La police aurait infiltré les groupes WhatsApp des manifs anti-Netanyahu
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La police aurait infiltré les groupes WhatsApp des manifs anti-Netanyahu

Des agents des renseignements auraient rassemblé des informations sur les contre-manifestants ; la police dit utiliser tous les moyens légaux pour maintenir la loi et l'ordre

Photo d'illustration : La police lors d'un défilé à Tel Aviv contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 6 octobre 2020. (Crédit Tomer Neuberg/Flash90)
Photo d'illustration : La police lors d'un défilé à Tel Aviv contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 6 octobre 2020. (Crédit Tomer Neuberg/Flash90)

Les agents des renseignements de la police contrôleraient les groupes de discussion WhatsApp, qui sont utilisés par les manifestants pour coordonner le mouvement de protestation réclamant la démission du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a fait savoir mercredi le quotidien Haaretz.

Selon l’article, la police passerait également au crible les réseaux sociaux pour collecter des informations sur les leaders du mouvement et pour trouver d’éventuelles déclarations « offensives » contre la police, ainsi que pour identifier ce qui pourrait être, selon eux, des intentions de mener des actes criminels.

Des sources proches de la police ont expliqué au journal, sous couvert d’anonymat, que des renseignements étaient en effet rassemblés de manière à aider les policiers à se préparer en vue des manifestations contre le Premier ministre.

Les protestataires se rassemblent régulièrement pour réclamer le départ de Netanyahu en raison de son procès pour pots-de-vin, pour fraude et abus de confiance, et aussi à cause de sa prise en charge de la pandémie de coronavirus.

Selon l’article, les militants ont récemment découvert la présence d’au moins dix coordinateurs des renseignements et agents de police dans un certain nombre de groupes WhatsApp liés au mouvement de protestation, et notamment dans un groupe établi pour consigner les attaques lancées contre les participants. Il s’est avéré que deux des agents appartenaient à douze groupes différents.

Les manifestants font l’objet de violences croissantes de la part de partisans de Netanyahu et réclament dorénavant une protection de la police. Les forces de l’ordre ont procédé à quelques arrestations en lien avec ces agressions.

Selon le journal, ce travail de renseignements semble s’être centré sur les manifestants qui se rassemblent à Jérusalem, à Tel Aviv et dans la région côtière – notamment aux abords de la résidence privée du Premier ministre, à Césarée – mais aussi dans la ville de Rosh Haayin, dans le centre du pays, où vit le ministre de la Défense Benny Gantz.

Les membres du groupe ont indiqué au journal que la découverte de la présence de ces agents avait entraîné une peur de s’exprimer librement sur ces forums. Un agent des renseignements a été banni d’un groupe à au moins une occasion.

De plus, une responsable du mouvement de protestation de Césarée a rapporté au quotidien qu’elle avait été approchée par un agent qui l’avait immédiatement saluée par son prénom alors qu’ils ne s’étaient jamais rencontrés auparavant.

Manifestation d’Israéliens contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu près de son domicile dans la ville côtière de Césarée, au nord du pays, le 25 juillet 2020. (Meir Vaknin/Flash90)

Selon Hannah Kuperman, l’agent a clairement établi qu’il était en charge des renseignements pour toutes les manifestations et pas seulement pour celles contre le Premier ministre.

« Je viendrai te dire bonjour », aurait-il déclaré. « Je connais tous les manifestants ici, ou la majorité d’entre eux. C’est que je tente de faire – c’est mon boulot ».

Le coordinateur lui a également dit connaître aussi les manifestants pro-Netanyahu qui viennent se rassembler au même endroit.

L’agent aurait expliqué à Kuperman qu’un militant du Likud prenant part aux regroupements pro-Netanyahu était « très actif sur Facebook et sur les réseaux sociaux. Je le suis aussi ».

« Mais je te suis aussi en ligne. C’est le boulot, ce n’est pas quelque chose de personnel », aurait-il ajouté. « Je ne suis pas [les manifestants sur les réseaux sociaux]. J’ai des objectifs très clairs et tout ce que je veux savoir, c’est le calendrier, le nombre de manifestations et si certains ont l’intention d’entraîner des perturbations. C’est mon travail ».

Le mouvement Ministre du crime, l’un des groupes leaders des manifestations, a déclaré à Haaretz que l’infiltration de groupes en ligne par des agents des renseignements montrait que « une fois encore, sous l’autorité du [ministre de la Sécurité intérieure Amir] Ohana, il est prouvé que la police est devenue une force politique au service d’un accusé ».

Dans une réponse à une demande de réaction soumise par le journal, la police israélienne a fait savoir qu’elle ne commenterait pas ces informations, mais qu’elle œuvrait à « empêcher les troubles à l’ordre public et les violations de la loi et à les prévenir en utilisant une grande variété de moyens légaux mis à sa disposition ».

Les manifestants contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 14 novembre 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Des milliers de personnes ont manifesté contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans tout Israël, samedi soir, même si ces rassemblements ont paru nettement moins importants que cela n’avait été le cas lors des semaines précédentes. Quelques milliers d’Israéliens se sont regroupés aux abords de sa résidence officielle à Jérusalem, tandis que plusieurs autres milliers se sont retrouvés à Tel Aviv et à Haïfa. Quelques centaines de personnes ont aussi manifesté à proximité du domicile privé de Netanyahu, à Césarée. Il y a eu également des rassemblements sur les places et sur les ponts des autoroutes dans tout le pays.

A Jérusalem, de nombreuses personnes présentes ont brandi des drapeaux israéliens, mais aussi noirs ou roses, que les groupes à l’origine du mouvement de protestation ont adopté comme symboles. Avec un temps plutôt froid à la veille de la saison hivernale pluvieuse, la participation, samedi, a paru être moins importante que les semaines précédentes.

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