Israël en guerre - Jour 144

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Halevi craint que les protestations des réservistes ne nuisent aux opérations

Plus de 250 réservistes du renseignement militaire, dont des officiers supérieurs, ne serviront pas si la réforme passe : "Nous refusons d'être les idiots de service"

Le chef de Tsahal, Herzi Halevi, prend la parole lors d'une cérémonie de remise de diplômes à des officiers de Tsahal sur la base de Bahad 1, dans le sud d'Israël, le 23 février 2023. (Crédit : Armée israélienne)
Le chef de Tsahal, Herzi Halevi, prend la parole lors d'une cérémonie de remise de diplômes à des officiers de Tsahal sur la base de Bahad 1, dans le sud d'Israël, le 23 février 2023. (Crédit : Armée israélienne)

Le chef d’état-major de Tsahal, Herzi Halevi, craint que le nombre croissant de réservistes de haut rang qui refusent de servir en guise de protestation au projet de refonte du système judiciaire du gouvernement ne nuisent au fonctionnement opérationnel et aux exercices militaires.

Selon des informations publiées dimanche sur le site d’information Walla, Halevi craindrait, après la lettre ouverte signée ces derniers jours par pas moins de 250 officiers de la division des opérations spéciales du renseignement militaire, que l’actuelle controverse n’affecte à long terme la motivation des jeunes Israéliens à s’engager dans l’armée.

« À ce stade, nous n’avons pas encore été confrontés à des refus réels de se présenter au service de réserve, mais nous sommes certainement préoccupés par certains propos », a déclaré le média citant un haut fonctionnaire anonyme. « Comment gérons-nous cette atmosphère ? Nous en parlons, nous ne l’ignorons pas. Nous expliquons qu’il y a de la place pour le désaccord – mais pas dans les rangs de l’armée. »

Dans la lettre ouverte, publiée vendredi, les réservistes ont demandé au gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu de suspendre sans délai le projet de loi judiciaire et de parvenir à un consensus, ou de risquer « la disparition de la démocratie israélienne. »

Les signataires ont rejoint des groupes de pilotes, de tankistes, de sous-mariniers, de marins et d’autres forces spéciales qui ont rédigé des lettres similaires ces dernières semaines.

Certains des officiers qui ont signé la lettre ont également accordé des interviews individuelles aux médias, parmi lesquels les deux réservistes à l’origine de la lettre, et qui ne s’attendaient pas à recevoir plus de quelques dizaines de signatures.

« Ce matin, il y en avait 250 », a déclaré au site d’information Ynet le major « Aleph », qui ne peut être identifié que par son grade et la première lettre hébraïque de son prénom.

« Il est impossible de généraliser les signataires », a-t-il ajouté. « Je n’ai aucune idée de qui, parmi eux, est de droite ou de gauche, qui vit en ville et qui vit dans un kibboutz ».

Il a ajouté que beaucoup d’autres auraient signé s’ils n’avaient pas craint la « machine à poison » du Premier ministre, ainsi que sont nommées, par les politiciens rivaux et d’autres critiques, les campagnes intenses menées par les fidèles du Premier ministre contre quiconque ose le critiquer.

« Beaucoup ont avoué ‘avoir peur de signer’. D’autres ont dit : ‘Je signerai sans apposer mon grade ou avec des initiales’. Si la tristement célèbre machine à poison n’avait pas existé, il y aurait eu beaucoup plus de signataires », a déclaré Aleph.

Un soldat de la Direction du renseignement militaire de Tsahal travaille sur un ordinateur. Illustration (Crédit : Armée israélienne)

« Notre lettre a engendré un énorme élan parce que tout le monde comprend que beaucoup d’autres se joindront à nous – les pilotes, la Brigade Nahal, le Mossad, les officiers de police », a-t-il prédit.  » On arrivera à une situation où quiconque veut prendre des décisions unilatérales sera obligé de faire fonctionner l’appareil [sécuritaire] de manière unilatérale. Nous refusons catégoriquement de jouer les idiots de service qui laissent des extrémistes fanatiques détruire ce qui a été laborieusement bâti pendant 75 ans. Pourquoi devrais-je faire partie de la division des opérations spéciales et ne pas bénéficier de la protection de La Haye ? Soit tout se déroule de manière concertée, soit il ne se passe rien. »

Le major Aleph est à l’origine de la lettre avec le major « Resh », – tous deux ont servi pendant 14 ans dans la division d’élite, avant de servir pendant quelque 15 ans en tant que réservistes.

« Nous ne croyions pas » au succès de l’initiative, a déclaré Resh à Ynet. « Nous ne cherchons pas à calculer l’impact que cela aura. Nous estimons tout simplement qu’il existe des situations pour lesquelles il faut se battre – dans le respect de la loi et pas avec des armes, bien sûr – car ceux qui restent silencieux face à cette folie sont irresponsables ».

Si le projet de réforme actuellement en cours est adopté, « nous ne nous engagerons pas dans une dictature », a déclaré Resh.  » Nous n’accepterons pas d’être piétinés « .

Resh a confié qu’il cachait son identité non pas par crainte d’une réaction négative en Israël, mais plutôt parce qu’il ne veut « pas que les services de renseignement iraniens essaient de [le] kidnapper ».

Un autre officier, qui s’identifie comme le lieutenant-colonel Aleph, a déclaré à Ynet que « le système de justice apportait un équilibre, et s’il disparaît, le flambeau sera éteint et chaque officier, pilote et soldat de combat sera exposé à des poursuites devant le tribunal de La Haye. »

Il a dit vouloir un « arrêt complet du processus législatif jusqu’à ce qu’il y ait un dialogue. » Sinon, a-t-il dit, « laissons les enfants de [Aryeh] Deri, chef du parti Shas, et de [Yitzhak] Goldknopf, ministre du Logement, diriger la division des opérations spéciales et la marine ».

Des officiers de Tsahal travaillent dans un quartier général pour coordonner les actions offensives. Illustration (Crédit : Armée israélienne)

Interrogé sur ce que prévoit la prochaine étape, il a répondu : « Venant des renseignements, nous ne révélerons pas forcément tout. Nous devons utiliser tous les moyens disponibles pour arrêter ce processus. »

On compte parmi les signataires de la lettre des lieutenants-colonels, des colonels, des généraux de brigade et un général de division, des dizaines d’officiers subalternes et de sergents. Le major général a reçu un appel personnel de Halevi et a par la suite retiré sa signature.

« Nous, soussignés, avons servi, volontairement, pendant des années et avec une grande fierté, à des postes essentiels complexes au sein dans la division des opérations spéciales de Tsahal, qui est l’une des unités les plus sensibles du système de sécurité de l’État d’Israël », peut-on lire dans la lettre.

« Nous traversons une période de crise grave. Si la législation qui vise à transformer le système judiciaire en une branche politique, non indépendante [du gouvernement] devait avancer, ou en d’autres termes si la démocratie israélienne venait à être gommée, et si on ne parvenait pas à un large consensus sur la question, nous ne pourrons continuer à servir volontairement comme réservistes dans la Division des opérations spéciales », ont écrit les réservistes.

« Nous avons servi au prix d’innombrables sacrifices ce pays que nous aimons tant, mais nous ne nous porterons pas volontaires pour être réservistes dans la division des opérations spéciales si un immense drapeau noir flotte sur les actions du gouvernement », peut-on lire dans la lettre. « La législation en question détruira tout ce pour quoi nous avons servi et combattu. Nous ne le permettrons pas. »

La plupart des activités menées au sein de la Division des opérations spéciales sont classées secrètes ; elle est connue pour ses opérations secrètes de rensegnement au plus profond du territoire ennemi, comme par exemple l’opération nocturne ratée dans la bande de Gaza en novembre 2018.

Herzi Halevi, chef d’État-major adjoint à Tel Aviv, le 11 juillet 2021. (Crédit : Flash90, file)

Dans un discours prononcé jeudi, Halevi a appelé les manifestants réservistes à laisser la controverse sur la refonte judiciaire en dehors de l’armée.

« Deux réservistes peuvent avoir des avis opposés sur la question… Ils se présenteront comme réservistes, mettront leur uniforme, laisseront la controverse à l’extérieur et partiront en mission côte à côte, épaule contre épaule », a déclaré Halevi lors d’une cérémonie de remise de diplômes aux cadets de l’école d’officiers de Tsahal dans le sud d’Israël, connue sous le nom de Bahad 1.

Certains des manifestants ont déjà menacé de ne pas se présenter au service de réserve si le gouvernement allait de l’avant avec sa refonte du système judiciaire.

Le quotidien Haaretz a déclaré vendredi que « les premiers signes » du refus des réservistes de servir étaient déjà visibles, notamment parmi les pilotes et les membres du personnel navigant de l’armée de l’air israélienne.

« Parmi les équipages de l’aviation de réserve, on constate que la possibilité de refuser de servir, ou de ‘refus gris’ – éviter les missions ou ne pas en effectuer certaines – en signe de protestation contre les derniers développements politiques, gagne en popularité », selon le quotidien.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le ministre de la Justice Yariv Levin, à droite, à la Knesset, le 20 février 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Selon les réformes radicales, qui sont en train d’être poussées à la Knesset ces dernières semaines, le gouvernement devrait s’accorder un contrôle total sur la nomination des juges, y compris ceux de la Haute Cour, éliminer presque totalement la capacité de la Cour d’examiner ou d’invalider des lois, et permettre aux politiciens de nommer – et de renvoyer – leurs propres conseillers juridiques.

Selon les opposants, ce projet portera profondément atteinte au caractère démocratique d’Israël en bouleversant son système de contre-pouvoirs, en accordant presque tous les pouvoirs à l’exécutif et en laissant les droits individuels sans protection et les minorités sans défense.

Le projet a suscité de vives critiques et des avertissements de la part d’éminents experts financiers et juridiques, ainsi que des protestations hebdomadaires et des pétitions publiques émanant de divers représentants officiels, professionnels et entreprises privées.

Netanyahu s’est défendu contre les critiques, assurant que les propositions renforceraient la démocratie au lieu de l’affaiblir, et que son gouvernement appliquait la volonté du peuple.

Les membres de la coalition de Netanyahu ont également promis d’adopter d’autres projets de loi controversés, dont certains concernent l’armée.

Emanuel Fabian a contribué à cet article.

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