’a aucun avenir », soutient-il en accusant l’armée de « mettre la main sur des compagnies nationales et d’emprisonner des hommes d’affaires pour s’approprier leurs entreprises. L’armée contrôle aujourd’hui entre 70 et 80 % de l’économie et des entreprises du pays. »

M. Fahmy affirme par ailleurs que son mouvement ne craint pas de pâtir des répercussions de la réconciliation entre le Qatar et ses rivaux du Golfe et l’Egypte, qui reprochaient justement à Doha son soutien aux Frères musulmans qu’ils considèrent comme une « organisation terroriste ».

« L’une des forces des Frères musulmans est qu’ils ne sont pas dépendants de tel ou tel gouvernement, et toutes les aides financières qu’ils reçoivent proviennent de membres du groupe », assure-t-il. « Nous ne recevons aucun soutien du Qatar, ni de la Turquie, ni de quelque autre pays, et c’est l’une des raisons de la pérennité du mouvement. »

Selon lui, la seule forme d’aide que les Frères musulmans reçoivent de la Turquie est son autorisation au groupe d’être présent sur son territoire.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, issu de l’islam politique, qualifie M. Sissi de « putschiste » et accuse les autorités égyptiennes d’avoir « tué » Morsi, mort en 2019 après s’être effondré au tribunal lors de son procès.

« Nous ne mettons jamais dans l’embarras un pays dans lequel nous sommes présents et ne faisons rien qui va à l’encontre de ses lois et traditions », affirme M. Fahmy.

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