Iran: l’AIEA trouve des traces radioactives sur un site dénoncé par Netanyahu
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Iran: l’AIEA trouve des traces radioactives sur un site dénoncé par Netanyahu

Dix mois après que le Premier ministre a identifié un "entrepôt atomique secret" à Téhéran, les inspecteurs de l'ONU ont déclaré qu'il avait servi à abriter du matériel nucléaire

Benjamin Netanyahu à l'Assemblée générale de l'ONU, le 27 septembre 2018. (Crédit : Stephanie Keith/Getty Images/AFP)
Benjamin Netanyahu à l'Assemblée générale de l'ONU, le 27 septembre 2018. (Crédit : Stephanie Keith/Getty Images/AFP)

Les inspecteurs de l’agence nucléaire des Nations unies ont trouvé des traces de matériels radioactifs dans un bâtiment de Téhéran que le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait identifié, l’année dernière, comme un « entrepôt atomique secret », a fait savoir un reportage diffusé à la télévision israélienne jeudi.

Les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) se sont rendus sur ce site à plusieurs reprises après qu’il a été dénoncé par Netanyahu au cours d’un discours prononcé devant l’Assemblée générale de l’ONU, au mois de septembre dernier.

Ils ont finalement conclu qu’il y avait « des traces de matériel radioactif » là-bas, a fait savoir la Treizième chaîne.

Elle a cité des personnalités qui, selon elle, seraient quatre hauts-responsables israéliens proches du dossier, ajoutant que les conclusions de l’agence de l’ONU avaient été révélées récemment à ces derniers.

L’Iran n’a cessé d’affirmer que ce site n’était pas une structure nucléaire et qu’elle n’avait servi aucun objectif secret.

Dans une réponse initiale au discours prononcé à l’ONU par Netanyahu, les médias iraniens d’Etat avaient clamé que l’entrepôt servait à stocker des déchets de ferraille.

L’entrepôt « atomique » présumé de Turquzabad, à Téhéran, en Iran (Capture d’écran :YouTube)

Mais les inspecteurs de l’AIEA, qui se sont rendus sur les lieux au mois de mars, ont tiré la conclusion « définitive » qu’il « y avait des traces, là-bas, de matériel radioactif », a dit la Treizième chaîne. Ils seraient en train de préparer un rapport sur le sujet.

Le reportage a noté que « le stockage de matériel radioactif dans une structure secrète, sans en informer l’AIEA, est une violation du Traité de non-profilération des armes nucléaires (NPT) dont l’Iran est signataire ».

Indiquant que Washington était également au courant des conclusions des inspecteurs de l’AIEA, le reportage a déclaré qu’Israël et les Etats-Unis s’attendaient à ce que l’agence émette un rapport public sur la question dans un bref délai.

Coïncidence ou non, Netanyahu s’est entretenu mercredi par téléphone avec le président américain Donald Trump au sujet de l’Iran.

« Les deux hommes ont évoqué la coopération entre les Etats-Unis et Israël dans l’avancée des intérêts sécuritaires nationaux partagés et notamment des efforts visant à empêcher les agissements malveillants de l’Iran dans la région », a dit la Maison Blanche.

Une image montrée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu durant un discours à l’Assemblée générale des Nations unies montrant un « entrepôt atomique présumé » à Téhéran, dans le quartier de Turquzabad. (Crédit : GPO)

S’exprimant devant les Nations unies, au mois de septembre dernier, Netanyahu avait appelé l’AIEA à inspecter ce qui était, selon lui, un « entrepôt atomique secret » installé dans la capitale iranienne.

Il avait clamé qu’environ 15 kilos de matériels radioactifs avaient été récemment enlevés de l’entrepôt atomique et amassés autour de Téhéran, mettant en péril les habitants de la capitale.

Le site était susceptible de contenir jusqu’à 300 tonnes d’équipements liés au nucléaire et de matériels répartis dans 15 conteneurs, avait ajouté Netanyahu. Il n’avait pas précisé la nature du matériel nucléaire présent sur le site.

Netanyahu avait précisé qu’il y avait une entreprise de dissimulation de la part du pays : « Comme pour les archives atomiques [dont l’existence avait été révélée au mois d’avril par le Premier ministre], il s’agit d’un autre complexe qui semble totalement banal et innocent », avait-il dit.

« Maintenant pour ceux qui, parmi vous, utilisez Google Earth, cet entrepôt atomique qui n’est plus secret aujourd’hui se situe Allée Maher, rue Maher. Vous avez les coordonnées, vous pouvez tenter d’aller là-bas. Et pour ceux parmi vous qui tenterez de vous y rendre, c’est à 100 mètres du Kolishoi, l’opération de nettoyage des déchets », avait-il ajouté.

« Et au fait, j’ai entendu dire qu’ils faisaient un travail fantastique dans le nettoyage de déchets. Mais aujourd’hui, il se pourrait bien qu’ils soient en possession de déchets radioactifs », avait-il poursuivi.

Il avait continué : « Maintenant, les pays qui ont des capacités satellite pourraient bien remarquer une activité accrue sur l’Allée Maher dans les jours et dans les semaines à venir. Et ceux qu’on verra, allant et venant, seront des responsables iraniens qui tenteront de terminer au plus vite ce nettoyage de déchets ».

« Parce que, voyez-vous », avait-il conclu, « depuis que nous avons mené notre opération dans les archives atomiques, ils se dépêchent de nettoyer l’entrepôt en question ».

« Le mois dernier encore, ce sont 15 kilos de matériels radioactifs qui ont été supprimés », avait-il continué. « Vous savez ce qu’ils en ont fait ? Ils l’ont réparti autour de Téhéran, s’efforçant de dissimuler les preuves ».

« Les habitants de Téhéran, en danger, pourraient bien vouloir savoir qu’ils pourront obtenir un compter Geiger sur Amazon pour 29,99 dollars seulement… Oui, ils ont pris ce matériel radioactif et ils l’ont répandu autour de Téhéran », avait-il clamé.

« Et maintenant, les responsables iraniens qui nettoient le site ont encore beaucoup de travail à faire parce qu’ils ont au moins 15 conteneurs – ils sont gigantesques – 15 conteneurs remplis d’équipements et de matériels liés au nucléaire qui sont stockés là-bas », avait-il affirmé.

« Et aujourd’hui, dans la mesure où chacun de ces conteneurs peut être rempli de 15 tonnes de matériel, cela signifie que ce site contient 300 tonnes, 300 tonnes de matériels et d’équipements nucléaires », avait-il précisé.

Ce discours avait été tenu quelques mois après la révélation par Israël que l’Etat juif était parvenu à sortir, selon ses dires, « une demie-tonne » de documents sur le nucléaire iranien de Téhéran, Netanyahu affirmant que les archives et l’entrepôt étaient la preuve de ce que l’Iran continuait à rechercher l’arme atomique malgré l’accord signé en 2015 limitant son programme nucléaire.

« L’Iran n’a pas abandonné son objectif de développer l’arme nucléaire… Soyez assuré que cela n’arrivera pas car ce que cache l’Iran, Israël le découvrira », avait déclaré Netanyahu aux Nations unies.

Un homme d’affaires local parle à un journaliste de l’agence Tasnim près du site nucléaire secret du quartier de Turquzabad à Téhéran, le 30 septembre 2018 (Capture d’écran : Tasnim)

Suite à l’apparition de Netanyahu, le chef de l’AIEA, Yukiya Amano, avait indiqué que les inspecteurs nucléaires avaient visité « tous les sites et endroits, en Iran, dans lesquels ils devaient se rendre », rejetant l’affirmation faite par le Premier ministre que l’agence n’avait pas agi suite aux renseignements fournis par l’Etat juif sur l’entrepôt.

Des diplomates cités au mois d’avril ont fait savoir toutefois que l’AIEA était allée sur le site du quartier de Turquzabad, à Téhéran, à de multiples occasions, le mois précédent.

Ils avaient expliqué que des tests étaient en cours sur des échantillons environnementaux prélevés autour de la structure pour déterminer la présence, là-bas, de matériels nucléaires. Ils avaient précisé que les résultats des tests seraient prêts au mois de juin.

« Nous n’avons rien à cacher et tout accès qui a été offert jusqu’à présent à l’IAEA a eu lieu dans le cadre des lois et des régulations, et rien au-delà », avait expliqué un responsable iranien à l’époque.

Se référant aux déclarations de Netanyahu, qualifiées alors de « ridicules », un reportage émis par la chaîne de télévision d’Etat iranienne avait fait savoir que le pays s’était engagé dans le traité de non-prolifération et avait noté que le programme nucléaire de la république islamique avait été placé sous la surveillance de l’AIEA.

Le site internet de la télévision d’Etat avait brièvement fait état de l’accusation lancée par Netanyahu, disant qu’elle relevait de « l’illusion ».

Un employé travaillant sur le site avait déclaré à un journaliste de Tasnim News qui s’était rendu à l’entrepôt, au mois d’octobre dernier, avait clamé que les lieux n’étaient pas militaires et que le leader israélien était « stupide » de croire qu’il pouvait servir d’entrepôt nucléaire.

Le journaliste n’était pas entré au sein de la structure, ne s’entretenant avec l’employé que par le biais d’un interphone, depuis l’extérieur d’un portail verrouillé.

Le propriétaire d’un commerce avoisinant de nettoyage de tapis avait fait savoir à Tasnim qu’il n’y avait « rien qui sorte de l’ordinaire » concernant l’entrepôt et affirmé que Netanyahu se livrait à de la désinformation.

Sur cette photo diffusée par le bureau de la présidence iranienne, le président Hassan Rouhani, à droite, et le directeur-général de l’Agence internationale de l’Energie atomique Yukiya Amano se serrent la main devant les médias avant leur rencontre au bureau du président de Téhéran, en Iran, le 18 décembre 2016 (Crédit : Présidence iranienne/AP)

Netanyahu avait été un opposant fervent à l’accord sur le nucléaire lorsqu’il avait été signé avec l’Iran en 2015 par le prédécesseur de Trump, Barack Obama.

Il avait affirmé que le pacte ne stopperait pas les efforts déployés par l’Iran pour acquérir l’arme nucléaire, le retardant seulement, et il avait déploré la levée des sanctions sur la République islamique. Il avait salué Trump pour son retrait de l’accord, au mois de mai.

L’Iran a nié chercher à acquérir l’arme atomique tout en avertissant que le pays pourrait revenir sur son engagement sous les termes de l’accord s’il ne recevait pas d’incitations économiques de la part des autres signataires – Grande-Bretagne, France, Allemagne, Russie et Chine.

Ces derniers jours, la République islamique a violé les limitations décidées via l’accord sur les niveaux d’enrichissement de l’uranium.

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