État d’alerte élevé après les émeutes à Jérusalem et un tir de roquette à Gaza
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État d’alerte élevé après les émeutes à Jérusalem et un tir de roquette à Gaza

La sécurité est renforcée dans la capitale avant le 54e anniversaire de l'unification de Jérusalem, qui devrait attirer des dizaines de milliers de personnes dans la Vieille Ville

Les agents de police israéliens durant des affrontements avec des manifestants à la porte de Damas, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 8 mai 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Les agents de police israéliens durant des affrontements avec des manifestants à la porte de Damas, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 8 mai 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Les forces de sécurité israéliennes étaient sur le qui-vive, dimanche, après des émeutes violentes palestiniennes qui ont eu lieu, pendant le week-end, dans un contexte de tensions entourant le mont du Temple et suite au lancement d’une roquette depuis la bande de Gaza en direction d’Israël, samedi soir. Des affrontements sont également survenus le long de la clôture frontalière avec l’enclave côtière.

La police et les militaires se préparent à une reprise des violences suite à la nuit la plus sainte du Ramadan – c’était samedi soir – et en amont des célébrations juives de la Journée de Jérusalem, qui commencera dimanche dans la soirée et qui durera toute la journée de lundi. Les responsables de la sécurité craignent une escalade potentielle des heurts qui pourrait entraîner un conflit plus large.

Avant Laylat al-Qadr, Kobi Shabtai, commissaire de la police israélienne, a procédé à une évaluation des tensions récentes au sein de l’État juif et il a ordonné aux commandants, en particulier dans le secteur de Jérusalem, de renforcer « significativement » le déploiement des agents avant « une autre série d’événements attendus dans les prochains jours ».

Il faisait apparemment référence à la Journée de Jérusalem, une fête nationale qui commence dimanche soir, lors de laquelle l’État juif célèbre l’unification de Jérusalem et qui est également marquée par des défilés et d’autres événements organisés par les Israéliens ultra-nationalistes. Le défilé dit « du Drapeau », qui est le point d’orgue de la Journée, est prévu lundi. Il attire habituellement des dizaines de milliers de personnes dans la Vieille Ville de Jérusalem, et notamment un important contingent de nationalistes religieux juifs. Des offices de prière massifs et des rassemblements devraient aussi avoir lieu dimanche dans la soirée.

Des Palestiniens brandissent le drapeau du groupe terroriste du Hamas après les prières de l’après-midi au dernier vendredi du mois sacré du Ramadan, sur le mont du Temple à Jérusalem, dans la Vieille Ville, le 7 avril 2021. (Crédit : Jamal Awad/Flash90)

Samedi, le ministre de la Défense, Benny Gantz, a procédé à une évaluation de la situation en présence d’autres hauts-responsables de l’armée, de la police et des services de sécurité du Shin Bet. A la fin de la rencontre, l’armée a fait savoir qu’il y aurait un renforcement du nombre de soldats dans le cadre des préparations à une éventuelle escalade.

« Les extrémistes, des deux côtés, ne peuvent pas être autorisés à entraîner une détérioration de la situation », a déclaré Gantz. « Israël continuera à faire en sorte de préserver la liberté de culte sur le mont du Temple et, en même temps, le pays ne permettra pas au terrorisme de relever sa tête ou encore de nuire à l’ordre public ».

Les forces de sécurité israéliennes déployées aux abords de la mosquée du Dôme du rocher dans un contexte d’affrontements avec les manifestants palestiniens, sur le mont du Temple de Jérusalem, le 7 mai 2021. (Crédit : Ahmad GHARABLI / AFP)

Vendredi, 200 Palestiniens et 17 agents de police israéliens ont été blessés au cours d’émeutes qui ont impliqué des centaines de personnes sur le mont du Temple. Répondant à ces agitations, les policiers sont alors entrés dans le complexe pour disperser la foule. Samedi soir, alors qu’environ 90 000 fidèles musulmans priaient sur le mont du Temple, des heurts avec la police ont éclaté dans toute la Vieille Ville, faisant environ 90 blessés du côté palestinien.

Les groupes terroristes palestiniens, et notamment le Hamas, qui est à la tête de la bande de Gaza, ont menacé Israël de représailles en raison des « violations » du complexe du mont du Temple, le troisième site le plus saint de l’islam et le site le plus sacré du judaïsme où les Juifs ont l’autorisation de se rendre, mais pas d’y prier.

Samedi soir, des centaines d’émeutiers palestiniens se sont rassemblés à la frontière de Gaza avec Israël, brûlant des pneus et jetant des explosifs sur les soldats israéliens. Ils ont été dispersés à l’aide de gaz lacrymogènes.

Un manifestant palestinien brûle des pneus pendant une manifestation à la frontière entre Israël et Gaza, à l’est de Gaza City, le 8 mai 2021. (Crédit : MAHMUD HAMS / AFP)

Samedi également, une roquette a été tirée depuis Gaza vers le sud d’Israël, s’abattant dans un champ. Les sirènes d’alerte n’ont pas été activées. Les militaires israéliens ont, en réponse, frappé un poste du Hamas dans le sud de l’enclave côtière.

La Douzième chaîne a noté samedi que l’alerte était élevée concernant des attentats terroristes potentiels en Cisjordanie et à Jérusalem au cours des prochains jours. La semaine dernière avait été marquée par une fusillade meurtrière, une tentative d’attaque au couteau contre des soldats qui avait échoué et qui aurait été commise par une cellule qui était initialement en quête d’un civil dans le centre du pays et par les affrontements répétés à Jérusalem.

La police israélienne intervient lors d’émeutes des fidèles palestiniens à la mosquée Al-Aqsa, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 7 mai 2021. (Crédit : Jamal Awad/Flash90)

Le comité central du Fatah, le mouvement dirigé par le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, a averti samedi soir que « la continuation des attaques de l’occupant dans les lieux saints et dans les foyers des résidents palestiniens, les expulsions et l’expansion des implantations entraîneront une guerre ouverte dans tous les territoires palestiniens ».

Selon la Douzième chaîne, le discours tenu dans la rue palestinienne est actuellement celui « d’une guerre pour Jérusalem et pour la mosquée al-Aqsa ». La chaîne a également noté que le Hamas encourageait ses agents, en Cisjordanie, à commettre des attentats et à enflammer les tensions.

Des Palestiniens lancent des pierres contre les forces de sécurité israéliennes lors des affrontements dans la Vieille ville, le 8 mai 2021. (Crédit : EMMANUEL DUNAND / AFP)

Israël a renforcé sa présence sécuritaire partout où est susceptible d’apparaître un conflit, déployant également des batteries du système de défense anti-aérienne du Dôme de fer à proximité des cibles potentielles des roquettes qui pourraient être tirées depuis Gaza. Un travail d’apaisement des esprits est également entrepris en coulisse.

Les responsables de la sécurité espèrent pouvoir éviter des effusions de sang, voire des morts qui, dans les prochains jours, pourraient entraîner de plus vives agitations, a déclaré la Douzième chaîne.

Au même moment, Itamar Ben-Gvir, député d’extrême-droite qui avait installé, la semaine dernière, ce qu’il avait dit être un « bureau parlementaire » dans le quartier disputé de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, a appelé samedi à permettre aux policiers de « se défendre en utilisant des armes, et notamment des balles réelles » contre « les terroristes du mont du Temple et de tout le pays ».

Il a ajouté que les forces de l’ordre dont la vie était mise en danger « doivent pouvoir ouvrir le feu et ne pas se contenter d’outils de dispersion des foules ».

Selon la Douzième chaîne, si le Fatah et le Hamas encouragent actuellement l’organisation de manifestations de masse en réponse aux événements qui ont lieu dans la capitale, le Fatah serait désireux de contenir la situation, ne souhaitant pas voir une escalade grave des violences. L’organisation du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas tente donc de concentrer l’indignation exprimée par les Palestiniens sur Jérusalem uniquement, de manière à limiter la portée des mouvements de protestation. Le Hamas, de son côté, s’efforce d’élargir le front au reste de la Cisjordanie et de Gaza.

Des Palestiniens prient pendant une manifestation alors que des familles palestiniens font face à une possible expulsion dans le quartier Sheikh Jarrah de Jérusalem-Est, le 8 mai 2021. (Crédit : Menahem KAHANA / AFP)

Les tensions n’ont cessé de croître à Jérusalem, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza au cours de ces dernières semaines.

Vendredi, trois hommes armés palestiniens ont ouvert le feu sur des agents de la police des frontières en Cisjordanie. Deux des assaillants ont été tués dans l’échange de tirs qui a suivi et un troisième a été grièvement blessé. Les responsables de l’armée israélienne ont indiqué que les trois individus cherchaient à commettre un attentat terroriste « majeur » contre des civils sur le territoire israélien, certaines informations précisant qu’ils désiraient se rendre à Jérusalem.

Yehuda Guetta, étudiant en yeshiva, avait été pour sa part grièvement blessé lors d’un attentat terroriste dimanche dernier, en Cisjordanie. Il a succombé à ses blessures dans la soirée de mercredi. Les forces de sécurité ont arrêté un suspect.

Mercredi dernier, Said Odeh, un adolescent palestinien de 16 ans, a été abattu par les forces israéliennes alors qu’il jetait des cocktails Molotov sur les soldats.

De plus, ces derniers jours, les Palestiniens ont organisé des manifestations dans le quartier Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est. Plus de 70 résidents sont menacés d’expulsion et ils pourraient devoir céder leurs logements à des nationalistes juifs de droite dans le cadre d’une bataille judiciaire qui se joue actuellement devant les tribunaux.

Une cour israélienne a ordonné aux familles de partir dans la mesure où les biens immobiliers qu’elles occupent appartenaient à une organisation religieuse juive avant 1948. Une loi israélienne de 1970 permet aux Juifs de revendiquer la propriété de biens immobiliers à Jérusalem-Est qui appartenaient à des membres de la communauté avant qu’ils ne tombent entre les mains des Jordaniens. En revanche, aucun texte similaire n’existe pour les Palestiniens.

La Cour suprême devrait se pencher sur l’appel déposé par les familles palestiniennes dans la journée de lundi.

La police affronte des manifestants s’insurgeant contre l’expulsion possible de familles palestiniennes dans le quartier Sheikh Jarrah de Jérusalem-Est, le 7 mai 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

De plus, au début du ramadan, les Palestiniens s’étaient violemment insurgés de manière répétée contre la police israélienne, à Jérusalem, pour protester contre les restrictions mises en place aux abords de la porte de Damas. Des vidéos avaient circulé sur les réseaux sociaux palestiniens, montrant de jeunes Arabes attaquer des passants ultra-orthodoxes.

En réponse, des centaines d’extrémistes juifs avaient défilé dans les rues du centre-ville de Jérusalem, scandant « Mort aux Arabes ». D’autres avaient agressé des Palestiniens au hasard dans toute la ville, ce qui avait entraîné des affrontements sévères entre policiers, Juifs et Arabes.

Un Palestinien brûle des pneus pendant une manifestation le long de la frontière entre Israël et Gaza, à l’Est de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 8 mai 2021. (Crédit : SAID KHATIB / AFP)

Le Hamas a rejeté un message envoyé via des intermédiaires égyptiens par Israël qui appelait à prévenir une nouvelle escalade des violences et la détérioration possible de la situation, ce qui serait susceptible de dégénérer en un conflit d’ampleur, a fait savoir un journal libanais dans la journée de samedi. Selon le journal, le Hamas a répondu que « la situation sur le terrain » montrait qu’Israël ne souhaitait pas un apaisement de la situation et que la conclusion d’une trêve entre les deux parties était donc improbable dans un avenir proche.

Selon Al-Arabiya, l’Égypte a vivement recommandé à l’État juif de stopper le processus d’expulsion des familles palestiniennes de Sheikh Jarrah, et elle a demandé aux leaders palestiniens de calmer les tensions.

Les forces de sécurité israéliennes se déploient pour disperser une manifestation palestinienne contre l’expulsion possible de familles palestiniennes du quartier Sheikh Jarrah de Jérusalem-Est, le 8 mai 2021. (Crédit : Menahem KAHANA / AFP)

De leur côté, des médiateurs qataris tentent de dissuader les autorités de Gaza de tirer des roquettes vers Israël en représailles des tensions qui agitent Jérusalem, a noté la chaîne Kan, samedi soir, avant le lancement d’un missile vers le territoire de l’État juif.

Le chef du Hamas, Ismael Haniyeh, a déclaré vendredi qu’Israël « paiera le prix » des affrontements survenus à la mosquée al-Aqsa, site sacré pour les musulmans. C’est au sommet de ce mont que se dressaient les deux temples bibliques – ce qui en fait un lieu sensible pour les nationalistes et pour les violences entre Israéliens et Palestiniens.

Le Jihad islamique, groupe terroriste qui est souvent à l’origine de tirs de roquettes de Gaza vers le territoire israélien, a lui aussi proféré des menaces à l’encontre d’Israël suite aux affrontements survenus aux abords de la mosquée al-Aqsa.

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