La Haute-Cour gèle la nomination du grand rabbin de Tsahal pour ses propos controversés sur le viol
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La Haute-Cour gèle la nomination du grand rabbin de Tsahal pour ses propos controversés sur le viol

En réponse à une pétition lancée par les élus du Meretz, la Cour exige des clarifications de la part du colonel Eyal Karim avant de valider sa prise de fonction

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Le Colonel Eyal Karim le 21 avril 2016 (Crédit : Diana Khananashvili/Defense Ministry)
Le Colonel Eyal Karim le 21 avril 2016 (Crédit : Diana Khananashvili/Defense Ministry)

La Haute-Cour de Justice israélienne a temporairement suspendu la nomination du colonel Eyal Karim aux fonctions de Grand Rabbin de l’armée, disant qu’avant de pouvoir assumer le poste, il devait clarifier des propos tenus il y a plus d’une décennie qui avaient été perçus comme justifiant le viol des femmes non-juives en temps de guerre.

La Haute-Cour répondait à une pétition initiée par le parti de gauche Meretz.

Karim, pour sa part, a maintenu qu’il parlait de manière entièrement théorique d’un passage biblique.

Il avait également déclaré qu’il était « totalement interdit » aux femmes de servir dans l’armée pour des raisons de modestie, et s’était opposé aux femmes chantant lors de manifestations militaires en affirmant que c’est contraire à la halakha, la loi juive.

Selon Meretz, la justice a émis une injonction concernant la nomination, qui sera levée sous condition d’une déclaration sous serment de Karim. Il devra y expliquer ses points de vue passés et actuels sur le viol en temps de guerre et sur le rôle des femmes dans l’armée.

“Le rabbin doit dire qu’il a fait une erreur”, a indiqué le juge Neal Hendel durant le procès, selon Meretz.

“La question est de savoir si dans l’Etat d’Israël, qui est un état juif et démocratique, une personnalité telle que celle-ci devrait bénéficier d’une position officielle”, a ajouté Hendel.

La Haute-Cour de Justice en session, en juillet 2013. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
La Haute-Cour de Justice en session, en juillet 2013. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le parti a déclaré que les représentants de l’Etat avaient insisté à l’audience sur le fait que le chef d’Etat-Major de Tsahal, le lieutenant-général Gadi Eizenkot, n’avait pas connaissance des propos tenus par Karim lorsqu’il l’avait nommé à ce poste.

Le parlementaire de Habayit Hayehudi, Betzalel Smotrich, a appelé lundi Karim à s’en tenir à ses commentaires, accusant le tribunal de “mégalomanie” dans sa volonté de contrôler le discours d’une personnalité religieuse.

Bezalel Smotrich, membre de la Knesset issu du parti Habayit Hayehudi. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Bezalel Smotrich, membre de la Knesset issu du parti Habayit Hayehudi. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

“Je recommande vivement au rabbin Karim de ne pas retirer ses ordonnances halakhiques [issues de la loi juive] », a écrit Smotrich sur Twitter. « Nous resterons à ses côtés et nous nous battrons avec toute notre énergie pour sa nomination, pour le droit des rabbins à émettre des jugements halakhiques et contre le bolchevisme ».

“Quelque chose de très mauvais est en train de survenir à la Haute-Cour”, a-t-il encore écrit.

« Ce sont la mégalomanie et le mépris particulier pour les branches législatives et exécutives. C’est aussi avoir la gâchette facile dans l’implication dans les décisions. Tout cela nous obligera à traiter la question du point de vue du droit”.

Le ministre de l’Agriculture Uri Ariel a qualifié la décision du Tribunal de “scandaleuse”. “Rabbin Karim, soyez en désaccord face à ces voix que l’on tente de réduire au silence et assumez ces jugements halakhiques dans lesquels vous croyez. Aujourd’hui, c’est vous et demain, ce sera chacun d’entre nous”, a expliqué le ministre du parti nationaliste orthodoxe Habayit Hayehudi.

Michal Rozin, parlementaire issu du parti Meretz, l’un des pétitionnaires, a salué la “victoire contre les voix du chauvinisme et du racisme ». Sa collègue à la Knesset issue du même parti, Tamar Zandberg, s’est exclamé que cette décision représentait “une autre petite victoire”.

Tamar Zandberg, Parlementaire issue du parti Mertez lors d'une séance de la Knesset le 24 février 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Tamar Zandberg, Parlementaire issue du parti Mertez lors d’une séance de la Knesset le 24 février 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

“La Haute-Cour a accepté notre position – un homme qui prêche en faveur du viol ne peut devenir le grand rabbin de Tsahal”, a-t-elle déclaré dans un communiqué.

Karim a été entraîné dans cette controverse en 2012 lors d’une réponse apportée à une question qui lui avait été posée (lien en hébreu) sur le site religieux Kipa, demandant si, à la lumière de certains passages bibliques, les soldats de l’armée israélienne pouvaient, par exemple, commettre des viols en temps de guerre malgré l’acceptation générale selon laquelle un acte de cette nature est largement considéré comme atroce.

Dans sa réponse, Karim déclarait que de telles pratiques, parmi plusieurs autres normalement prohibées – notamment la consommation d’aliments non-casher – étaient permises pendant le combat.

“Même si avoir des relations sexuelles avec une femme non-juive est très grave, c’est autorisé pendant la guerre (sous les conditions stipulées) par considération pour les difficultés rencontrées par les soldats », avait-il écrit.

« Et dans la mesure où notre inquiétude est relative au succès collectif dans un cadre de guerre, la Torah a permis aux (soldats) de satisfaire cette nécessité diabolique sous les conditions qu’elles stipule au nom de la réussite du collectif ».

Lorsque ces propos étaient apparus en 201, causant une tempête médiatique, il avait publié une clarification stipulant que ses commentaires n’étaient nullement destinés à s’appliquer à l’époque moderne mais portaient sur une discussion théorique portant sur la permission biblique octroyée à un soldat juif de kidnapper une ennemie et de l’épouser.

“Manifestement, à notre époque où le monde a avancé à un niveau de moralité où personne n’épouse ses captives, personne ne doit davantage se livrer à cette action qui est également totalement contraire aux valeurs de l’armée et à ses ordres”, avait-il écrit.

Karim avait également écrit que les femmes ne devraient pas servir dans l’armée et ne devaient pas davantage chanter lors des manifestations militaires et que, en cas contraire, les hommes soldats devaient être autorisés à partir.

L’annonce de sa nomination avait suscité une forte condamnation dans les rangs d’un large spectre de formations politiques.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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