L’AP critique la loi prévoyant la retenue des versements aux terroristes
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Comment faire la paix avec ceux qui encouragent le meurtre ?

L’AP critique la loi prévoyant la retenue des versements aux terroristes

La commission des Lois veut déduire des revenus fiscaux les paiements versés aux terroristes et autres prisonniers sécuritaires, ainsi qu'à leurs familles

Khaled Abu Toameh est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Manifestation de soutiens aux prisonniers palestiniens à Ramallah, en Cisjordanie, le 17 avril 2017. (Crédit : Abbas Momani/AFP)
Manifestation de soutiens aux prisonniers palestiniens à Ramallah, en Cisjordanie, le 17 avril 2017. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Les Palestiniens ont exprimé leur indignation dimanche en raison d’une loi israélienne qui permettrait au gouvernement de réduire les fonds versés à l’Autorité palestinienne en raison des salaires versés aux prisonniers sécuritaires et à leurs familles.

Disant que le projet de loi était un acte de « piratage », le gouvernement de l’AP a fait savoir qu’il continuerait à soutenir les prisonniers et les familles des « martyrs ».

Dimanche, la commission des Lois a approuvé le texte, qui appelle à déduire les paiements d’aide sociale versés aux prisonniers et à leurs familles des revenus fiscaux que l’Etat juif transfère à l’AP.

Le projet de législation devra passer trois lectures en séance plénière de la Knesset avant de devenir une loi.

Ce texte verrait Israël couper environ un milliard de shekels dans les revenus fiscaux annuels collectés pour les Palestiniens – ce qui équivaut, selon l’Etat juif, à la somme versée par Ramallah aux terroristes et à leurs familles, une pratique à laquelle l’Etat juif comme la communauté internationale tentent de mettre fin.

Le texte a été initié par le député de Yesh Atid Elazar Stern, qui a averti la semaine dernière que « l’absurdité actuelle » empêche les parties de se rapprocher de chercher la paix.

« L’Autorité palestinienne ne se contente pas de récompenser le meurtre mais elle l’encourage, et elle privilégie le meurtre sur de simples blessures, et elle privilégie un grand nombre de victimes plutôt que quelques-unes… C’est quelque chose que nous devons régler. Comment faire la paix avec ceux qui encouragent le meurtre ? »

Réagissant à la décision prise par la commission des Lois, l’AP a dénoncé cette initiative, disant qu’il s’agissait d’un « acte de piratage et un vol flagrant ».

Youssef Mahmoud, porte-parole du gouvernement de l’AP, a expliqué que les prisonniers détenus par Israël sont des « symboles de la liberté ».

Les prisonniers, a-t-il ajouté, « représentent l’avant-garde noble et généreuse de l’humanité qui n’accepte pas l’oppression et l’occupation ».

Mahmoud a indiqué que c’était Israël, et non l’AP, qui devait assumer ses responsabilités. Israël, a-t-il poursuivi, « devrait payer une indemnisation aux Palestiniens touchés dans la région ».

Le porte-parole a continué, disant qu’Israël était la cause de « toutes les crises et de tous les dommages et une source de dangers et de tensions ».

Le projet de loi israélien est « encore un autre crime pour lequel Israël devrait prendre ses responsabilités », a noté Mahmoud.

Le ministère de l’Information de l’AP a condamné avec force cette initiative de déduction de ces fonds des revenus fiscaux, qualifiant le gouvernement israélien de « gang de terroristes ».

Selon le ministère, le projet de loi viendrait s’ajouter à une série de « lois israéliennes racistes ».

L’argent qu’Israël déduirait serait transféré à des « extrémistes et à des tueurs », a accusé le ministère.

Le ministère de l’AP a par ailleurs fait l’éloge des prisonniers sécuritaires et des « martyrs ».

Issa Qaraqe, ministre de l’Autorité palestinienne, pendant une conférence de presse sur la grève de la faim des prisonniers palestiniens à Ramallah, en Cisjordanie, le 19 avril 2017. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Issa Qaraqe, directeur de la Commission des prisonniers palestiniens, a déclaré que l’approbation du projet de loi a eu lieu dans « le contexte de la campagne d’incitations et d’hostilités lancée par le gouvernement d’occupation contre les prisonniers, les familles de martyrs et les blessés ».

Cette nouvelle législation israélienne, a-t-il ajouté, « contrevient aux lois internationales et humanitaires et elle est considérée comme un acte de piratage financier et de terrorisme politique systématique ».

Le positionnement adopté par les leaders palestiniens, qui refusent d’abandonner les familles des prisonniers et des « martyrs », est clair, a continué Qaraqe. « C’est une question qui n’est sujette ni au marchandage, ni au chantage ».

Il a expliqué que les dirigeants de l’AP étaient également opposés à la tentative israélienne de dépeindre les prisonniers et les « martyrs » comme des terroristes et des assassins.

Qadura Fares, ancien ministre de l’Autorité palestinienne et membre du Fatah à la tête du Club des prisonniers palestiniens, a également dénoncé l’approbation du projet de loi, évoquant un acte de « piratage » et disant qu’il avait pour objectif d’apaiser le ministre de la Défense Avigdor Liberman en raison de l’opposition à son appel à faire appliquer la peine de mort aux terroristes palestiniens.

Le projet de loi, a expliqué Fares, survient dans un contexte de tentatives israéliennes d’exercer des pressions sur les Palestiniens et de relier leur lutte au terrorisme.

Les dirigeants palestiniens ne changeront pas leur politique envers les prisonniers et leurs familles et ne céderont pas à la pression, a-t-il ajouté.

« Comme les précédentes, cette initiative sera déjouée », a juré Fares.

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