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Interview

La belle-mère de « Mrs Maisel » se confie sur sa carrière, son judaïsme

Alors que débute la saison 4, Caroline Aaron parle de ses racines juives en Virginie et du casting de non-Juifs dans la série à succès

Caroline Aaron assistant à la première de la quatrième saison de "The Marvelous Mrs. Maisel" à New York, le 5 février 2022. (Crédit : Noam Galai/Getty Images for Prime Video/via JTA)
Caroline Aaron assistant à la première de la quatrième saison de "The Marvelous Mrs. Maisel" à New York, le 5 février 2022. (Crédit : Noam Galai/Getty Images for Prime Video/via JTA)

JTA – Lorsqu’elle a été choisie pour jouer le rôle de la belle-mère de Midge Maisel dans « The Marvelous Mrs. Maisel », l’actrice Caroline Aaron ne se doutait pas qu’une série sur une période très particulière de la vie juive du milieu du 20e siècle toucherait le cœur du monde entier.

La popularité de la série a dépassé les frontières du monde juif. Tout comme avec « Un violon sur le toit », la série a trouvé un public même dans les pays où la culture juive est quasiment inexistante.

« Après la deuxième saison, nous sommes allés à Milan pour des rencontres avec la presse internationale, et il y avait des journalistes du monde entier – de Chine, d’Inde et de tous les pays européens, et je me suis demandé ce qui pouvait bien les intéresser, » a déclaré Aaron lors d’une récente conférence Zoom organisée par The Braid, un théâtre de femmes juives de Californie du Sud.

« Durant cette conférence, destinée aux gens du monde entier – et même que c’est nous qu’ils étaient venus interviewer – j’ai dû leur poser la question, juste pour comprendre ce qui, dans cette série, avait séduit des publics qui n’avaient pourtant pas la moindre référence culturelle. »

Et qu’a-t-elle appris ?

« Je pense qu’avant tout, c’est la famille, qui est un élément universel. Je pense que peu importe comment elle se manifeste, cela résonne toujours profondément avec tout le monde », a déclaré Aaron.

Elle a ajouté qu’un journaliste en Suède lui a dit que « nous n’avions jamais vu une série avec une jeune femme qui a confiance en elle. Dans la série, nous avons une jeune femme qui est maîtresse de son ambition, de ses rêves. »

L’intervention d’Aaron auprès de The Braid a servi en partie d’avant-première à la quatrième saison de « Mrs. Maisel« , qui est diffusée depuis le 18 février après une interruption de près de trois ans. Elle y a parlé de sa longue carrière d’actrice dans des films produits par de grands réalisateurs juifs, de son éducation dans le Sud et de ce qu’elle pense des critiques selon lesquelles « Mrs Maisel » fait jouer des rôles juifs à trop d’acteurs non juifs.

En 40 ans de carrière, Aaron a joué dans de nombreux films de grands réalisateurs juifs tels que Mike Nichols (« Heartburn », « Working Girl », « Primary Colors » et « What Planet Are You From? »), Nora Ephron (« Sleepless in Seattle » et « Lucky Numbers ») et Woody Allen (« Crimes and Misdemeanors », « Alice » et « Deconstructing Harry »). À la télévision, Aaron est apparu dans « Curb Your Enthusiasm » et « Transparent », et depuis 2017, elle incarne Shirley Maisel. Avec le reste du casting de « Maisel », Aaron a remporté le Screen Actors Guild Award de la meilleure distribution dans une série comique, en 2018 et 2019.

Elle a également joué dans des pièces de théâtre à thématique juive. Elle a joué dans une pièce solo à deux personnages sur une survivante de la Shoah, « Call Waiting », avant de jouer dans la version cinématographique. En 2016, elle est apparue dans « Stories from the Fringe », une pièce assemblée à partir des voix de plus d’une douzaine de femmes rabbins et présentée à The Braid, alors connu sous le nom de Jewish Women’s Theatre.

Lors de la conférence Zoom, Aaron a défendu le casting de « Mrs Maisel », qui comprend Rachel Brosnahan dans le rôle de Midge Maisel, Tony Shalhoub et Marin Hinkle dans celui de ses parents, et Luke Kirby dans celui du légendaire comédien juif Lenny Bruce. Aucun d’entre eux n’est juif.

« Je suis très préoccupée par le fait que nous confinions l’art de la comédie à ‘il faut l’être pour le jouer' », a déclaré Aaron au cours de la discussion. « Lorsque tout cela a commencé à faire surface, j’ai eu envie d’écrire à tous les parents du pays qui font un chèque pour un programme d’arts du spectacle, de déchirer leur chèque… Je pense que le jeu d’acteur, dans sa forme la plus pure, consiste à se mettre dans la peau d’un autre. Et finalement, n’est-ce pas la définition de l’empathie ? »

Jane Lynch, en haut à gauche, Stephanie Hsu, Carolina Aaron, Marin Hinkle, Rachel Brosnahan, Alex Borstein, Luke Kirby, Matilda Szydagis et Sean Tarantina. Joel Johnstone, en bas à gauche, Michael Zegen, Kevin Pollak et Tony Shalhoub posent dans la salle de presse avec le prix pour la performance exceptionnelle de la distribution dans une série comique pour ‘The Marvelous Mrs. Maisel’ lors de la 26e cérémonie annuelle des Screen Actors Guild Awards au Shrine Auditorium & Expo Hall, à Los Angeles le 19 janvier 2020. (Crédit : Jordan Strauss/ Invision/AP)

Lorsque les gens demandent à Aaron si Brosnahan est juive, sa réponse est que « si vous le demandez, c’est qu’elle fait son travail et qu’elle le fait bien ». Elle ajoute que cela va aussi dans l’autre sens.

« Je ne veux pas jouer uniquement des femmes juives », a déclaré Aaron. « Je veux jouer toutes sortes de femmes. Et je pense que le métier d’acteur est une forme d’art comme toutes les autres formes d’art. »

Shalhoub est Libano-américain, mais a joué des rôles appartenant à un grand nombre d’ethnies différentes dans sa carrière, notamment des personnages italo-américains et juifs. Le casting, a-t-elle suggéré, sert également un objectif dramatique. La famille de l’ex-mari de Midge est jouée par des acteurs juifs (avec Aaron et Kevin Pollak dans le rôle des parents, et Michael Zeglen dans celui de Joel, l’ex). Elle ajoute que, bien que cela n’ait pas été prévu de cette façon, le casting sert en quelque sorte de méta-commentaire sur les deux familles : La famille de Midge, les Weissman, est nettement plus assimilée que celle des Maisel.

Elle a également salué l’écriture de la série, soulignant clairement que si les scènes de personnages juifs « vivant à tue-tête » semblent souvent improvisées, la série est scénarisée « à la virgule près ». Elle a comparé cela à son rôle au début de la série « Curb Your Enthusiasm », dans lequel « pas un mot n’était écrit ».

Tout au long de sa carrière, Aaron a interprété des personnages juifs de New York (elle a joué, entre autres, la sœur de Woody Allen dans deux films différents), mais en réalité, elle est originaire de Richmond, en Virginie, et comme elle l’a précisé à The Braid, son héritage juif du Sud est très important pour elle. « Je ne connaissais même pas, quand j’ai grandi, le stéréotype de la mère juive new-yorkaise ou de la fille juive. Je n’avais aucune idée d’où cela venait, parce que ce n’était pas autour de moi. »

Midge avec son père Abe Weinberg, joué par Tony Shalhoub. (Crédit : Amazon Studios)

Née Caroline Abady, elle a pris le prénom de son père comme nom de famille au début de sa carrière parce que sa sœur aînée, Joséphine Abady, était déjà une directrice de théâtre connue et qu’Aaron voulait se démarquer. Après avoir fait cela, dit Aaron, elle est allée voir son agent, qui lui a dit « maintenant tout le monde va savoir que tu es juive ».

La mère d’Aaron, Nina Friedman Abady, née en Géorgie et élevée en Alabama, est devenue veuve à un âge relativement jeune. Elle est ensuite devenue professeure dans un collège historiquement noir et militante des droits civiques. Le Nina F. Abady Festival Park à Richmond porte son nom.

L’exemple de sa mère a inspiré à Aaron l’écriture de « The Mother Lode », qui a été jouée le mois dernier dans le cadre de « Sweat Tea and the Southern Jew », une production Braid présentant des histoires de Juifs du Sud. L’événement s’est déroulé en personne dans différents endroits de la région de Los Angeles et a été diffusé en direct sur Zoom.

« J’avais quelque chose de spécial avec ma mère », a déclaré Aaron. « Que je chéris aujourd’hui encore. »

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