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Eliyahu demande la requalification des otages en « prisonniers de guerre »

Les chefs de l'opposition fulminent et exigent le renvoi du ministre du Patrimoine pour sa suggestion, qui, selon eux, met la vie des otages en danger

Le ministre du Patrimoine Amichay Eliyahu s'exprime lors d'une manifestation contre l'accord sur les otages avec le Hamas, à Jérusalem, le 18 janvier 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)
Le ministre du Patrimoine Amichay Eliyahu s'exprime lors d'une manifestation contre l'accord sur les otages avec le Hamas, à Jérusalem, le 18 janvier 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Le ministre du Patrimoine, Amichay Eliyahu, a suscité l’indignation générale, dans la journée de mercredi, lorsqu’il a laissé entendre qu’Israël devrait faire entrer les 50 otages qui se trouvent encore à Gaza dans la catégorie des « prisonniers » plutôt que dans celle des otages, ce qui permettrait de retarder leur libération jusqu’à ce que la « victoire » ait été remportée sur le Hamas.

Sur les 50 otages encore détenus à Gaza, 20 seraient encore en vie.

« Les otages devraient être définis comme des prisonniers de guerre. On ne s’occupe des prisonniers de guerre qu’après la victoire », a indiqué le ministre du parti ultranationaliste Otzma Yehudit au micro de la station de radio Radio Kol Chai, lors d’une interview matinale. « Il faut d’abord vaincre le Hamas ».

Il a déploré la « confusion » du gouvernement concernant la stratégie qui a été adoptée à Gaza, et il a affirmé que c’était ce qui avait entraîné le fait que les otages s’étaient retrouvés piégés plus longtemps qu’ils ne l’auraient été, le cas échéant.

« Beaucoup de gens accordent la priorité aux otages plutôt qu’à la victoire – c’est une erreur », a poursuivi Eliyahu. « Je demande à ce que les prisonniers de guerre soient libérés après la défaite [du Hamas], pas avant ».

Le législateur d’extrême droite a également appelé Israël à appliquer sa souveraineté sur la bande de Gaza, affirmant que cela « serait une bonne chose pour les Juifs comme pour les Arabes ».

Des manifestants défilent, appelant à un accord avec le Hamas pour mettre fin à la guerre et libérer tous les otages, à Tel Aviv, le 24 juillet 2025. (Erik Marmor/Flash90)

« La bande de Gaza devrait être juive et les Arabes s’en porteront mieux aussi », a-t-il affirmé, peu après avoir signé une lettre demandant au ministre de la Défense, Israël Katz, d’approuver une visite du nord de la bande de Gaza par des groupes du mouvement pro-implantations afin d’examiner les sites possibles pour installer de futures communautés israéliennes.

Le Forum des familles d’otages et de disparus a fait savoir dans un communiqué que « les propos scandaleux qui ont été tenus par le ministre Amichai Eliyahu ont dépassés les limites – même les siennes ». Il a ajouté qu’ils reflétaient « un profond échec moral et éthique », rappelant qu’une majorité d’Israéliens apportait son soutien à un accord de cessez-le-feu qui ouvrirait la porte à la remise en liberté des captifs.

« Ceux qui évoquent ainsi des otages qui languissent dans les tunnels de la mort du Hamas depuis 663 jours affaiblissent Israël et ils renforcent le Hamas. Les prisonniers de guerre sont des soldats capturés par l’armée d’un autre pays », a continué l’organisation, tandis que les otages « ont été enlevés par une organisation meurtrière sur le sol souverain de l’État d’Israël, lors de ce qui a été le plus grand échec enregistré depuis la création de l’État ».

Les chefs de l’opposition ont également critiqué Eliyahu, le président du groupe Kakhol Lavan-HaMahane HaMamlahti, Benny Gantz, affirmant qu’une telle rhétorique « met en danger la vie [des otages] et, de surcroît, elle fait le jeu du Hamas ».

Le chef du parti des Démocrates, Yair Golan, a indiqué que la déclaration d’Eliyahu n’était que la reconnaissance explicite de la politique menée par le gouvernement, une politique qui consiste à « sacrifier les otages et à prolonger la guerre indéfiniment ».

« Après avoir proposé de larguer une bombe atomique sur Gaza et d’anéantir la bande, Amichay Eliyahu propose maintenant d’abandonner les otages à la mort », a pour sa part commenté Yair Lapid, le chef de l’opposition. « S’il n’est pas renvoyé aujourd’hui, le gouvernement israélien admettra qu’il a abandonné les otages ».

Eliyahu, qui est le fils du grand rabbin de Safed Shmuel Eliyahu et le petit-fils de feu le grand rabbin séfarade Mordechai Eliyahu, a l’habitude de tenir des propos incendiaires.

Jeudi dernier, il avait déclaré qu’Israël allait de l’avant dans son processus de destruction de Gaza, ajoutant que l’enclave côtière deviendrait totalement juive – des paroles qui avaient entraîné un tollé parmi les politiciens de l’opposition et une réprimande tardive de la part du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Des Gazaouis se pressent sur un chemin côtier à l’ouest de Beit Lahia après avoir réussi à obtenir des colis d’aide humanitaire le 29 juillet 2025. (Crédit : Omar AL-QATTAA / AFP)

« Le gouvernement s’empresse de faire disparaître Gaza », avait confié Eliyahu au micro de la station de radio haredi Kol Barama. « Dieu merci, nous sommes en train d’éradiquer ce mal. Nous poussons au-dehors cette population qui a été éduquée sur ‘Mein Kampf’. »

Eliyahu avait ajouté que la bande de Gaza serait rapidement « nettoyée, » laissant la place à des implantations juives, et que tout le territoire « sera juif », notant que les habitants de la bande qui se montreraient loyaux à l’égard d’Israël y seraient tolérés. Il avait également nié que le manque d’accès des civils aux denrées alimentaires au sein de l’enclave, évoquant une « campagne contre Israël ».

En réponse, Netanyahu avait diffusé un communiqué en anglais qui indiquait qu’Eliyahu « ne s’exprime pas au nom du gouvernement » et que « il n’est pas membre du cabinet de sécurité qui détermine la conduite de la guerre ».

Eliyahu avait également suscité l’indignation au sein de la communauté internationale à la fin de l’année 2023, lorsqu’il avait dit qu’utiliser la bombe atomique dans le cadre de la guerre menée contre le Hamas à Gaza était une option, une déclaration qui, selon le Premier ministre, avait été « déconnectée de la réalité ».

Ces paroles avaient ensuite été mentionnées par l’Afrique du Sud dans une motion qui accusait Israël de commettre un génocide, motion qui avait été déposée devant la Cour internationale de justice. Ce qui avait amené Eliyahu à, étrangement, s’enorgueillir : « Même à La Haye, ils connaissent mon positionnement », avait-il dit.

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