Israël va entendre un Palestinien blessé dans le dos suite à des révélations
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Israël va entendre un Palestinien blessé dans le dos suite à des révélations

Karam Qawasmi, blessé par balle non létale à un poste de contrôle, affirme qu'on lui a foncé dessus avec une Jeep et battu ; la demande du ministère est rare, dit un activiste

Le Palestinien Karam Qawasmi, qui a été blessé dans le dos par balle par les forces israéliennes lors d'un incident filmé l'an dernier, est assis dans son jardin, à Hébron, en Cisjordanie, le dimanche 10 novembre 2019. (AP Photo/Majdi Mohammed)
Le Palestinien Karam Qawasmi, qui a été blessé dans le dos par balle par les forces israéliennes lors d'un incident filmé l'an dernier, est assis dans son jardin, à Hébron, en Cisjordanie, le dimanche 10 novembre 2019. (AP Photo/Majdi Mohammed)

Les autorités judiciaires israéliennes ont déclaré lundi qu’elles cherchaient à s’entretenir avec un jeune Palestinien qui a reçu l’année dernière une balle en caoutchouc dans le dos par un policier des frontières.

Mais Karam Qawasmi, 22 ans, a affirmé que les autorités israéliennes n’essayaient pas réellement de lui tendre la main et a formulé de nouvelles allégations contre les soldats, qui, selon lui, l’avait aussi percuté avec leur véhicule et l’avait battu.

Une vidéo montrant Qawasmi se faisant tirer dans le dos alors qu’il s’éloignait des agents de la police des frontières est apparue la semaine dernière, suscitant l’indignation. Le ministère de la Justice a déclaré la semaine dernière que les procureurs de l’État avaient terminé une enquête criminelle sur les tirs et prendraient bientôt une décision finale sur l’opportunité d’engager des poursuites à ce sujet.

« Récemment, la victime a été retrouvée et, à ce stade, les enquêteurs sont sur le point de le rencontrer afin de rassembler les preuves disponibles », a déclaré le ministère de la Justice dans un communiqué envoyé lundi par e-mail, faisant remarquer que ses efforts pour retrouver Qawasmi, résident de Hébron en Cisjordanie, avaient précédemment échoué.

Le ministère n’a pas indiqué comment il a découvert Qawasmi, mais son nom a été largement diffusé dans les médias anglais et arabes au cours de la dernière journée.

Qawasmi a déclaré lundi soir que les autorités israéliennes ne l’avaient toujours pas contacté, mais qu’il serait prêt à leur parler tant qu’elles garantiraient sa sécurité.

« Je suis prêt à communiquer avec eux, mais ils doivent garantir que je rentrerai chez moi sans aucun problème », a-t-il déclaré au Times of Israel dans une interview téléphonique.

Il a ajouté qu’il ne pensait pas que le ministère de la Justice avait fait des efforts sincères pour le retrouver depuis l’ouverture de son enquête.

« Israël pourrait me retrouver en Amérique, s’il le voulait. Sa police et son gouvernement disposent d’une énorme quantité de moyens », a-t-il déclaré, notant que l’État juif a procédé à des scanners d’empreintes digitales sur lui. « Je ne pense pas qu’ils aient sérieusement essayé de me localiser. »

M. Qawasmi a déclaré que l’incident s’est produit le 25 mai 2018, mais qu’il n’a été rendu public qu’au début de novembre lorsque la Treizième chaîne a publié un clip de 26 secondes du tir.

Dans les images, on entend un groupe d’officiers crier à Qawasmi dans un tunnel du centre de la Cisjordanie de quitter la zone. Tenant un sac à dos et une carte d’identité, il s’en va les mains en l’air. Quelques secondes plus tard, l’un des officiers lui tire une balle en caoutchouc et il tombe au sol en hurlant de douleur.

Les forces de sécurité israéliennes utilisent souvent des balles en caoutchouc ou recouvertes de caoutchouc pour disperser les protestations ou un groupe de lanceurs de pierres. Les balles sont censées être non létales, bien qu’elles soient tirées à grande vitesse et causent des blessures graves.

Qawasmi a cependant affirmé que la vidéo ne montrait qu’une partie de la journée au cours de laquelle des agents de la police des frontières l’ont arrêté et battu avant de lui tirer dessus, apparemment sans raison.

Il a dit qu’il était entré en contact pour la première fois avec les agents de la police des frontières près d’A’Zaim, une ville palestinienne près de Jérusalem, où il a dit avoir cherché du travail dans une station-service.

« Je rentrais chez moi quand ils m’ont percuté avec leur jeep. Ils m’ont ensuite arrêté et m’ont emmené à quelques kilomètres de là, où ils ont commencé à m’agresser », a déclaré Qawasmi, diplômé de la Palestine Polytechnic University à Hebron qui travaille maintenant dans un magasin de fournitures pour le logement. « Ils m’ont frappé partout. C’était incroyablement douloureux. »

Après plus de trois heures, Qawasmi a dit que les forces lui avaient rendu sa carte d’identité et lui avaient ordonné de partir.

« J’ai marché, et quand j’ai regardé en arrière, j’ai vu trois soldats pointer leurs armes vers moi », a-t-il déclaré dans une autre interview avec l’Associated Press. « J’étais terrifié. J’ai marché lentement, et mon cœur battait vite. Une balle m’a touché dans le dos. Je suis tombé et j’ai cru mourir. J’ai regardé en priant et j’ai fermé les yeux. »

Il a dit qu’il les a entendus rire après qu’ils l’aient touché.

Le Palestinien Karam Qawasmi, qui a été touché dans le dos par une balle des forces israéliennes lors d’un incident filmé l’année dernière, en train de donner une interview à Hébron, en Cisjordanie, le dimanche 10 novembre 2019. (AP Photo/Majdi Mohammed)

Il a raconté qu’il était allongé par terre pendant plusieurs minutes, pendant que les agents de la police des frontières lui criaient de partir et tiraient des coups de feu dans la zone autour de lui.

« Environ cinq minutes plus tard, je me suis levé et j’ai marché pendant une heure jusqu’à Anata [une autre ville palestinienne située aux alentours de Jérusalem], où j’ai pris un taxi pour me rendre dans un hôpital à Hébron », a-t-il dit.

La police israélienne n’a pas répondu à une demande de commentaires concernant les allégations de Qawasmi selon lesquelles des agents de la police des frontières l’auraient heurté avec leur jeep et l’auraient battu.

Mais en réponse à la vidéo des tirs, la police des frontières a déclaré la semaine dernière : « Nous considérons l’incident qui s’est produit il y a un an et demi avec sévérité. »

Il a également indiqué qu’une policière, soupçonnée d’avoir tiré une balle en caoutchouc, avait été mutée de la police des frontières et transférée vers l’armée pour achever les deux années de service national obligatoires.

Lors de son interpellation en octobre, le juge Elad Persky, du tribunal de première instance de Jérusalem, a déclaré qu’elle semblait avoir tiré sur le jeune Palestinien comme une « forme de divertissement douteux ».

Son avocat a nié qu’elle ait tiré la balle recouverte de caoutchouc, selon le quotidien Haaretz. Le clip qui a fuité ne montre pas qui lui a tiré dessus.

Pendant ce temps, la Treizième chaîne a rapporté début novembre qu’un policier de la police des frontières s’est vanté d’avoir tiré sur un Palestinien dans un SMS envoyé à sa petite amie.

D’autres agents ont été réaffectés, a également déclaré la police des frontières la semaine dernière, soulignant que l’incident était « exceptionnel et non caractéristique des activités de la police des frontières qui défendent la sécurité de l’Etat et de ses citoyens ».

Qawasmi a dit qu’il ne sait pas pourquoi les agents de la police des frontières l’ont d’abord arrêté, mais qu’il les a entendus parler d’un couteau.

« Je les ai entendus parler d’un couteau, mais je n’en avais pas sur moi et je ne pouvais pas vraiment les comprendre parce que la plupart de leurs propos étaient en hébreu », a-t-il expliqué.

Il a dit qu’il avait pratiquement guéri des blessures qu’il avait subies lors de l’incident, principalement des contusions aux jambes, au dos, aux mains et aux épaules.

Le Palestinien Karam Qawasmi regarde une vidéo, qui semble avoir été prise par un membre des forces de sécurité, montrant quand il a été touché dans le dos l’année dernière par une balle, dans le jardin de sa maison, dans la ville de Hébron, en Cisjordanie, le dimanche 10 novembre 2019. Qawasmi a dit que la vidéo ne montre qu’une petite partie de ce qui a été une journée horrible pour lui. (AP Photo/Majdi Mohammed)

Amit Gilutz, porte-parole de B’tselem, un groupe de défense des droits humains, a déclaré que les autorités israéliennes n’interrogent généralement pas les témoins et victimes palestiniens.

« Ce n’est généralement pas le cas », a-t-il dit. « Ce n’est qu’un exemple des défauts de ces soi-disant enquêtes. »

Depuis que la vidéo a été diffusée au début du mois, M. Qawasmi a déclaré qu’il avait reçu des appels de personnes en Cisjordanie et à l’étranger.

« Tellement de gens m’ont tendu la main », dit-il. « Je pense qu’il est important que tout le monde réalise que cela se passe tout le temps en Palestine, mais les gens peuvent voir ce qui s’est passé cette fois-ci parce qu’une vidéo est sortie par hasard. »

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