La scène artistique israélienne et palestinienne à l’honneur à Paris
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Reportage

La scène artistique israélienne et palestinienne à l’honneur à Paris

Le temps d’un weekend, 'la Bellevilloise' s'animera grâce à la présence d'une trentaine d'artistes des deux peuples

Inès et Kenza à "La Bellevilloise", dans la salle où se tiendra le festival (Crédit : Pèlerinage en décalage)
Inès et Kenza à "La Bellevilloise", dans la salle où se tiendra le festival (Crédit : Pèlerinage en décalage)

A Paris, le 13 et 14 juin prochain, vous n’aurez pas besoin de prendre l’avion pour être dépaysé.

Le voyage proposé est virtuel, gratuit et à la fois intellectuel et artistique : une invitation à découvrir pendant deux jours, l’art israélien et palestinien – sous toutes ses formes.

Après une première édition réussie l’année dernière et plus de mille visiteurs, Inès et Kenza, toutes les deux âgées de 25 ans, se lancent dans l’aventure pour la deuxième année consécutive à « la Bellevilloise » avec le festival « Pèlerinage en décalage ».

Voyage en terre inconnue

Le festival, qui rassemble des artistes israéliens et palestiniens, tente de « défaire les fantasmes, engager la curiosité et chambouler les repères » explique Inès.

Elles sont parties du constat suivant : « il y a un tabou, une peur autour d’Israël et de la Palestine ».

Elles cherchent à montrer « l’autre sous toutes ses coutures » en passant par l’art qui, pour elles, « bloque moins » que le débat politique qui met les gens sur la défensive ; « le support artistique c’est ce qu’il y a de plus riche, de plus provocant et de plus subtil pour faire passer ce genre de messages », ajoute Kenza.

Public du festival de l'année dernière. (Crédit : Eva Tapiero)
Pendant le festival de l’année dernière. (Crédit : Eva Tapiero)

C’est pour cette raison que le festival a lieu à Paris.

Les fondatrices précisent que l’événement artistique s’adresse aux personnes, françaises ou étrangères, qui ne sont pas sur place, par choix ou par impossibilité de s’y rendre.

« En choisissant Paris pour organiser notre “Pèlerinage en décalage”, nous visons également des pèlerins du monde entier. (…) L’année dernière des Libanais et des Israéliens dansaient ensemble sur les tables, pour nous c’était une victoire. »

Un effort particulier est également fait pour impliquer les jeunes. Afin d’engager leur curiosité et leur réflexion, il est proposé à des moins de 22 ans de participer activement au festival en animant deux sessions de questions-réponses adressées aux artistes.

Cette année, une trentaine d’artistes (débutant leur carrière ou d’autres plus connus) se déplaceront, dont une moitié de Palestiniens et l’autre d’Israéliens.

Les artistes, qui ne sont pas payés pour leurs prestations, viennent faire découvrir leur société à travers la sculpture, la danse, la vidéo, la photo ou encore la poésie et la musique.

Jasmin Avissar (danseuse contemporaine israélienne) et Osama Zaatar (sculpteur palestinien) participeront au festival. Les deux artistes, mariés et domiciliés aujourd’hui à Vienne, présenteront également le documentaire « Love During Wartime » qui traite de leur histoire d’amour.

L'artiste Neta El Kayam et son groupe au Festival "Pèlerinage en décalage" 2014 (Crédit : Eva Tapiero)
L’artiste Neta El Kayam et son groupe au Festival « Pèlerinage en décalage » de 2014 (Crédit : Eva Tapiero)

Ce n’est pas un festival pour la paix

Inès et Kenza se décrivent comme étant « obsédées par la différence ».

« A Paris on allait à toutes les conférences [sur le conflit israélo/palestinien] et on s’est dit, ‘c’est toujours les mêmes gens invités c’est un peu ennuyeux’, même sur la scène culturelle, c’est très séparé et quand c’est pas séparé c’est super diplomatique et donc un peu vide de contenu. »

C’est ainsi que l’idée du festival est née, le premier festival culturel israélo-palestinien.

L’idée n’a pas toujours été facile à faire passer et encore aujourd’hui, les deux amies doivent faire face à des questions, voire des incompréhensions sur le concept et le nom de leur festival.

Pour elles, c’est pourtant simple. Ce « Pèlerinage en décalage » est un voyage culturel (et non cultuel), le parcours proposé dépasse par conséquent les questions de religion et de politique, même si ces questions ne sont pas tabous et peuvent être abordées dans le cadre artistique du festival.

Elles insistent particulièrement sur un point : « ce n’est pas un festival pour la paix ». Il n’y a aucune idéologie derrière le festival qui est indépendant financièrement.

« Notre festival est indépendant car il ne reçoit aucun fond, donation ou subvention de structures publiques ou privées, israéliennes ou palestiniennes. La survie du festival en dépend et les artistes tiennent à cette indépendance. »

Deux filles en décalage

Kenza et Inès se sont rencontrées pendant leurs études à l’Institut d’études politiques de Paris, sur le campus délocalisé de Menton (Sud-Est de la France) spécialisé dans les études sur le Moyen-Orient et la Méditerranée.

Inès est une juive française et a grandi à Jérusalem. Kenza est née et a grandi à Rabat, au Maroc. Pour la troisième année de « Sciences Po », qui se fait à l’étranger, Kenza a choisi de partir à Tel-Aviv tandis qu’Inès déménageait au Caire.

Ce qui les a tout de suite lié, c’est leur rapport aux autres et leur façon de s’adapter à des cultures différentes.

Elles se considèrent d’ailleurs comme moins tolérantes avec leur milieu d’origine qu’avec les autres « si on s’extrait de nos environnements de base et qu’on va ailleurs, on est assez ouvertes pour recevoir des réactions ou même juste observer comment ça marche sans forcement être dans un rapport hostile, on fait passer la curiosité avant ».

A la fin de leurs études dans l’une des « Grandes Ecoles » françaises, leur entourage s’attendait à ce qu’elles trouvent un travail prestigieux et mènent une vie « classique ».

Leurs parents, qui les soutiennent, ont tout d’abord été inquiets lorsqu’elles ont annoncé leur décision de créer le festival, ce qui impliquait notamment d’avoir des ressources limitées pendant plusieurs années.

Inès et Kenza devant "La Bellevilloise" qui les accueillera les 13 et 14 juin prochain (Crédit : Eva Tapiero)
Inès et Kenza devant « La Bellevilloise » qui accueillera le festival les 13 et 14 juin prochain (Crédit : Eva Tapiero)

Elles-mêmes admettent qu’elles ne pensaient pas se lancer dans ce genre de projet lorsqu’elles ont commencé leurs études. Aujourd’hui elles sont animées par la passion qu’elles vouent à leur projet et aux artistes « c’est pas toujours facile mais pour rien au monde on ne changerait notre vie ».

Installer pour mieux évoluer

Malgré les milliers d’idées qui fourmillent dans leurs têtes, les deux parisiennes ont choisi pour cette année de ne rien changer aux mécanismes de la première édition afin de bien « installer le concept », selon les mots de Kenza.

Seule différence : face au succès du « pèlerinage » et aux grands nombres de présentations culturelles (certaines ont même dû être refusées), la deuxième édition commencera plus tôt, dès le samedi matin.

Dans la liste des évolutions auxquelles elles réfléchissent déjà, il y a notamment la possibilité d’avoir des espaces de création pour les artistes afin de produire leurs œuvres sur place, ou encore la multiplication des « pèlerinages » – à New-York ou à Londres par exemple.

Dès cet été, elles travailleront à la création d’une agence d’ingénierie culturelle dans le but de créer des « événements artistiques qui transmettent des messages ».

Leur vitrine et carte de visite pour cette nouvelle aventure sera bien entendu leur « Pèlerinage en décalage ».

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