Israël va recevoir son premier navire pour protéger les plateformes de gaz
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Israël va recevoir son premier navire pour protéger les plateformes de gaz

La corvette de classe Sa'ar-6 de fabrication allemande sera équipée de Dômes de fer

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

La corvette de classe Sa'ar-6 qui sera officiellement remise à la marine israélienne, le 11 novembre 2020. (Armée israélienne)
La corvette de classe Sa'ar-6 qui sera officiellement remise à la marine israélienne, le 11 novembre 2020. (Armée israélienne)

La semaine prochaine, la marine israélienne devrait recevoir la première des quatre nouvelles corvettes de classe Sa’ar-6 de fabrication allemande, équipées de capteurs, d’armes et de systèmes de défense pour l’aider dans sa mission de protection des plateformes de gaz naturel et des routes commerciales d’Israël.

Alors qu’Israël exploitait les réserves de gaz naturel situées dans ses eaux territoriales il y a un peu plus de dix ans, le gouvernement les a officiellement désignées comme un atout national stratégique et a chargé la marine de les défendre. Ce n’était pas une mince affaire pour la marine, qui jusqu’alors s’occupait principalement de protéger les côtes israéliennes.

L’arrivée du Sa’ar-6, prévue pour mercredi, devrait renforcer considérablement la capacité d’Israël à protéger les deux plates-formes de gaz opérationnelles du pays contre les missiles et autres types d’attaques.

Chaque navire de missiles, de près de 2 000 tonnes, est équipé de deux lanceurs d’interception du Dôme de fer – appelé Dôme naval – pour intercepter les roquettes et d’une batterie Barak-8 pour abattre les missiles de croisière et balistiques.

Les navires sont également dotés de près de 260 réseaux de radars statiques – appelés réseaux phasés – qui leur permettent de détecter des projectiles et des avions dans le ciel, ainsi que des navires et des missiles de croisière volant à basse altitude au niveau de la mer. Dans le passé, il aurait fallu deux systèmes de radar distincts pour un même navire, l’un pour détecter les objets au niveau de la mer et l’autre pour balayer le ciel. Le fait que les quelque 260 réseaux soient fixes signifie également que le navire est moins facilement détectable que les navires équipés de systèmes radar qui tournent.

La corvette de classe Sa’ar-6 qui sera officiellement remise à la marine israélienne à Kiel, en Allemagne, le 11 novembre 2020. (Armée israélienne)

Bien que le Sa’ar-6, qui a une plate-forme d’atterrissage pour hélicoptère située à l’arrière, soit plus grand que les deux autres classes de corvettes de la marine israélienne, le Sa’ar-5 et le Sa’ar-4.5, il apparaît beaucoup plus petit sur le radar, grâce aux progrès réalisés dans la technologie de la furtivité au cours des dernières décennies.

Le Sa’ar-6 est plus grand que les navires dont dispose le pays, mais les responsables de la marine affirment qu’il est bien plus petit que les types de navires qui remplissent les genres de missions qui lui sont confiées.

Contrairement à ses prédécesseurs, le Sa’ar-6 est également construit spécifiquement pour accueillir des marins hommes et femmes. La marine prévoit qu’environ un quart de l’équipage des navires lance-missiles sera composé de femmes.

La corvette de classe Sa’ar-6 qui sera officiellement remise à la marine israélienne le 11 novembre 2020. (Armée israélienne)

Le premier Sa’ar-6, l’INS Magen, changera officiellement de mains mercredi prochain, mais ne sera pas opérationnel avant plusieurs mois. Bien que le navire soit entièrement construit et en état de navigabilité, la grande majorité des capteurs, des armes et des systèmes de défense proviennent d’entreprises israéliennes et seront installés et reliés entre eux en Israël.

Les trois autres corvettes de classe Sa’ar-6 – l’INS Oz, l’INS Atzma’ut et l’INS Nitzahon – arriveront au cours de l’année prochaine.

Menaces à babord

Les menaces qui pèsent sur ces plates-formes de gaz naturel sont multiples et croissantes : simples missiles de croisière sol-mer fabriqués en Chine, missiles de croisière russes anti-navires Yakhont plus perfectionnés, missiles balistiques à guidage de précision Khalij Fars iraniens, barrages massifs de roquettes imprécises, commandos navals, mini-sous-marins autonomes, bateaux suicide chargés d’explosifs.

Pour la marine, les plus préoccupants sont les missiles de croisière et les missiles balistiques à guidage de précision. On sait déjà que le Hezbollah possède des missiles de croisière chinois, ayant utilisé avec succès les missiles C-802 et C-701 pendant la seconde guerre du Liban en 2006.

L’armée israélienne pense que, bien qu’il existe des stocks du puissant missile russe Yakhont contrôlé par la Syrie – un proche allié du Hezbollah – le groupe terroriste ne dispose pas de cette munition au Liban, a appris le Times of Israël. Cela ne signifie pas pour autant que le Hezbollah n’a pas été entraîné à utiliser le missile de croisière russe avancé s’il le souhaitait.

La plate-forme de traitement du gaz naturel Leviathan de la réserve naturelle de Dor Habonim Beach, le 1er janvier 2020. (Flash90)

Si l’un d’entre eux venait à frapper une plate-forme de gaz en activité – Israël dispose actuellement de deux plates-formes opérationnelles, Tamar et Leviathan, et prévoit d’en ouvrir une troisième, Karish-Tanin, dans quelques années – les conséquences seraient catastrophiques : une énorme explosion, qui tuerait probablement tous ceux qui sont à bord, des dommages massifs à la structure et potentiellement une catastrophe écologique car du gaz naturel se serait déversé dans les eaux.

Outre les effets immédiats, une telle frappe aurait potentiellement des conséquences considérables sur le réseau électrique israélien, qui dépend d’un flux constant de gaz naturel, et pourrait provoquer des pannes de courant à grande échelle.

Sur l’échelle des catastrophes potentielles produites par l’armée, une frappe sur une plate-forme de gaz en mer en activité se classe plus haut que celle sur une usine de raffinage de pétrole à Haïfa, plus haut que celle sur la banque de sang stratégique d’Israël et bien plus haut qu’une frappe réussie sur l’aéroport international Ben Gourion.

Heureusement, les dommages potentiels pourraient être évités dans une large mesure si les plates-formes étaient hors service, ce qu’Israël peut faire dans un laps de temps relativement court. Cependant, tout cela suppose un préavis d’attaque. Bien qu’il s’agisse d’une question de sécurité nationale, la décision de savoir quand fermer les plates-formes n’appartient pas en fin de compte aux militaires mais au ministère de l’Energie.

Une image d’une vidéo par le groupe terroriste du Hezbollah menaçant d’attaquer de plateformes israéliennes de gaz offshore. (Capture d’écran)

Le groupe terroriste libanais du Hezbollah a en effet identifié les plateformes de gaz nationales d’Israël comme une cible potentielle, en publiant en 2018 une vidéo montrant la plateforme Leviathan et menaçant de la détruire « dans les heures qui viennent ».

La menace du Hamas dans la bande de Gaza, qui a tiré une roquette sur la plateforme d’extraction de gaz Tamar d’Israël lors de la guerre de Gaza en 2014, est considérée comme bien moindre. Le groupe terroriste ne disposerait pas de munitions avancées capables de frapper avec précision une plateforme en mer. Selon les calculs de la marine israélienne, le Hamas devrait tirer environ 10 000 roquettes simples et non guidées sur une plate-forme d’extraction de gaz pour assurer une frappe réussie, ce qui rend une telle attaque non pas techniquement impossible, mais hautement improbable.

En plus de protéger les plateformes de gaz, la marine doit également protéger les routes commerciales navales d’Israël. Bien que trois frontières terrestres l’encerclent, Israël a une économie insulaire, et la quasi-totalité de ses importations se fait par mer plutôt que par voie terrestre. Quelque 96 % des importations arrivent en Israël par la Méditerranée ; le reste, soit 4 %, est livré à Eilat depuis la mer Rouge.

Le MSC PARIS s’approche du port de Haïfa, le 11 octobre 2020. (Crédit : Geodrones)

Si ces voies de navigation et ports méditerranéens étaient attaqués, les compagnies maritimes cesseraient probablement tous les transports vers Israël par souci de sécurité de leurs navires, de leurs équipages et de leurs marchandises – ce qui entraînerait essentiellement un blocus – une mesure qui pourrait avoir des effets dévastateurs sur l’économie israélienne. Ce fut le cas lors de la seconde guerre du Liban, lorsque le Hezbollah a tiré deux missiles de croisière sur des navires de la marine israélienne. L’un – un C-802 – a manqué sa cible et a touché un cargo égyptien, ce qui a provoqué l’arrêt de presque toutes les importations maritimes vers Israël. Le second, un missile C-701, a frappé l’INS Hanit, tuant quatre soldats.

Il est de la responsabilité de la marine de prévenir de telles désastres, avec à la fois des actions offensives pour prévenir les assauts et des actions défensives pour intercepter ou contrecarrer les attaques entrantes, et les corvettes Sa’ar-6 sont spécialement conçues pour cela. (Jusqu’à ce que les corvettes Sa’ar-6 soient pleinement opérationnelles, ces plates-formes seront protégées par les autres navires lance-missiles de la marine).

Comme la marine israélienne est officiellement responsable de la défense des plates-formes et de ses navires, elle est également chargée d’identifier et de détruire les menaces potentielles qui pèsent sur elle, bien que la plupart des frappes effectives contre ces menaces soient effectuées par l’armée de l’air, qui dispose de plus grandes capacités pour le faire.

En cas de guerre, le plan général de la marine serait d’effectuer un bombardement massif contre les systèmes d’armes ennemis qui pourraient être utilisés contre les plates-formes gazières afin de détruire la majorité d’entre elles. Par la suite, la marine « chasserait » les armes restantes par des frappes individuelles.

Un navire nécessaire

La décision d’acheter les navires Sa’ar-6 à l’entreprise industrielle allemande Thyssenkrupp, ainsi qu’un autre accord avec la société pour l’achat de sous-marins, s’inscrit dans le cadre d’une enquête sur la corruption en Israël impliquant plusieurs hommes d’affaires israéliens de premier plan, dont des contacts étroits du Premier ministre Benjamin Netanyahu, ainsi qu’un ancien commandant de la marine, Eli Marom.

Netanyahu, qui a été inculpé dans trois autres affaires de corruption, n’a pas été nommé comme suspect dans ce scandale – surnommé « affaire 3000 » – et aucun fonctionnaire actuel de la marine israélienne n’y est non plus lié.

La marine israélienne a refusé de commenter la manière spécifique dont l’appel d’offres a été lancé à Thyssenkrupp ou d’autres questions liées au processus d’achat, mais maintient que le Sa’ar-6 lui-même était un navire nécessaire à acheter et que les décisions concernant ses spécifications ont été prises uniquement sur la base de considérations opérationnelles.

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