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Guerre de Yom Kippour: des lettres écrites à un soldat retrouvées 48 ans après

Eti Snir avait écrit chaque jour à son mari pendant des mois, mais ses missives avaient été perdues ; elles ont récemment été retrouvées dans un carton, dans un kibboutz

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

  • Capture d'écran d'une vidéo d'Eti Snir lisant les lettres qu'elle avait envoyées à son mari, en 1973, pendant la guerre de Yom Kippour, au mois d'octobre 2012. (Crédit : YouTube)
    Capture d'écran d'une vidéo d'Eti Snir lisant les lettres qu'elle avait envoyées à son mari, en 1973, pendant la guerre de Yom Kippour, au mois d'octobre 2012. (Crédit : YouTube)
  • Capture d'écran d'une vidéo montrant les lettres envoyées à un soldat de l'armée israélienne pendant la guerre de Yom Kippour qui n'ont été remises à leur destinataire qu'au mois d'octobre 2021. (Capture d'écran : YouTube)
    Capture d'écran d'une vidéo montrant les lettres envoyées à un soldat de l'armée israélienne pendant la guerre de Yom Kippour qui n'ont été remises à leur destinataire qu'au mois d'octobre 2021. (Capture d'écran : YouTube)
  • Baruch (Buki) Snir, au mois d'octobre 2021. (Capture d'écran : YouTube)
    Baruch (Buki) Snir, au mois d'octobre 2021. (Capture d'écran : YouTube)

Des dizaines de lettres écrites par une épouse inquiète à son mari qui se trouvait sur le front pendant la guerre de Yom Kippour sont enfin arrivées quarante-huit ans après leur envoi.

Les 56 missives ont été retrouvées dans un carton, dans un kibboutz. C’est de là qu’elles ont enfin été remises à Baruch « Buki » Snir, qui avait passé trois mois de guerre sans avoir une seule nouvelle de son épouse, Eti, qui était alors enceinte de leur tout premier fils, a fait savoir jeudi la chaîne Kan.

La raison pour laquelle les lettres n’étaient jamais arrivées jusqu’à leur destinataire reste encore inconnue.

« C’est incroyable, tout simplement incroyable. Où était-elles pendant toutes ces années ? », s’interroge Eti Snir au cours d’un entretien avec la chaîne, réalisé au domicile du couple.

Buki, réserviste, avait été appelé dès le premier jour de la guerre, le 6 octobre 1973, et il avait combattu l’armée égyptienne.

« Quand j’ai quitté mon épouse, elle avait beaucoup de problèmes », se souvient-il. « C’était un moment vraiment difficile. »

Il raconte à Kan les horreurs de la guerre auxquelles il a assisté lors des batailles contre les Égyptiens.

Capture d’écran d’une vidéo d’Eti Snir lisant les lettres qu’elle avait envoyées à son mari, en 1973, pendant la guerre de Yom Kippour, au mois d’octobre 2012. (Crédit : YouTube)

Eti, qui était alors âgée de 23 ans et qui était restée seule dans leur habitation de Tel Aviv, s’était installée auprès de ses parents. Elle avait envoyé un courrier – parfois même deux – à son mari tous les jours pour lui donner des nouvelles et lui remonter le moral.

Et pourtant, Buki n’en avait jamais reçu une seule. De la même manière, Eti n’avait obtenu aucune nouvelle de son époux tandis que les informations provenant du front abondaient, évoquant les revers essuyés par l’armée israélienne, les combats féroces et le nombre élevé de morts.

Eti a confié que chaque jour, elle se rendait au bureau militaire chargé des relations avec les civils pour demander des nouvelles de son mari. Elle a souligné qu’à l’époque, « mes amis me parlaient de tous ces soldats qui avaient été tués et le temps continuait à passer ».

« Je savais que je lui manquais, j’ai pensé à un problème avec la poste mais je ne savais pas pourquoi je ne recevais aucune lettre », a dit Buki devant les caméras.

« En théorie, on peut vivre sans recevoir de courrier mais seulement en théorie », a-t-il déclaré. « On se sent très misérable quand, pendant trois mois, on reste dans l’ignorance complète de ce que font et deviennent les autres, dans votre entourage, et qu’on ne reçoit aucune nouvelle ».

Pendant l’entretien, Eti, en larmes, lit l’un des courriers, une lettre dans laquelle elle explique à son mari comment elle tente de garder le moral en dépit des tristes rumeurs qui viennent du front et comment elle attend, chaque jour qui passe, le retour de Buki pour une permission – en vain.

Baruch (Buki) Snir, au mois d’octobre 2021. (Capture d’écran : YouTube)

Elle avait raconté à son mari dans une missive qu’alors qu’elle se tenait dans une file d’attente, enceinte, pour un examen médical de routine, elle avait entendu une femme dire à son compagnon : « Je ne vois pas l’intérêt de mettre des enfants au monde en ce moment ».

« Je suis restée là, sidérée. J’ai voulu leur répondre mais le sujet de la conversation m’avait laissée sous le choc, je pouvais à peine retenir mes larmes », avait écrit Eli.

« J’ai été triste, la nuit dernière, parce que j’ai pensé que tu viendrais enfin. Bientôt, cela fera trois semaines que tu n’es plus là », avait-elle écrit dans un autre courrier, ignorant qu’il faudrait encore des mois avant que Buki ne revienne. « J’ai attendu toute la semaine d’avoir de tes nouvelles de la part de quelqu’un qui serait en permission – mais il n’y a pas eu d’appel. »

Le 24 janvier 1974 – presque trois mois après la guerre mais alors que les échanges de coups de feu continuaient – Buki se trouvait dans un poste de garde et il écoutait la radio. C’est là qu’il avait appris lors d’une émission la naissance d’Ido, son fils. Il n’avait eu aucune nouvelle de son épouse depuis le début de la guerre.

Buki était finalement revenu – mais il n’y avait eu aucune trace des dizaines de courriers écrits par Eti.

Presque cinq décennies plus tard, la semaine dernière, Buki a reçu un appel téléphonique d’un inconnu qui lui a demandé son identité et son passé militaire.

Son interlocuteur était Eitan Tuvia, du kibboutz Nahal Oz, situé dans le sud du pays. Son oncle était récemment décédé et alors que la famille faisait du rangement dans la maison du défunt, elle avait découvert un sac contenant les lettres.

« C’était du courrier militaire, j’ai regardé le cachet et il datait d’octobre 73 », explique Tuvia à Kan.

Tuvia a précisé que dès qu’il a trouvé le courrier, il a su qu’il devait faire tout son possible pour trouver à qui il appartenait. « C’était une partie de leurs vies qui manquait », commente Tuvia. Il a réussi à retrouver Buki mais les missives étaient adressées à « Baruch Naeh ».

Eitan Tuvia. (Capture d’écran : YouTube)

Quand Tuvia a demandé à Buki si c’était bien son nom, il l’a confirmé, ajoutant qu’il avait changé son nom de famille qui était devenu Snir.

Tuvia lui avait demandé son numéro militaire – un identifiant unique reçu par tous les soldats israéliens. La réponse apportée par Buki avait alors confirmé que les courriers lui étaient bien destiné.

Et ces derniers ont ensuite été rapidement remis à leur destinataire, quarante-huit ans après leur envoi.

Tuvia a raconté que son oncle avait été armurier dans le bataillon où servait Snir à Ismailia, sur la rive Ouest du Canal de Suez, dans le Nord-Est de l’Égypte.

Il ignore pourquoi les lettres n’ont pas été remises en temps réel.

« Il y a pu y avoir des problèmes avec la poste et peut-être que les lettres ne parvenaient pas toujours jusqu’aux unités auxquelles les soldats appartenaient, et lui s’est contenté de les collecter en les gardant finalement », suppose-t-il devant les caméras de Kan.

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