La série « Kipat Barzel » met en avant les ultra-orthodoxes au sein de l’armée
Rechercher

La série « Kipat Barzel » met en avant les ultra-orthodoxes au sein de l’armée

Le scénariste Avner Bernheimer parlera de la série lors d'un événement du Times of Israël organisé le dimanche 18 mars

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Lorsque le scénariste Avner Bernheimer a commencé à travailler sur « Kipat Barzel », une série télévisée sur une unité ultra-orthodoxe de l’armée, lui et ses co-auteurs – ses étudiants, qui ont développé le projet alors qu’ils étaient encore en école de cinéma – ont traversé un moment de panique : il semblait que la législation obligeant les hommes Haredi à s’enrôler allait être abandonnée.

Yair Lapid, dirigeant du parti Yesh Atid, avait fait passer la loi. Néanmoins, quand il a été limogé par le gouvernement en 2015, le projet visant à incorporer les ultra-orthodoxes au sein de l’armée semblait aller droit dans le mur et un texte de loi prolongeant d’au moins six ans l’exemption automatique de service militaire a été adopté.

« Nous pensions que de nombreux Haredim allaient rejoindre l’armée puis tout s’est arrêté quand Lapid a quitté le gouvernement. Nous pensions que l’histoire ne serait plus pertinente », a déclaré Bernheimer.

La société Keshet a néanmoins décidé de maintenir la production de la série en raison des histoires personnelles des trois personnages principaux, Amram, Yaakov et Gur Arieh.

Et puis, affirme Bernheimer, ils ont pour ainsi dire « eu de la chance ».

« Les émeutes et les grandes manifestations ont commencé », a-t-il dit.

C’était ainsi une introduction puissante pour la série, composée de 16 épisodes étalés sur deux saisons – jusqu’à présent. L’histoire traite des premiers mois d’une unité Haredi sur une base de l’armée. Le nom de la brigade signifie « Iron Yarmulke » – apparemment un jeu de mots avec le système de défense antimissile Iron Dome.

Le 18 mars prochain, les épisodes 1 et 2 de « Kipat Barzel » – sous-titrés en anglais – seront projetés pour la première fois lors d’un événement du Times of Israel Presents sponsorisé par l’organisation Nefesh b’Nefesh. La soirée se poursuivra par une session de questions/réponses avec Bernheimer.

La série a été développée par Raya Shuster, Yoav Shoten-Goshen et Ayelet Gundar-Goshen, qui ont demandé à Bernheimer, leur professeur, de sponsoriser leur projet.

Yaakov (à gauche), Gur Aryeh et Amram, les trois personnages principaux de ‘Kipat Barzel’, la dernière production de Avner Bernheimer (publié avec l’autorisation de Kipat Barzel)

L’histoire se concentre sur Amram (Roy Nik), Yaakov (Dolev Mesika) et Gur Aryeh (Avi Mazliah), trois recrues Haredim de différents horizons – Amram est délinquant et shababnik, le terme local utilisé pour une personne issue d’une famille ultra-orthodoxe qui s’habille en Haredi mais qui est la plupart du temps laïque ; Yaakov, qui porte de longs péot blonds torsadés et une kippa noire et qui vient d’une famille pieuse hassidique ; Gur Aryeh, qui est originaire de l’implantation de Kiryat Arba et qui porte une large kippa crochetée et de longs péot lisses.

Alors que les trois jeunes hommes se retrouvent dans la même unité, ils s’adaptent peu à peu aux nombreuses spécificités de la vie militaire et à leur éloignement du monde ultra-orthodoxe.

Dans la série, on est témoins de romances au sein et hors de la base, des liens avec leur commandant, un officier sévère mais sympathique d’origine russe, et des relations compliquées avec leurs proches, en particulier pour Yaakov, dont les parents ultra-orthodoxes ne peuvent pas accepter un fils soldat en raison du symbole que cela représente pour leur communauté.

Amram (à gauche) et Elisheva, avec qui ce ‘shababnik’ a une relation compliquée tout au long des deux saisons de la série (publié avec l’autorisation de Kipat Barzel)

Pour Bernheimer et ses partenaires scénaristes, la série dans son ensemble était un sujet de recherche étant donné qu’aucun d’entre eux ne connaissait beaucoup de choses au sujet des hommes religieux effectuant leur service militaire.

« Nous ne les avons pas vraiment considérés comme des Haredim dans l’armée, mais plutôt comme des humains comme les autres », a déclaré Bernheimer.

« Et leurs trois histoires sont en fait universelles. Amram est un gars qui essaie de changer de vie, Yaakov essaye de suivre son cœur en s’engageant dans cette voie militaire et en attend beaucoup – ce qui pour moi n’était pas très différent au fait d’être gay et d’aller à l’encontre des souhaits de sa famille –, et Gur Aryeh est quelqu’un qui veut la justice » – pas de spoilers ici.

Les trois scénaristes ont beaucoup échangé avec des hommes qui avaient servi dans des unités ultra-orthodoxes. Leur équipe comptait également deux hommes religieux qui lisaient leurs scripts et leur faisaient des remarques. Les acteurs ont également fait leurs propres recherches.

« Je dis toujours à mes étudiants ‘recherche, recherche, recherche’ : il faut parler aux personnes qui ont expérimenté ce sujet et apprendre d’elles et ensuite on a de nombreuses histoires et une meilleure compréhension de leur psyché et de leur fonctionnement », explique Bernheimer.

C’est ainsi que Bernheimer, journaliste de longue date qui a travaillé pour les journaux Maariv et Yedioth Ahronoth avant de se lancer dans l’écriture de séries, a toujours travaillé.

« Je suis familier avec la découverte de nouveaux thèmes et la recherche sur de nouveaux sujets », dit-il.

Il a ainsi travaillé de cette façon avec toutes ses séries. « Blue Natalie » avait trait au trafic sexuel ; Bernheimer – qui aime tout montrer dans ses séries télévisées et ses chroniques de journaux – a pourtant juré qu’il n’avait jamais rendu visite à une prostituée.

Il bénéficiait peut-être de davantage de connaissances personnelles quand il a écrit « Yossi et Jagger », son film de 2002 qui avait trait à une romance gay entre deux soldats en service dans un avant-poste israélien à la frontière libanaise, et « Florentine », sa première série télévisée sur des meilleurs amis de Jérusalem qui déménagent dans le quartier artistique de Tel Aviv.

« Tout cela porte sur des gens », a déclaré Bernheimer. « Ce n’est pas grave si ce sont des mondes différents, c’est une question d’environnement et d’histoires. »

« Même pour ‘Maman et Papas’ (sa série pour la chaine HOT en 2012 au sujet d’un couple gay et de leur mère de substitution), j’ai embauché un assistant de recherche qui est allé parler à des familles », a déclaré Bernheimer, 51 ans, qui a eu deux enfants avec son compagnon, l’architecte Eran Neuman. « La série a démarré alors que je fondais une famille. Mais même sur un sujet que je connais de près, je fais encore beaucoup de recherches. »

Image de promotion de la série ‘Maman et Papas’ d’Avner Bernheimer, diffusée sur la chaine câblée HOT (publié avec l’autorisation de HOT)

Le monde ultra-orthodoxe représentait un bon challenge pour Bernheimer et les acteurs, étant donné qu’aucun d’entre eux n’était pratiquant.

Bernheimer n’a même jamais regardé « Shtisel », la série de la chaine YES sur une grande famille Haredi de Jérusalem, bien que les deux séries partagent le même réalisateur, Alon Zingman. Ce même monde pieux est également représenté dans une autre série, « Shababnikim », réalisée après « Kipat Barzel », qui traite de la vie de quatre jeunes hommes religieux.

« Je pense qu’au cours de ces dernières années, les gens se sont de plus en plus intéressés aux histoires des religieux », a déclaré Bernheimer. « Je dis toujours que les Haredim sont les nouveaux gays de la culture israélienne : à l’époque, les gens voulaient vraiment savoir comment les gays vivaient leur vie et nous avons eu beaucoup de séries sur les gays – ce qui devenait ennuyeux. Puis les trans sont devenus les nouveaux gays, et aujourd’hui les Haredim sont les nouveaux gays. On explore un nouveau monde, comme ‘Star Trek: Enterprise’ avec les extraterrestres. »

En fin de compte, cela traite toujours de la vie des gens et de leurs histoires.

Alors que Bernheimer et ses partenaires attendent la signature d’une troisième saison pour « Kipat Barzel », le scénariste vient de terminer le tournage de « The Stylist », ou « Yesh La Et Ze », une comédie romantique sur une jeune femme d’Ashkelon qui déménage dans cette grande ville de Tel Aviv pour faire carrière dans l’industrie de la mode – sauf que rien ne se passe comme prévu.

Le scénariste Avner Bernheimer, qui estime que la recherche contribue grandement à la création de personnages crédibles (publié avec l’autorisation de Avner Bernheimer)

Il a également produit une mini-série sur les meurtres de Bar Noar – l’association gay et lesbienne de Tel Aviv, victime d’une fusillade en 2009 –, avec trois épisodes de 75 minutes chacun, dans l’espoir que la police ouvrira à nouveau l’enquête et retrouvera le tueur.

Enfin, Bernheimer est également en pourparlers avec diverses chaines américaines pour l’adaptation de ses différentes séries – dont une serait écrite intégralement en anglais.

« J’y pense, mais ce n’est pas comme si j’en étais obsédé », a-t-il dit. « Ce serait vraiment génial de vendre mes séries, mais en général, ils ne laissent pas les scénaristes israéliens prendre part au processus. J’ai fait la série, je l’ai créée, donc je dois faire partie du processus. »

L’auteur a de nombreuses idées – en témoigne la longue liste de projets sur son ordinateur portable.

« Je peux voir des petites choses et des détails qui deviendront importants dans deux ou trois ans », a-t-il dit. « J’ai une compréhension de ces choses qui viennent de la marge et qui deviennent mainstream. J’aime aussi beaucoup les gens et j’aime écouter leurs histoires. »

« Je dis toujours à mes amis et à ma famille qu’en échange de leur amitié, je vais leur voler les histoires qu’ils me racontent et que je les modifierai – j’en prendrai le noyau et je travaillerai avec », a-t-il déclaré. « Je pense que cela est lié au fait d’être écrivain ; être curieux, sentir ce qui se passe et simplement aimer les gens. »

Le prochain événement du Times of Israel Presents :

L’avant-première (en anglais) de « Kipat Barzel » (Episodes 1 & 2)
Session de questions/réponses en anglais avec le scénariste Avner Bernheimer
Dimanche 18 mars, 19h30, Cinémathèque de Jérusalem
Tickets à 50 shekels disponibles ICI

Pour vous abonner à notre liste de réservation prioritaire et recevoir avant tout le monde les informations sur nos événements, envoyez « suscribe » à l’adresse : events@timesofisrael.com

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...