La Knesset interdit aux députés de voyager aux frais des groupes pro-boycott
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La Knesset interdit aux députés de voyager aux frais des groupes pro-boycott

Yousef Jabarin a juré de faire appel après avoir été empêché de partir aux Etats-Unis sous les auspices de JVP. Le déplacement de Hanin Zoabi en Irlande est aussi bloqué

Manifestation des membres de Jewish Voice for Peace, à Chicago, le 24 mars 2017. (Crédit : Inbal Palombo)
Manifestation des membres de Jewish Voice for Peace, à Chicago, le 24 mars 2017. (Crédit : Inbal Palombo)

La commission d’Ethique de la Knesset a, pour la toute première fois, interdit à deux députés de recevoir des fonds pour un voyage à l’étranger sous les termes d’une mesure approuvée au mois de janvier qui interdit aux législateurs de prendre des vols payés par des organisations qui soutiennent le boycott contre Israël.

L’un des législateurs, Yousef Jabarin, a expliqué avoir l’intention de faire appel de la décision auprès de la Haute-cour de justice, en menant cette affaire controversée devant la plus haute instance judiciaire israélienne.

Cet amendement du mois de janvier, qui a été approuvé par la commission des Affaires internes et qui a immédiatement été mis en vigueur, a été basé sur une liste noire d’organisations soutenant le boycott et compilée par le ministère des Affaires stratégiques. Elle a été publiée au début du mois.

Jabarin et la députée Hanin Zoabi, tous les deux deux des membres arabes israéliens de la Liste arabe unie, ont vu mardi leur requête d’acceptation de financement pour une série de conférences rejetée, selon des informations.

Jabarin devait s’envoler aux Etats-Unis avec des fonds délivrés par l’organisation américaine Jewish Voice for Peace (JVP), un groupe partisan du mouvement BDS (Boycott, Divestment and Sanctions movement) qui encourage les artistes, les entreprises et les individus à rompre les liens avec Israël et à s’abstenir de s’y rendre ou d’acheter de ses produits en raison de ce qu’il considère comme des maltraitances faites aux Palestiniens.

Hanin Zoabi de la Liste arabe unie à la Knesset, le 22 décembre 2015 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Zoabi avait prévu de se rendre à une conférence en Irlande avec un financement émanant d’un groupe pro-BDS local, ont fait savoir certaines informations, se référant probablement au groupe IPSC (Ireland Palestine Solidarity Campaign), le seul groupe irlandais inclus dans la liste noire israélienne.

La commission d’Ethique a écrit dans sa décision pour Jabarin que « l’organisation qui a promis de vous inviter et de financer votre voyage est incluse dans une liste préparée par le ministère des Affaires stratégiques, sur le sujet de ‘principaux groupes de boycott agissant constamment et en permanence contre l’Etat d’Israël tout en exerçant des pressions sur les groupes, les institutions et les Etats en faveur du boycott d’Israël’. »

Rasmea Odeh, à droite, terroriste palestinienne condamnée en Israël, a été jugée coupable d’avoir menti à l’immigration américaine quand elle a demandé la nationalité en 2004. (Crédit : capture d’écran YouTube/Middle East Eye)

Les membres de la commission ont expliqué avoir consulté le ministère des Affaires stratégiques et qu’il leur avait été dit que le groupe JVP est considéré comme « l’une des plus importantes organisations pro-boycott des Etats-Unis, aujourd’hui ». Ils ont également noté que le mouvement avait accueilli « comme l’une de ses principales intervenantes » Rasmea Odeh, une Palestinienne condamnée par Israël pour son implication dans un attentat à la bombe, à Jérusalem, qui avait tué deux personnes et en avait blessé neuf.

« Après avoir considéré le dossier et examiné les informations disponibles, la commission a décidé de ne pas approuver votre voyage avec des financements de ce groupe », a conclu la commission.

Le ministre des Affaires stratégiques Gilad Erdan, issu du Likud, a salué la décision et a dit qu’il « est inacceptable qu’un membre de la Knesset tende la main aux organisations pro-boycott ».

Gilad Erdan, le 31 décembre 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Mais Jabarin, furieux, a promis de faire appel de cette décision.

« Cette interdiction de voyage est un grave coup porté à ma liberté dans mes activités politiques en tant que membre de la Knesset », a-t-il fait savoir dans un communiqué. « Sans financement du groupe qui m’invite, je ne serai manifestement pas en mesure d’aller aux Etats-Unis en raison du coût élevé du voyage. Participer à des conférences et prononcer des discours sont une partie significative de ma mission en tant que responsable élu et il est inimaginable qu’on m’empêche de faire mon travail ».

Jabarin a ajouté qu’il prévoyait d’avoir recours à la haute-cour de justice contre la décision prise et, de manière plus générale, contre l’amendement qui a autorisé la commission à interdire les voyages financés par les groupes pro-boycott et qui est, selon lui, « illégal de manière flagrante », contrevenant aux règles de l’éthique.

Le député communiste Yousef Jabarin assiste à une réunion de la Knesset, le 22 décembre 2015 (Yonatan Sindel / Flash90)

JVP avait été critiqué l’année dernière par l’ADL (Anti-Defamation League), qui l’avait accusé d’adopter des positionnements « de plus en plus radicaux » et d’utiliser des « tactiques douteuses » pour promouvoir son agenda.

L’ADL avait estimé que JVP « harcèle les groupes LGBT », citant l’infiltration par l’organisation du groupe pro-israélien Jewish Queer Youth durant la parade Celebrate Israel du mois de juin, à New York, et le soutien apporté à l’expulsion de trois Juives du défilé de la Dyke March de Chicago parce qu’elles brandissaient des drapeaux de la Fierté juive.

JVP avait également essuyé les critiques de l’ADL en raison des éloges continus de terroristes palestiniens au sein de l’organisation, citant notamment de l’accueil réservé à Odeh et une publicité parue dans le journal The Forward qui saluait le terroriste et leader politique palestinien Marwan Barghouti sans mentionner son implication dans l’assassinat d’Israéliens.

Selon l’ADL, JVP a également cherché à saper la coordination sécuritaire entre les Etats-Unis et Israël à travers son programme « échange meurtrier », qui affirmait que les polices israélienne et américaine se formaient à « des exécutions extrajudiciaires, des politiques visant à tirer pour tuer, des meurtres policiers, au profilage racial, à la surveillance et l’espionnage massifs, aux expulsions et aux détentions et aux attaques sur les défenseurs des droits de l’Homme ».

L’équipe du Times of Israel et JTA ont contribué à cet article.

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