« J’ai encore deux jeunes hommes à offrir également » : enterrements de combattants du Hezbollah
Lors des funérailles collectives organisées pour les terroristes tués, des parents affirment que c’est un honneur que leurs enfants soient morts en "défendant" le pays ; certains se déclarent prêts à faire d’autres sacrifices
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KFAR SIR, Liban — Sharif Badreddine, un responsable municipal libanais, avait bien supplié son fils de ne pas partir se battre pour le Hezbollah dans le sud du pays, où le groupe terroriste est en guerre contre Israël. Pourtant, alors que ce père, le visage défait et mouillé de larmes, enterre aujourd’hui son enfant, il ne dissimule pas sa fierté.
Face à la campagne qui a été lancée par le gouvernement à Beyrouth, qui cherche à désarmer l’organisation terroriste chiite, ses partisans invoquent une inimitié de longue date avec Israël, de profondes convictions religieuses et le soutien de l’Iran pour justifier le sacrifice ultime de leurs fils dans la dernière guerre menée par Hezbollah, qui a fait des milliers de morts au Liban.
« Avant qu’il ne parte, je lui ai dit : ‘Ne pars pas, la situation est grave’, » se souvient Badreddine, âgé de 67 ans, dans un entretien avec l’AFP.
Mais son fils Ahmad, âgé d’une vingtaine d’années et père de deux enfants, a insisté.
Israël a mené plusieurs guerres contre le Hezbollah et d’autres groupes armés au Liban depuis les années 1970. Le groupe terroriste soutenu par l’Iran est déterminé à détruire l’État juif.
« Je suis fier de lui. Il est tombé en martyr sur le front. C’est un honneur pour moi », affirme ce père en deuil, qui a vu son fils pour la dernière fois il y a six semaines. « Il me défendait, comme il défendait tout le sud du Liban et tout le Liban ».
Au moment où ce père a inhumé son fils aux côtés de 13 autres défunts – avec deux secouristes parmi eux – à Kfar Sir, dans le sud du Liban, un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban, qui a débuté vendredi dernier, avait apporté un peu de calme dans la région.
Israël a procédé à des frappes massives à travers le Liban, y compris à Kfar Sir, et l’État juif a envahi le sud du pays après que le Hezbollah a commencé, le 2 mars, à pilonner le nord d’Israël, tirant des roquettes et lançant des drones en signe de soutien à son allié, l’Iran, alors la cible d’une offensive américano-israélienne. De violentes hostilités qui ont fait plus de 2 400 morts, selon les autorités libanaises – un bilan qui ne fait pas de distinction entre civils et hommes armés.
Le cessez-le-feu a permis aux habitants déplacés de la ville, qui est située à 15 kilomètres au nord de la frontière israélienne, de revenir et de pleurer les 14 hommes – certains ont été tués lors de frappes israéliennes et d’autres ont perdu la vie lors d’affrontements avec les soldats de l’armée israélienne.
« Ces jeunes hommes font notre fierté. Ils ont obligé les Israéliens à battre en retraite. Les Israéliens n’ont pas pu atteindre leurs objectifs », s’exclame Badreddine, qui est père de cinq enfants, l’un des rares à être resté au sein de la localité tout au long du conflit.
Il ajoute qu’il garderait « la tête haute » si son autre fils décidait de se battre : « Et ce sera, là aussi, grâce à lui ».
« Le dernier centimètre »
Dans le cortège funèbre, les visages sont mélancoliques, tristes, alors que les personnes présentes attendent que la cérémonie organisée par le Hezbollah commence.
Les photos des défunts ont été accrochées dans toute la ville, et quand leurs cercueils, recouverts des drapeaux jaunes de l’organisation chiite, arrivent sur la place, les femmes vêtues de noir poussent des youyous, pleurent, jettent des roses et du riz depuis leurs balcons.
Amena al-Shami est debout, en larmes, regardant le cercueil de son fils Hassain Sheaito, tandis que d’autres mères l’étreignent.
« Il a défendu notre fierté, notre dignité et notre honneur. Il s’est sacrifié et il s’est donné en offrande à la frontière », dit-elle en brandissant sa photo. « J’ai encore deux hommes jeunes à offrir également ».
Une scène qui témoigne du soutien inébranlable dont bénéficie le Hezbollah dans les villes du sud, malgré l’interdiction par le gouvernement des activités militaires du groupe au début du mois de mars dernier, peu après le début de la guerre.
Le Hezbollah n’a pas officiellement rendu hommage aux terroristes qu’il a perdus au cours des plus de six semaines de guerre – des funérailles collectives ont toutefois été organisées par des proches dans des villes du sud comme Kfar Sir.
La trêve entre es deux belligérants est survenue après des pourparlers directs sans précédent entre le Liban et Israël qui ont eu lieu à Washington, en amont de négociations de paix prévues – des discussions auxquelles le Hezbollah et ses partisans s’opposent fermement.
Les deux parties doivent encore se rencontrer jeudi.
Shami qualifie ces pourparlers de « lâcheté. » Elle affirme que les hommes armés du groupe terroriste restent inébranlables malgré les pressions exercées par le gouvernement et Israël.
« Nous continuerons jusqu’à la libération du dernier centimètre carré du Liban », explique-t-elle.
« Honorés »
Hassan Fadlallah, député du Hezbollah, indique à l’AFP que des milliers de jeunes hommes « réclament de pouvoir rejoindre les rangs » de l’organisation pour combattre l’invasion israélienne, ce qui témoigne de la conviction farouche de ses partisans.
L’armée israélienne a annoncé, après le cessez-le-feu, qu’elle a établi une « ligne jaune » dans le sud du Liban – qu’elle juge nécessaire pour défendre les communautés qui vivent à la frontière contre les attaques incessantes du Hezbollah.
Elle englobe des dizaines de villages – rappelant quelque peu l’occupation, jusqu’en l’an 2000, d’une bande de terre de 20 kilomètres de profondeur le long de la frontière par Israël.
Le Hezbollah a juré de briser cette ligne par la « résistance ».
Assis sur une chaise sur la place de Kfar Sir, Haydar Sbeiti, 68 ans, les yeux remplis de larmes, parle de son fils ingénieur, Mahmoud, qui a été tué au combat contre Israël.
« Cela fait longtemps que nous suivons cette voie », s’exclame-t-il. « Il a choisi cette voie dès son plus jeune âge, et je l’ai encouragé. Je suis honoré d’être le père d’un martyr ».
Il ajoute qu’il a trois autres fils, qui sont déterminés et prêts à rejoindre la lutte à l’encontre de l’État juif.
« Nous sommes tous prêts à nous sacrifier pour le Liban, pour son peuple et pour la résistance », affirme-t-il.
la Communauté du Times of Israël !







