Gaza : l’armée israélienne cible un Palestinien armé approchant de la barrière
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Gaza : l’armée israélienne cible un Palestinien armé approchant de la barrière

Le ministère de la Santé du Hamas a annoncé que l’homme a succombé ses blessures ; l’incident survient un jour avant que les Palestiniens ne manifestent le long de la frontière

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des soldats israéliens regardent des manifestants palestiniens suite à une manifestation aux abords de la frontière avec Israël, à l'est de Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 31 mars 2018 (Crédit : Abed Rahim Khatib/ Flash90)
Des soldats israéliens regardent des manifestants palestiniens suite à une manifestation aux abords de la frontière avec Israël, à l'est de Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 31 mars 2018 (Crédit : Abed Rahim Khatib/ Flash90)

Un avion israélien a visé un Palestinien armé qui s’approchait de la barrière de sécurité de Gaza tôt jeudi matin, selon l’armée, alors que les tensions frontalières persistaient après qu’au moins 18 Palestiniens auraient été tués lors d’affrontements la semaine dernière.

Les troupes de l’armée israélienne ont déclaré que l’homme se trouvait dans le nord de la bande de Gaza, mais qu’il se rapprochait de la frontière lorsque l’avion de l’armée de l’air a tiré sur lui.

L’armée a prévenu dans un communiqué qu’elle « ne permettra pas que soit porté atteinte à la sécurité des civils israéliens et continuera à opérer contre les terroristes impliqués dans des actes de terreur ».

Le ministère n’a pas révélé l’identité du Palestinien tué qui est mort à l’hôpital Chifa dans la ville de Gaza à la suite de l’attaque aérienne israélienne.

L’armée n’a pas, pour le moment, préciser le type d’arme que l’homme portait.

L’incident est survenu alors que les Palestiniens se préparaient à manifester à nouveau le long de la barrière de sécurité de Gaza vendredi.

En prévision des manifestations, les Palestiniens ont amassé des pneus qu’ils prévoient de brûler, ce qui créerait un écran de fumée, protégeant les manifestants — et, comme le craint l’armée israélienne, les terroristes — de la portée visuelle des tireurs d’élite de l’armée.

Un jeune Palestinien collecte de l’argent et des pneus à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 4 avril 2018. (Saïd Khatib/AFP)

Les Palestiniens ont également réuni des miroirs qu’ils espèrent utiliser pour aveugler et troubler les tireurs d’élite.

Des bulldozers et d’autres machines lourdes ont été utilisés à l’intérieur de Gaza pour construire des bermes pour permettre aux Palestiniens de se cacher derrière elles pendant les émeutes.

Jeudi, les autorités israéliennes ont tenté une nouvelle tactique pour empêcher les manifestations prévues vendredi : un plaidoyer passionné pour l’environnement.

« C’est un problème environnemental sérieux qui nuira à la santé des habitants et provoquera une pollution atmosphérique sans précédent », a écrit le général Yoav Mordechai, l’officier de liaison militaire israélien avec les Palestiniens, dans une lettre adressée à l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

« Je fais appel à vous, en tant que chef d’une organisation internationale dont le but est de promouvoir la santé et protéger les ressources naturelles et environnementales, de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour mettre en garde contre cette catastrophe écologique et pour protester contre le comportement irresponsable du Hamas », a-t-il ajouté se référant au groupe terroriste qui dirige la bande de Gaza et qui a mené les manifestations.

Vendredi, plus de 30 000 Palestiniens ont manifesté le long de la frontière de Gaza, avec l’aval du groupe terroriste du Hamas, qui dirige Gaza et qui a juré la destruction d’Israël, et dans ce que les Palestiniens ont décrit comme étant une manifestation pacifique.

Des manifestants palestiniens face au gaz lacrymogène tiré par les forces de sécurité israéliennes lors d’affrontements à la suite d’une manifestation commémorant le Jour de la Terre, près de la frontière avec Israël, à l’est de Gaza le 30 mars 2018. (Mahmud Hams / AFP)

Il y avait des divergences dans les rapports palestiniens sur le bilan des morts de Gaza à partir de vendredi. Alors que le Hamas a déclaré lundi que 18 personnes étaient mortes, l’agence de presse officielle de l’Autorité palestinienne avait établi le bilan à 16 morts. Israël n’a pas de chiffres officiels sur le nombre de morts. Plus de 1 000 personnes ont été blessées.

L’armée israélienne a annoncé samedi que 10 morts étaient des membres de groupes terroristes, y compris le Hamas. Le Hamas, un groupe terroriste islamiste qui cherche à détruire Israël, avait auparavant reconnu que cinq d’entre eux faisaient partie de leurs membres. Le Jihad islamique a ensuite affirmé qu’il y avait un onzième mort parmi eux.

Le porte-parole de Tsahal, le général Ronen Manelis a déclaré samedi que toutes les personnes tuées étaient impliquées dans des actes de violence. Manelis a déclaré vendredi soir que l’armée avait fait face « à une violente manifestation terroriste sur six points » le long de la clôture. Il a déclaré que les soldats avaient utilisé des « tirs ponctuels » partout où il y a eu des tentatives de briser ou d’endommager la clôture de sécurité.

Mardi, un autre Palestinien a été abattu par les forces israéliennes alors qu’il franchissait la barrière de sécurité de Gaza.

Le ministre de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, a identifié le défunt comme étant Ahmed Arafa, âgé de 25 ans, et annoncé qu’il avait reçu une balle dans la poitrine lors d’affrontements à l’est de Bureij, dans le centre de Gaza. L’aile militaire du groupe terroriste FDPLP (Front Démocratique pour la Libération de la Palestine) l’a identifié comme l’un de ses membres.

Des images de vidéosurveillance de l’armée israélienne montrant un groupe de cinq hommes palestiniens endommagent et franchissent la barrière de sécurité de Gaza avant que l’un d’eux soit abattu lors d’une manifestation à Bureij, dans le centre de la bande de Gaza, le 3 avril 2018. (Crédit : Capture d’écran)

Les troupes de l’armée israélienne ont confirmé avoir tiré à balles réelles contre un groupe de Palestiniens qui ont franchi la barrière de sécurité pendant la manifestation.

Une vidéo de caméra de surveillance, fournie par l’armée, a montré une personne brisant la clôture avec ce qui semble être un tuyau en métal. Il est rejoint par quatre autres personnes, dont deux qui passent à travers un trou dans la clôture. Ensuite, il semble que des coups d’avertissement aient été tirés.

Les deux hommes retournent à Gaza, et une fois qu’ils ont traversé la clôture, la vidéo est coupée. On ne sait pas quand Arafa a été abattu.

Des manifestations violentes ont eu lieu tous les jours depuis la manifestation de masse de vendredi, mais à un niveau beaucoup plus restreint, impliquant généralement quelques dizaines de personnes. Néanmoins, l’armée est restée en état d’alerte dans la région, craignant que les groupes terroristes ne profitent des tensions et ne lancent des attaques.

L’armée a déclaré qu’elle utilisait principalement des mesures anti-émeute qui sont moins létales contre les manifestants — du gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc — mais qu’elle utilisait des balles réelles contre ceux qui sabotaient la barrière ou présentaient une menace directe.

Mercredi, l’organisation de gauche BTselem a appelé les soldats de Tsahal à désobéir aux ordres et à refuser d’utiliser leurs armes contre des manifestants non armés lors des manifestations prévues vendredi.

Des soldats israéliens sur la barrière terrestre le long de la frontière avec Gaza, à proximité du kibboutz israélien de Nahal Oz, dans le sud du pays, le 30 mars 2018 (Crédit : Jack Guez/AFP)

BTselem affirme que le fait de tirer sur des manifestants non armés constitue un ordre « manifestement illégal » — un ordre illicite qui constitue une menace directe à la vie — auquel les troupes israéliennes sont tenues de désobéir. Ceci est, en règle générale, vrai sur le plan des faits et conforme aux règles d’engagement de l’armée. La différence — et la plus importante à cet égard — concerne la manière dont BTselem et l’armée israélienne définissent respectivement les « manifestants non armés ».

Un porte-parole de B’Tselem a précisé que le groupe faisait référence à toute personne ne portant pas d’arme à feu ou d’engin explosif. Ce n’est pas le point de vue de Tsahal, ainsi que de nombreuses sources juridiques internationales, qui soutiennent que des choses comme les bombes incendiaires et les roches représentent une menace crédible et justifient donc l’utilisation de tirs réels.

Interrogé sur la campagne de BTselem lors d’une interview de la radio de l’armée mercredi, le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, a qualifié le groupe de « cinquième colonne, des épées de vente qui nuisent à la nation avec des fonds étrangers ».

Liberman a appelé cela une « campagne séditieuse » et a ajouté qu’il avait parlé à des conseillers juridiques du ministère de la Défense pour prendre des mesures contre le groupe.

Après les protestations de vendredi dernier, les responsables israéliens ont déclaré qu’ils ne changeraient pas fondamentalement les règles d’engagement de l’armée avant les manifestations prévues vendredi.

Mardi, le site d’information Walla a rapporté que les règles d’engagement de l’armée pour les soldats permettraient l’utilisation du tir réel contre quelqu’un avec une arme qui se trouve à environ 300 mètres de la barrière de sécurité. Une personne non armée serait autorisée à moins de 100 mètres de la frontière avant que les soldats n’ouvrent le feu.

Au-delà de cette clarification, les responsables ont déclaré que le protocole serait le même que la semaine dernière.

« Nous avons établi des règles claires du jeu et nous n’avons pas l’intention de les changer. Quiconque s’approche de la barrière risque sa vie et je recommande aux habitants de Gaza de ne pas protester contre Israël, mais de changer de régime dans la bande [de Gaza] », a déclaré Liberman lors d’une visite dans les communautés israéliennes à l’extérieur de l’enclave côtière.

Le ministre de la Défense a également défendu l’utilisation des tirs réels par les soldats de l’armée la semaine dernière.

« Il faut comprendre que la majorité des personnes tuées étaient des terroristes que nous connaissons bien, des membres des forces armées du Hamas, ainsi que du Jihad islamique palestinien. Ce ne sont pas des civils innocents qui sont venus dans le cadre d’une manifestation civile », a-t-il expliqué.

Lundi, le porte-parole de Tsahal Manelis a également défendu les actions de l’armée, faisant porter la responsabilité de toutes les violences sur le Hamas. Lui aussi a déclaré que l’armée ne changerait pas ses politiques.

« Nous utiliserons les mêmes forces et les mêmes capacités », a-t-il déclaré.

Les Etats-Unis ont bloqué samedi un projet de déclaration du Conseil de sécurité de l’ONU appelant à la retenue et appelant à une enquête sur les affrontements à la frontière entre Gaza et Israël, ont indiqué des diplomates.

Le projet de déclaration du Conseil exprimait également « une grave préoccupation face à la situation à la frontière ». Il réaffirmait « le droit de manifester pacifiquement » et exprimait « la tristesse du Conseil face à la perte de vies palestiniennes innocentes ».

L’AFP et l’équipe du Times of Israël ont contribué à cet article.

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