La ministre de l’Énergie gèle la franchise d’exploitation ministère d’ICL
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La ministre de l’Énergie gèle la franchise d’exploitation ministère d’ICL

Karine Elharrar gèle l'extension du permis d'exploitation minière de phosphate d'Israel Chemicals Ltd. jusqu'à la fin d'une enquête sur les dettes fiscales d'une entreprise-parente

Rotem Amfert Negev. (Capture d'écran)
Rotem Amfert Negev. (Capture d'écran)

La ministre de l’Énergie Karine Elharrar a reporté le renouvellement de la franchise octroyée à Israel Chemicals Ltd. concernant l’exploitation de mines de phosphate situées dans le désert du Negev. A l’origine de ce report, l’enquête menée par le le ministère des Finances sur une compagnie-parente d’ICL, Rotem Amfert Negev Ltd. – qui s’appelle aujourd’hui ICL Rotem – qui pourrait devoir des dizaines de millions de shekels en redevances à l’État.

Elharrar a fait savoir qu’elle attendrait que les investigations soient terminées pour renouveler le permis.

Jusqu’à présent, le ministère de l’Énergie avait prolongé la concession sans appel d’offres – malgré les plaintes du ministère de la Protection environnementale sur la pollution entraînée par l’exploitation minière de phosphate.

Il y a un an, le ministère avait encore approuvé l’extension de cette franchise – qui expire à la fin de cette année – pour encore trois ans, sans appel d’offres et sans condition.

L’organisation Lobby99, créée par financement participatif pour défendre l’intérêt public, s’y était opposée, réclamant que l’entreprise ICL rende davantage de comptes.

La députée Karine Elharrar. (Crédit : Yesh Atid, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons)

Il y a une semaine – c’est la station de radio publique Kan qui a révélé lundi cette information – Elharrar a écrit au ministre des Finances Avigdor Liberman que, dans la mesure où le Trésor avait ouvert une enquête sur les redevances qui pouvaient être dues par ICL, elle pensait que le renouvellement de la franchise pouvait attendre.

Une porte-parole d’Elharrar a expliqué que les phosphates étaient une ressource naturelle appartenant aux Israéliens et que si le montant des redevances n’était pas versé, il ne serait pas possible de prolonger le permis d’exploitation.

De son côté, un porte-parole du ministère des Finances a estimé que « l’examen des sommes dues concerne des paiements antérieurs faits par Rotem Amfert à l’État ».

« L’objectif de l’inspection est de vérifier si l’argent versé en redevances a été conforme à l’accord de franchise de l’entreprise et aux mécanismes établis par la loi. Cet examen devrait être terminé d’ici deux mois et il dépend de la bonne réception des documents réclamés aux entreprises ».

L’ICL a refusé de commenter la décision prise par Elharrar.

ICL Rotem explore les mines de phosphate dans le secteur de Rotem, dans le Negev et, jusqu’à une période récente, la firme explorait également le champ de Zafir. Les pierres de phosphate servent à la fabrication de fertilisants et autres produits industriels.

Avec la baisse des ressources de phosphate à Zafir, l’ICL tente actuellement d’obtenir un permis pour exploiter les mines situées dans le secteur de Sadeh Barir, à proximité des villages bédouins et de la ville juive d’Arad.

Au mois de juillet, la Haute-cour a entendu, lors d’une audience, les opposants au plan qui affirment que ce dernier a été approuvé par le Conseil national de planification et de construction sans prise en considération de ses éventuelles conséquences sur la santé des résidents de la zone.

Dans ce qui a été une victoire pour ces plaignants, l’État a fait savoir à la cour qu’il renverrait le schéma de construction de la mine de phosphate au Conseil national de planification et de construction pour des discussions supplémentaires.

Vue d’un bassin de boues toxiques à proximité de l’usine de phosphate Zin dans le désert du Negev, le 11 août 2021. (Capture d’écran/Kan public broadcaster)

« Il n’est pas possible qu’ICL gagne des milliards à partir du phosphate et que l’entreprise se contente de payer seulement quelques millions en termes de redevances chaque année, » a déclaré à Kan la directrice-adjointe de Lobby 99, Meirav David. La firme, a-t-elle ajouté, doit être placée face à sa responsabilité : assumer « les graves dégâts commis à l’environnement » dont elle est à l’origine et elle doit payer des redevances plus élevées.

Rotem Amfert avait été à l’origine de l’une des pires catastrophes environnementales de l’Histoire d’Israël quand, le 23 juin 2017, le mur d’un bassin d’évaporation s’était effondré, envoyant entre 100 000 et 250 000 mètres-cubes ou plus d’eaux usées hautement toxiques dans la rivière Ashalim, qui se trouve au sud-ouest de la mer Morte.

Au moins 13 bouquetins – soit un tiers des bouquetins vivant dans la zone – ainsi que de nombreux renards et autres oiseaux avaient été retrouvés morts dans les deux semaines qui avaient suivi ce déversement, avait fait savoir le ministère de la Protection environnementale.

Un bouquetin mort retrouvé près du ruisseau Ashalim après un déversement massif de déchets acides, le 30 juin 2017. (Crédit : Mark Katz/Autorité de la nature et des parcs)

De nombreux produits toxiques se trouvent encore dans le sol, détruisant la flore et empêchant la faune de se réimplanter dans le secteur.

Au début du mois, des résidents locaux ont fait savoir que les bassins de boues toxiques de l’usine Zin d’ICL Rotem risquaient de s’effondrer. L’entreprise a répondu que les structures des murs étaient bonnes et que ces derniers avaient été construites conformément aux normes. Mais le ministère de la Protection environnementale a annoncé qu’il émettrait des instructions réactualisées pour l’usine, qui comprendraient l’exigence de réparer les bassins pour garantir leur stabilité.

Des visiteurs profitent sans le savoir des eaux polluées du ruisseau Bokek, à Souccot 2019. (Alon Tal)

La compagnie ICL Rotem est également traduite devant la justice israélienne dans la plus importante plainte environnementale ayant été déposée à ce jour. La plainte affirme que Rotem et une autre compagnie appartenant à l’ICL, Dead Sea Periclase Ltd., ont permis à des dizaines de millions de mètres-cubes de rejets industriels – notamment radioactifs – de contaminer les nappes phréatiques et la rivière Bokek qui se trouve à proximité de la mer Morte, un site touristique populaire.

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