Feu vert israélien à la démolition d’un village bédouin en Cisjordanie
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Feu vert israélien à la démolition d’un village bédouin en Cisjordanie

Les autorités israéliennes pourront mettre en oeuvre l'ordre de démolition de Khan al-Ahmar prévue "dans sept jours", mettant fin à des années de batailles juridiques

Des manifestants brandissent des drapeaux palestiniens alors qu'ils tentent d'empêcher un tracteur de paver une route d'accès au village bédouin de Khan al-Ahmar, en Cisjordanie, le 4 juillet 2018. (AFP Photo/Ahmad Gharabli)
Des manifestants brandissent des drapeaux palestiniens alors qu'ils tentent d'empêcher un tracteur de paver une route d'accès au village bédouin de Khan al-Ahmar, en Cisjordanie, le 4 juillet 2018. (AFP Photo/Ahmad Gharabli)

La Cour suprême israélienne a donné mercredi son feu vert à la démolition d’un village bédouin palestinien devenu emblématique en Cisjordanie, qui pourra intervenir à partir de la semaine prochaine.

L’instance judiciaire a rejeté les recours contre la destruction du village. Dès la levée de la mesure judiciaire suspensive, prévue « dans sept jours », les autorités israéliennes pourront mettre en oeuvre l’ordre de démolition, selon la Cour.

Celle-ci avait déjà rejeté en mai un appel des habitants contre la démolition du village, construit illégalement selon les autorités israéliennes, mais avait suspendu provisoirement l’ordre de démolition à la suite de deux recours en justice.

Les autorités israéliennes ont offert aux habitants de s’installer près d’Abou Dis en Cisjordanie, mais ces derniers refusent, en faisant valoir que l’endroit proposé est situé à proximité d’une décharge, dans une zone urbaine où ils ne pourraient plus faire paître leurs animaux.

Khan al-Ahmar, village principalement constitué de logements et de structures de fortune situé à l’est de Jérusalem près des implantations israéliennes, retient l’attention de gouvernements européens, de l’ONU et d’ONG qui cherchent à empêcher sa destruction.

La démolition de Khan al-Ahmar avait déjà été approuvée par la cour en mai, ce que les juges ont souligné dans leur décision mercredi.

« Cette requête était une tentative de rouvrir décision déjà prise, et cela suffit pour la rejeter », ont déclaré les juges.

Un garçon traverse le village bédouin de Khan al-Ahmar, près de l’autoroute Jérusalem-Mer Morte, le 13 avril 2018. (Yaniv Nadav / Flash90)

Ils ont également rejeté la demande de repousser la démolition jusqu’à ce qu’un site soit trouvé pour relocaliser les résidents.

Les autorités israéliennes ont offert aux habitants de s’installer près d’Abou Dis en Cisjordanie, mais ces derniers refusent, en faisant valoir que l’endroit proposé est situé à proximité d’une décharge, dans une zone urbaine où ils ne pourraient plus faire paître leurs animaux. Ils ont également rejeté une proposition de relocalisation dans une implantation à l’est de Mitzpe Yericho.

Le ministre israélien de la Défense, Avigdor Liberman, a applaudi sur Twitter la nouvelle décision de la Cour suprême.

« Je félicite les juges pour la décision courageuse qu’ils ont prises face aux attaques hypocrites orchestrées par Abou Mazen (Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne), la gauche et des pays européens », a-t-il dit.

« Personne ne nous empêchera d’exercer notre souveraineté et notre responsabilité en tant qu’Etat » ajouté le ministre

De son côté, l’ONG Rabbis for Humans Rights a fustigé la décision de justice, qu’elle considère comme une façon de « rendre casher un crime raciste et moral ».

« La destruction du village est un acte anti-juif qui mérite les condamnations », a déclaré le groupe dans un communiqué.

La Cour suprême avait gelé la démolition de Khan al-Ahmar prévue en juillet, pour entendre les revendications des habitants.

Des policiers israéliens lors d’affrontements avec des manifestants palestiniens dans le village bédouin de Khan al-Ahmar à l’est de Jérusalem le 4 juillet 2018 (FLASH90).

Les défenseurs des villageois justifient les constructions sans autorisation par la quasi impossibilité pour eux d’obtenir des permis dans une grande partie de la Cisjordanie, sous contrôle israélien.

Tawfiq Jabareen, avocat des habitants, a accusé la Cour suprême de « suivre le gouvernement de droite israélien ».

Interrogé sur la possibilité que les habitants consentent à partir pacifiquement, l’avocat a dit à l’AFP n’avoir « jamais vu quelqu’un rester les bras croisés quand il est expulsé et qu’on lui détruit sa maison ».

Le 4 juillet, plus de 30 personnes ont été blessées, selon le Croissant-Rouge, lors d’affrontements entre forces de l’ordre israéliennes et manifestants, quand des équipements lourds, dont un bulldozer, ont été déployés autours du village.

Ceux qui s’opposent à la démolition arguent que la démolition permettrait d’étendre les implantations et de couper en deux la Cisjordanie, rendant encore plus compliquée la création éventuelle d’un état palestinien indépendant, solution de référence de la plus grande partie de la communauté internationale pour résoudre le conflit avec Israël.

L’AFP a contribué à cet article.

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