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"Il y aura toujours quelque chose"

En Égypte, « la fille du bus » qui a filmé son harceleur insultée et menacée en ligne

Lundi, Mariam Shawky a diffusé une vidéo tournée dans un bus bondé du Caire pour dénoncer un homme qui, selon elle, l'aurait traquée et harcelée à plusieurs reprises près de son lieu de travail

Illustration : Un employé de McDonald's brandit une pancarte lors d'une manifestation contre le harcèlement sexuel sur le lieu de travail, à Chicago, dans l'Illinois, le 18 septembre 2018. (Crédit : Joshua Lott/AFP via JTA)
Illustration : Un employé de McDonald's brandit une pancarte lors d'une manifestation contre le harcèlement sexuel sur le lieu de travail, à Chicago, dans l'Illinois, le 18 septembre 2018. (Crédit : Joshua Lott/AFP via JTA)

Depuis qu’elle a publié le visage de son harceleur sur les réseaux sociaux, Mariam Shawky est la cible d’une vague de menaces de mort, reflet d’une société égyptienne dans laquelle les victimes de harcèlement de rue se heurtent souvent à l’hostilité collective.

Lundi, la comédienne âgée d’une vingtaine d’années a diffusé une vidéo tournée dans un bus bondé du Caire pour dénoncer un homme qui, selon elle, l’aurait traquée et harcelée à plusieurs reprises près de son lieu de travail.

« Cette fois, il est monté derrière moi dans le bus […], et s’est permis des propos déplacés », raconte sur son compte TikTok celle que les médias ont surnommée « la fille du bus » – et qui n’a pas répondu aux sollicitations de l’AFP.

Elle espère un instant être soutenue par les passagers… « mais les gens se sont rangés de son côté ».

Les images montrent des hommes au fond du bus qui la toisent tandis qu’elle interpelle son harceleur. Ce dernier, sourire en coin, la traite de « poubelle » et se moque de sa tenue : « C’est quoi, ces vêtements que tu portes ? », avant de s’approcher et d’esquisser un geste violent.

Shawky crie, mais personne n’intervient. Un passager, chapelet à la main, lui ordonne même de s’asseoir et de se taire. Un autre finit par prendre l’homme dans ses bras pour le faire asseoir.

« Le premier à te tuer »

Les images, devenues virales, ont surtout engendré une avalanche de commentaires vindicatifs, encouragés par certaines personnalités publiques, au-delà de quelques mots de soutien.

« Elle porte un piercing […] c’est évident ce qu’elle cherche », lance le chanteur Hassan Shakosh.

« Je serai le premier à te tuer », promet un internaute.

« Si on t’éliminait, personne ne te pleurerait », assène un autre.

Cette séquence ravive une question qui tourmente la société égyptienne depuis des années.

En 2010, le film de Mohamed Diab, Les Femmes du bus 678, consacré au harcèlement en Égypte, avait fait le tour du monde. Selon une étude de l’ONU de 2013, 99,3 % des Égyptiennes déclaraient avoir subi au moins une forme de harcèlement et plus de 80 % être importunées régulièrement dans les transports en commun.

La même année, de vastes manifestations contre les violences sexuelles avaient secoué la capitale égyptienne. En 2014, une loi punissant le harcèlement de rue a été adoptée.

Mais depuis, les changements sont peu visibles. L’application de cette loi reste opaque : les autorités n’ont jamais communiqué de chiffres sur les condamnations.

En 2022, l’assassinat filmé de Nayerah Achraf, une étudiante tuée par un homme dont elle avait repoussé les avances, avait également révolté l’opinion publique et saturé les réseaux sociaux. Le coupable avait été condamné à mort et exécuté.

À l’époque, « certains exigeaient sa libération », rappelle Nadeen Ashraf, une activiste égyptienne pour les droits des femmes.

« Réputation de l’Égypte »

Dans le cas de « la fille du bus », les autorités ont réagi, même si la société de bus a nié tout incident dans un communiqué rediffusé par le ministère des Transports.

Au lendemain de la publication de Shawky, « l’individu apparaissant dans les vidéos a pu être identifié et interpellé », a annoncé le ministère de l’Intérieur.

« Confronté aux faits », il « a nié avoir commis l’infraction ou avoir rencontré auparavant la victime ».

Selon la presse locale, il a été relâché sous caution de 1 000 livres égyptiennes (environ 17 euros), avant d’être de nouveau arrêté pour une affaire antérieure de détournement de fonds.

Son avocat a demandé une expertise psychiatrique de la jeune femme. « La réputation de l’Égypte a été salie », a accusé Me Ali Fayez sur Facebook. Ces images disent « au monde entier qu’il y a des harceleurs en Égypte, et que les hommes égyptiens encouragent, défendent et taisent le harcèlement ».

L’affaire révèle surtout « un problème systémique et structurel » ; un délit « comme celui-ci n’est jamais pris au sérieux », note Nadeen Ashraf pour l’AFP.

Et sa « première justification est toujours liée à l’apparence des femmes ».

Elle porte le voile ? « On dira que ses vêtements sont trop serrés. »

Elle n’en porte pas ? « On parlera de ses cheveux. »

Et « même si elle porte un niqab », on critiquera « son maquillage » sur les yeux, énumère-t-elle.

« Il y aura toujours quelque chose. »

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