« Fermez-la » dit l’ambassadeur US aux journalistes détracteurs d’Israël
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« Fermez-la » dit l’ambassadeur US aux journalistes détracteurs d’Israël

David Friedman estime que les médias devraient soit trouver comment mieux gérer les manifestations à la frontière, soit mettre fin à la couverture négative de l'État juif

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

David Friedman s'adressant aux médias à Jérusalem le 4 juin 2018. (Lior Mizrahi)
David Friedman s'adressant aux médias à Jérusalem le 4 juin 2018. (Lior Mizrahi)

L’ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman, a attaqué les médias lundi pour leur incapacité à couvrir équitablement les émeutes meurtrières à la frontière de Gaza au cours des derniers mois, conseillant aux journalistes de « la fermer » à moins qu’ils ne sachent mieux qu’Israël comment gérer les émeutes.

Certaines critiques à l’égard d’Israël sont peut-être légitimes, a admis Friedman, mais les journalistes auraient mieux fait de trouver des solutions de rechange à l’usage de la force meurtrière par Israël, qui a fait des dizaines de morts parmi les Palestiniens, avant d’accuser l’État d’avoir commis des actes répréhensibles.

« Il me semble que dans un environnement journalistique où neuf articles sur dix qui sont consacrés au conflit de Gaza sont critiques à l’égard d’Israël, on aurait pu penser que certains journalistes prendraient le temps d’aller rencontrer des experts et d’essayer de comprendre ce qui aurait pu être fait différemment ou mieux avant de critiquer. Mais je ne l’ai pas constaté », a déclaré Friedman lors d’une conférence de presse à Jérusalem.

Friedman a ajouté qu’il avait passé beaucoup de temps à s’entretenir avec des experts militaires aux États-Unis, en Israël et dans d’autres pays au sujet des règles d’engagement appropriées – ce que selon lui, les journalistes auraient dû faire – et avait constaté que les critiques à l’égard d’Israël étaient pour la plupart non fondées.

Des Palestiniens courent pour se mettre à l’abri des gaz lacrymogènes tirés par les forces israéliennes près de la frontière entre la bande de Gaza et Israël à l’est de la ville de Gaza le 14 mai 2018. (AFP/MAHMUD HAMS)

M. Friedman a déclaré que ses critiques s’adressaient principalement aux médias américains et que les journalistes devraient « la fermer jusqu’à ce que vous trouviez une solution ». Parce que sinon, tout ce que vous faites, c’est créer des impressions qui n’ont aucun fondement dans les faits. Ils correspondent à un narratif. Ils correspondent à une opinion. Ils correspondent à un objectif. Mais ce n’est pas du journalisme, parce que ce n’est pas basé sur une analyse rigoureuse et factuelle. »

Israël a justifié son recours aux gaz lacrymogènes, ainsi qu’aux tirs à balles réelles, comme moyen de défendre la frontière de Gaza pendant les violentes émeutes qui ont vu des dizaines de milliers de personnes se rassembler à la clôture chaque semaine, à partir du 30 mars. Les émeutes ont culminé le 14 mai, coïncidant avec le transfert de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem.

Les responsables militaires ont déclaré que les terroristes ont utilisé les émeutes comme couverture pour mener des attaques contre les soldats ou tenter d’endommager ou de s’infiltrer de l’autre côté de la frontière. Des dizaines de personnes sur les 110 personnes tuées étaient des membres du Hamas ou d’autres groupes terroristes, selon des sources israéliennes et gazaouies.

Un Palestinien utilise un lance-pierres lors d’affrontements avec les forces israéliennes le long de la frontière avec la bande de Gaza, à l’est de la ville de Gaza, le 18 mai 2018 (Photo AFP / Mahmud Hams)

Les critiques à l’égard d’Israël ont été renouvelées vendredi après qu’une femme médecin de Gaza a été tuée par balle alors qu’elle tentait apparemment d’aider des personnes blessées lors d’une manifestation frontalière. L’armée israélienne a déclaré qu’elle enquêtait sur cette affaire.

M. Friedman a déclaré que les experts lui avaient dit que les gaz lacrymogènes, les canons à eau et d’autres dispositifs anti-émeutes non-létaux n’auraient pas été efficaces pendant les semaines d’émeutes et d’affrontements, mais il n’a pas fourni plus de détails.

« Si ce qui se passe n’est pas juste, qu’est-ce qui est juste ? Qu’est-ce qu’on utilise à la place des balles ? », a-t-il demandé.

Le diplomate américain, qui a été critiqué pour ses opinions de droite reflétant de près celles du gouvernement israélien, a déclaré que les dernières semaines avaient donné lieu à « de très nombreuses critiques à l’égard d’Israël » dans les médias.

Les soldats israéliens prennent position près de la frontière entre la bande de Gaza et Israël à l’est de la ville de Gaza le 14 mai 2018. (Thomas COEX/AFP)

« Certains d’entre elles sont peut-être même légitimes. Je pense que l’État d’Israël lui-même n’a pas terminé ses propres enquêtes internes sur ce qui s’est passé. Il y a peut-être des choses qu’ils auraient pu mieux faire. Je suis sûr qu’il y a toujours des choses que l’on pourrait mieux faire », a-t-il ajouté : « Avec toutes les critiques qu’Israël a reçues, personne n’a identifié des moyens moins meurtriers par lesquels Israël aurait pu se défendre au cours des quatre dernières semaines. Personne. »

Friedman a déclaré qu’Israël a fait de son mieux dans ce qu’il a décrit comme une situation sans précédent.

« Qui a fait mieux dans de pareilles circonstances ? Où a-t-on déjà vu 40 000 personnes se précipiter à la frontière munis de pneus en feu, avec des cocktails Molotov, des pistolets, des cerfs-volants peints avec des croix gammées, allumant des feux partout – des feux qui brûlent encore aujourd’hui ? » a demandé Friedman.

« Où cela s’est-il déjà produit, où les gens qui se précipitent à la frontière se sont engagés à tuer les citoyens de l’autre côté, et quelqu’un a-t-il mieux fait les choses ? Où est le manuel qui dit, quand cela se produit, vous faites ceci, et cela, et vous pouvez éviter la perte de vies humaines ou de blessures corporelles ? »

Sans cette analyse comparative, « tous les articles sont complètement superficiels », a dit Friedman.

« Pas de démocratie sans presse libre »

Au cours de son discours, Friedman, ancien avocat spécialisé en faillites commerciales, a également eu de bonnes paroles pour les médias, saluant le premier amendement de la Constitution américaine et affirmant qu’une presse libre était essentielle au bon fonctionnement d’une démocratie, même si elle attaque des positions qui lui sont chères.

« Il n’y a pas de démocratie sans presse libre. C’est tout simplement impossible à faire », a-t-il affirmé. « La critique est légitime et doit être honnête. C’est ce à quoi je suis en droit de m’attendre et ce que j’apprécie », a-t-il ajouté.

Ces propos semblent contraster avec ceux de son patron, le président américain Donald Trump, qui a recommandé de sévir contre la liberté des médias et a qualifié les reportages critiques de « fausses nouvelles ».

Devoir faire face aux exigences concurrentes de précision et de rapidité ne constitue pas une excuse valable pour un journalisme bâclé », a déclaré Friedman lundi, lors du lancement du nouveau bureau de Jérusalem de The Media Line, une agence de presse américaine couvrant le Moyen-Orient. « Tout le monde a le droit d’avoir sa propre opinion, mais personne n’a le droit de se faire sa propre réalité, a-t-il dit.

« Et les faits comptent. Si vous vous trompez sur les faits, il faudrait le reconnaître et rendre des comptes », a-t-il dit.

« Et tant que ce n’est pas le cas, je pense que les gens continueront à avoir le sentiment qu’ils peuvent avoir la primauté [de l’information] et ensuite se tromper. Parce que si vous vous trompez et que vous n’en payez pas le prix, vous le ferez encore et encore. »

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