Israël veut faire interdire le commerce des défenses de mammouth laineux
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Israël veut faire interdire le commerce des défenses de mammouth laineux

A la conférence mondiale de la CITES, le plan israélien visera à stopper le "blanchiment" de l'ivoire, souvent présenté comme provenant de cette espèce disparue

Un troupeau d'éléphants forme un cercle de protection face à une menace perçue dans le parc national de Mikumi, en Tanzanie, le 21 mars 2018 (Crédit : AP Photo/Ben Curtis)
Un troupeau d'éléphants forme un cercle de protection face à une menace perçue dans le parc national de Mikumi, en Tanzanie, le 21 mars 2018 (Crédit : AP Photo/Ben Curtis)

Israël a pris la tête des initiatives visant à mieux réguler le commerce illégal de l’ivoire pour protéger les éléphants.

Pour ce faire, l’Etat juif réclame l’interdiction de la vente de produits provenant prétendument d’une espèce aujourd’hui disparue – le mammouth laineux – dans le cadre de ce qui serait probablement la toute première régulation en son genre.

Ce sont les représentants d’environ 180 nations qui se rencontrent ce mois-ci à Genève pour s’accorder sur la protection des espèces vulnérables. Ils sont notamment amenés à débattre de questions concernant le commerce de l’ivoire et la demande en ailerons de requins, appréciés par les gastronomes.

La conférence de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction), a lieu tous les trois ans. Elle a pour objectif de garantir que le commerce global portant sur les animaux et les végétaux sauvages ne mettent pas pour autant leur survie en danger.

La conférence s’est ouverte samedi et elle durera jusqu’au 28 août, et des décisions déterminantes devraient être finalisées au cours des deux derniers jours du sommet.

Ces rencontres interviennent alors que l’Afrique fait face à un débat interne sur les éléphants et l’ivoire.

La Zambie – qui clame que sa population d’éléphants d’Afrique sauvage est large et stable (elle s’élève à 27 000 spécimens) – veut « déclasser » l’espèce de manière à permettre la vente de réserves d’ivoire et l’exportation de trophées de chasse, de peau et de cuir. Quelques autres pays du sud de l’Afrique veulent l’allègement de la réglementation sur la population des éléphants.

Toutefois, 10 autre États – tous Africains, à l’exception d’un seul – réclament la protection totale des éléphants face au commerce de l’ivoire international.

Un bûcher de défenses en ivoire dans le parc national de Nairobi, au Kenya, le 4 septembre 2017 (Crédit : AP Photo/Ben Curtis)

Israël propose des réglementations plus dures sur le commerce légal de l’ivoire issu de mammouths, espérant ainsi couper l’herbe sous le pied des trafiquants de défenses d’éléphants qui tentent de le faire passer sournoisement comme un « ivoire de glace » – cet ivoire provenant des mammouths.

La CITES se réfère à cette régulation proposée comme à la « dénommée ‘disposition de ressemblance’. »

Il est vrai qu’il est difficile, pour un non-spécialiste, de faire la distinction entre une défense d’éléphant et une défense de mammouth et que le commerce de l’ivoire connaît un fort essor. Les participants à la conférence devront déterminer si les produis issus d’une espèce disparue depuis longtemps peu – ou doit – être couverte par la CITES.

La proposition note que le commerce de l’ivoire de mammouth est presque entièrement non-régulée et qu’aucune étude n’a été effectuée sur le sujet.

Elle souligne aussi que, si elle est adoptée, elle sera probablement la première législation à mettre hors-la-loi le commerce d’une espèce éteinte.

En plus des efforts internationaux livrés pour réduire le commerce de l’ivoire, l’Autorité israélienne de la nature et des parcs, qui est chargée de protéger la vie sauvage au sein de l’Etat juif, a fait savoir dimanche qu’elle allait renforcer ses politiques sur le commerce et la possession de l’ivoire dans le pays.

Les nouvelles régulations qui entreront en vigueur le 1er janvier 2021 autoriseront la possession de l’ivoire « ancien » – en remontant au milieu des années 1970 – mais rendront illégales les importations, les exportations et le commerce national de l’ivoire provenant des éléphants et des mammouths.

La vente et l’achat d’ivoire « ancien » nécessiteront des autorisations spéciales s’ils entrent dans le cadre de la fabrication d’un produit déterminé, comme les touches d’un piano ou la poignée d’un couteau.

L’Autorité, qui exige des permis dans toutes les tractations portant sur l’ivoire, a fait savoir qu’elle élargirait son interdiction sur les artéfacts fabriqués après les années 1970 aux produits similaires, dans leur apparence, à l’ivoire d’éléphant – comme c’est le cas de l’ivoire de mammouth laineux.

L’employée d’une structure gouvernementale de traitement de déchets prend en charge des défenses en ivoire qui ont été saisies avant de les détruire, à Seremban, en Malaisie , le 30 avril 2019(Crédit : AP Photo/Vincent Thian)

Il y a trois mois, le premier rapport global de l’ONU sur la biodiversité avait averti que l’extinction menaçait actuellement plus d’un million d’espèces végétales et animales. Certains s’inquiètent, par ailleurs, d’un manque d’action rapide de la part des décisionnaires politiques pour contrer ce phénomène préoccupant.

« Continuer à faire comme on a toujours fait n’est plus possible… La vitesse de l’extinction de la vie sauvage ne cesse d’accélérer », a déclaré la secrétaire-générale de la CITES, Ivonne Higuero, dans son discours d’ouverture lors de la conférence.

« Les évaluations confirment que le déclin dangereux de la nature est sans précédent », a-t-elle ajouté.

Cette réunion survient également quelques jours après l’annonce par l’administration Trump de l’atténuation de la portée de la loi américaine sur les espèces en danger – Endangered Species Act — un message qui pourrait trouver un écho parmi les participants à la conférence, même si l’initiative prise par les Etats-Unis concerne davantage la politique intérieure que le commerce international.

Alain Berset, à la tête du ministère de l’Intérieur en Suisse – le pays qui accueille la réunion – a noté que la gestion durable des espèces menacées « exige, bien entendu, de prendre en compte les intérêts et les besoins des pays où vivent ces espèces ».

La CITES interdit le commerce de certains produits dans leur intégralité tandis qu’elle autorise le commerce international en ce qui concerne d’autres espèces – et dans la mesure où il ne nuit pas à leur survie dans la nature.

La demande est diverse en ce qui concerne les produits animaux et végétaux : Certains sont prisés pour leurs propriétés médicinales ou comme animaux de compagnie. D’autres sont appréciés pour leur finesse gastronomique, et certains sont utilisés dans des produits à base de mailles, ou pour fabriquer des sacs à main.

Les douaniers du monde entier ont pris l’habitude de rechercher le logo de la CITES sur les transports de végétaux et d’animaux par-delà les frontières : Il représente un sceau d’approbation hautement respecté, attestant du fait que le commerce de l’espèce transportée est légitime.

L’ordre du jour de la réunion contient 56 propositions visant à modifier – et à renforcer dans la majorité des cas – le niveau de protection parmi les espèces vulnérables ou en danger.

Mais certains affirment que ces protections doivent être réduites dans la mesure où les populations concernées se sont stabilisées, voire qu’elles ont augmenté. Les responsables disent que les décisions se basent sur la science, indépendamment de considérations politiques ou autres.

« Les nouvelles règles du commerce en termes de vie sauvage… couvrent toute une gamme de mammifères, d’oiseaux, de reptiles, d’amphibiens, d’arbres et autres végétaux. Vingt propositions ont été inspirées par la préoccupation que nous éprouvons face à l’appétit croissant du commerce d’animaux exotiques, comme les amphibiens ou les reptiles », a dit la CITES.

Le groupe de sensibilisation Avaaz a indiqué qu’une question essentielle était de savoir si le Japon, qui accueille le plus grand marché légal de l’ivoire dans le monde, rejoindra le groupe des pays qui se sont engagés à mettre un terme à ce commerce.

« Le marché japonais de l’ivoire alimente le commerce illégal international », a expliqué Andy Legon, militant au sein de l’organisation Avaaz, dans un courriel.

« Et alors que les éléphants sont en voie d’extinction, la Chine, les Etats-Unis, Hong-Kong, Singapour et d’autres se sont récemment engagés à stopper leurs marchés de l’ivoire ».

La flore figure également à l’ordre du jour. Une proposition, par exemple, exempterait les instruments de musique des restrictions posées sur le commerce d’un type de bois de rose prisé par les fabricants de guitare.

Dans l’agenda de la rencontre se trouvent aussi les requins. Certains chercheurs affirment que la demande commerciale d’ailerons de requins – largement alimentée par l’appétit des Chinois pour les soupes utilisant cet aliment – décime les populations de ce squale.

Un homme découpe un aileron de requin sur un marché aux poissons de Dubaï, aux Emirats arabes unis, le 12 juin 2012 (Crédit : AP Photo/Kamran Jebreili, File)

Les requins obtiennent du soutien dans de hauts-lieux, et notamment de la part de la star de basket à la retraite Yao Ming, qui a entraîné l’équipe olympique de la Chine à trois occasions. Yao est devenu ambassadeur WildAid en 2006 après avoir signé une promesse de renoncer à la soupe aux ailerons de requins. Il s’est depuis illustré dans de nombreuses publicités réclamant l’abandon, dans les dîners, de ce mets gastronomique pour sauver les populations de squales.

WildAid, un groupe environnemental, indique que Yao a été déterminant dans l’abandon du commerce de l’ivoire par la Chine, il y a deux ans.

Luke Warwick, de la Wildlife Conservation Society, a déclaré que l’aileron de requin séché pouvait atteindre le prix de 1 000 dollars le kilo, et qu’ajouter d’autres espèces de requins à la liste de la CITES était l’une des mesures nécessaires pour venir en aide à ces prédateurs des profondeurs qui n’en sont pas moins des populations vulnérables.

« Il y a ce marché mondial énorme et qui ne remplit pas les critères de l’aileron de requin et une immense partie de ce commerce, soit 80 %, n’est pas régulé. Des millions d’animaux meurent », a-t-il dit lors d’une conférence de presse à Genève qui a eu lieu dans la semaine. « Nous les voyons disparaître devant nos yeux », a-t-il ajouté.

Le docteur Abdulla Naseer, ministre de l’Environnement des Maldives, a indiqué que sa nation insulaire soutenait trois propositions visant à protéger 18 espèces de requins et de raies, et particulièrement le requin mako, le Rhynchobatus australiae et la grande raie guitare.

« Nous nous assurerons que le futur commerce sera bien durable… avant qu’il ne soit trop tard », a-t-il dit. « Nous voulons voir les océans protégés pour les générations à venir ».

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