Poutine va considérer la grâce de Naama ; sa mère autorisée à lui rendre visite
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Poutine va considérer la grâce de Naama ; sa mère autorisée à lui rendre visite

Moscou a connaissance de la demande de grâce et Poutine l'examinera une fois qu'elle aura été transmise par le biais du canal diplomatique, a rapporté un porte-parole du Kremlin

Naama Issachar et sa mère Yaffa dans une photo publiée sur Instagram, au mois de juillet 2018.
Naama Issachar et sa mère Yaffa dans une photo publiée sur Instagram, au mois de juillet 2018.

Le président russe Vladimir Poutine prendra en considération la demande soumise par Israël de gracier l’Israélienne Naama Issachar une fois que cette requête aura été soumise via les canaux appropriés, a expliqué Dmitry Peskov, porte-parole du Kremlin, dans la journée de lundi.

Peskov a déclaré à RT (Russia Today), une chaîne de télévision russe financée par le gouvernement et largement considérée comme un outil de propagande, que Moscou avait connaissance d’une demande soumise par le Premier ministre Benjamin Netanyahu en faveur de la grâce d’Issachar, l’Israélo-américaine emprisonnée dans le pays, et que Poutine l’examinerait une fois qu’elle serait transmise par le biais du canal diplomatique. Le président israélien Reuven Rivlin a lancé un appel similaire à Poutine, même si Peskov n’y a pas fait allusion.

La famille a fait appel de la condamnation de la jeune femme. Son avocat a officiellement déposé cet appel lundi et présentera ses arguments dans la semaine.

Ce lundi également, un tribunal russe a accordé à la mère de Naama Issachar un droit de visite, quelques jours après sa condamnation à une peine de sept ans et demi de prison pour trafic de drogue présumé.

Yaffa Issachar a fait savoir aux journalistes présents devant le tribunal moscovite qu’elle prévoyait d’aller voir sa fille dans la journée, pour la première fois depuis le verdict prononcé vendredi.

« Je vais maintenant aller voir Naama, pour lui dire que le Premier ministre, le président et le ministre de la Justice tentent de l’aider », a-t-elle indiqué aux journalistes israéliens.

« Je leur demande de bien vouloir l’aider à sortir de là », a-t-elle ajouté.

Yaffa Issachar montre aux journalistes présents devant un tribunal moscovite l’autorisation de visite de sa fille incarcérée qu’elle a obtenue le 14 octobre 2019. (Capture écran / Treizième chaîne)

Naama Issachar est incarcérée en Russie depuis six mois pour trafic de drogue présumé.

À Jérusalem, on soupçonne fortement ce procès de cacher des motifs politiques et que Moscou tente d’obtenir le retour d’un hacker russe arrêté en Israël dont la Cour suprême a autorisé l’extradition vers les États-Unis, où il est recherché.

De hauts responsables israéliens ont dénoncé une peine fortement disproportionnée, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu a assuré qu’il faisait « tout son possible » pour libérer Naama Issachar.

Sa mère a indiqué que le verdict avait été « très dur » pour Naama, qui tremblait pendant le procès.

« Je sais qu’elle est perdue, et je veux tout lui expliquer pour qu’elle sache où nous en sommes. L’atmosphère est tendue… J’espère que je pourrai apaiser ses peurs », a-t-elle fait savoir.

« Les messages que nous envoie Israël nous donnent espoir, mais cela fait quelques mois que je suis ici et je sais comment les choses marchent ici », a-t-elle ajouté. « Je n’ai pas vu Naama depuis le procès. Aujourd’hui, c’est son anniversaire hébraïque », a-t-elle expliqué. « J’ai très envie de lui donner de la force et lui dire que je l’aime. »

Naama Issachar est détenue à Moscou ou dans ses environs depuis avril. (Naama Issachar/Instagram via JTA)

Dimanche, le président Reuven Rivlin a adressé une lettre officielle à son homologue russe, Vladimir Poutine : « Naama a commis une grave erreur et a reconnu son crime, mais dans le cas d’une jeune femme sans antécédents criminels, la condamnation sévère rendue aura un impact destructeur sur sa vie. »

Naama Issachar, 26 ans, avait été appréhendée il y a six mois après la découverte de 10 grammes de marijuana dans sa valise au cours d’une escale à Moscou, alors qu’elle rentrait en Israël.

Elle revenait d’un voyage en Inde. Les chiens de la police ont détecté la drogue alors que sa valise était transférée par les personnels de l’aéroport vers le nouvel avion qu’elle devait prendre à destination de Tel Aviv.

L’intéressée ne nie pas qu’il y avait 10 grammes de marijuana dans son sac, mais a affirmé qu’elle n’avait pas l’intention de traverser la frontière russe et n’est donc pas une trafiquante, a rapporté Haaretz mercredi.

Une simple accusation de possession de drogue entraînerait une peine de plusieurs mois d’emprisonnement au plus, alors que le trafic de stupéfiants est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison.

Les procureurs estiment que son sac ayant pénétré dans l’espace aérien russe avec la drogue à l’intérieur, ses agissements devraient être considérés comme du trafic.

Sa famille estime que Naama, qui dispose également de la citoyenneté américaine, est retenue en otage par la Russie alors même que Moscou n’a cessé d’exercer des pressions sur Israël en faveur de la libération d’un hacker russe risquant une extradition vers les Etats-Unis. La Russie aurait proposé un échange de prisonniers entre les deux détenus – ce qu’Israël aurait refusé.

Aleksey Burkov durant une audience du tribunal en Israël. (Capture d’écran : Treizième chaîne)

Aleksey Burkov, spécialiste des technologies de l’information arrêté en Israël en 2015 à la requête d’Interpol, avait indiqué avoir contacté la famille de Naama Issachar par le biais d’un ami afin qu’elle fasse pression sur les responsables israéliens en vue de procéder à un échange de prisonniers.

Ce contact n’a pas permis de trouver une solution en raison de la décision prise au mois d’août d’approuver l’extradition – une initiative difficile à renverser.

Ce dernier est recherché aux États-Unis pour des faits de détournement de fonds dans le cadre d’une vaste fraude à la carte de crédit qui lui aurait permis de voler des millions de dollars à des consommateurs américains. Aleksey Burkov a assuré à Russia Today qu’il était un « homme ordinaire », un informaticien indépendant de Saint-Pétersbourg qui se trouvait en vacances en Israël avec sa petite amie « lorsque sa vie a été chamboulée ». Il a affirmé avoir été incarcéré dans le cadre « [d’une] manœuvre américaine standard ».

Dimanche, la chaîne publique israélienne Kan a rapporté que, peu après l’aval donné à l’extradition de Burkov, les privilèges de Naama Issachar en détention ont été grandement réduits — indiquant qu’elle n’a peut-être pas été initialement arrêtée pour servir de monnaie d’échange, mais qu’elle l’est peut-être devenue par la suite.

En août, elle a été transférée dans une prison située loin de la capitale russe, alors que les citoyens étrangers sont généralement incarcérés à Moscou. Elle n’avait plus le droit de téléphoner, de recevoir la visite de sa famille et de bénéficier de repas cashers.

Le ministre du Likud Zeev Elkin (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une rencontre avec le Président russe Vladimir Poutine, le 12 septembre 2019. (Shamil Zhumatov/Pool Photo via AP)

Des cadres de la diplomatie israélienne ont fait savoir à leurs homologues russes qu’il était impossible d’empêcher l’extradition du pirate informatique puisque la Cour suprême avait déjà approuvé la procédure.

Vendredi, dans un communiqué réagissant à la peine infligée à Naama Issachar, le bureau de Netanyahu a confirmé que l’extradition ne pouvait être empêchée.

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