L’appel à la résistance de Charles Tillon le 17 juin 1940, éclipsé par celui du général De Gaulle
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L’appel à la résistance de Charles Tillon le 17 juin 1940, éclipsé par celui du général De Gaulle

L'histoire du rebelle Tillon, mutin de la Flotte française de la Méditerranée en 1919, condamné à 5 ans de bagne, syndicaliste CGT puis CGTU, membre du Bureau politique du PCF dès 1932, et grand résistant

Charles Tillon en 1919. (Crédit : domaine public/Wikimédia Commons)
Charles Tillon en 1919. (Crédit : domaine public/Wikimédia Commons)

Le 17 juin 1940, le dirigeant communiste Charles Tillon (1897-1993) lançait depuis Gradignan un appel à la résistance contre l’occupant nazi, un appel éclipsé par celui du lendemain du général Charles De Gaulle.

Cet appel de celui qui allait fonder l’organisation clandestine des Francs-Tireurs et Partisans (FTP), dont il sera le chef d’état-major, n’aura pas connu le même écho que l’Appel à la résistance lancé le lendemain 18 juin, depuis Londres, par le général De Gaulle, dont Charles Tillon sera le ministre à la Libération, avant l’expulsion des ministres communistes du gouvernement en 1947 pour cause de Guerre froide entre les Alliés occidentaux et l’Union soviétique.

Ainsi, à 24 heures d’intervalle et à plus d’un millier de kilomètres de distance, deux hommes, tous deux rebelles par rapport à leur milieu, se dressaient contre la défaite et organisaient la résistance.

Charles Tillon, le rebelle

Ce 17 juin 1940, Charles Tillon, presque 43 ans, ajusteur de métier, a déjà une longue carrière de militant derrière lui : mutin de la Flotte française de la Méditerranée en 1919, condamné à cinq ans de bagne, syndicaliste à la CGT puis à la CGTU, il est membre du Bureau politique du PCF dès 1932, député d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) en 1936.

Philippe Pétain (photo credit: Library of Congress, Wikimedia Commons)
Philippe Pétain (photo credit: Library of Congress, Wikimedia Commons)

Son appel, lancé depuis le moulin du Moulineau à Gradignan, près de Bordeaux, où il se cache, alors qu’il vient d’entendre à la radio l’appel du maréchal Philippe Pétain à la cessation du combat, est aussitôt diffusé dans un tract qu’il signe au nom du PCF : « Le peuple français ne veut pas de l’esclavage, de la misère, du fascisme, pas plus qu’il n’a voulu de la guerre des capitalistes. Il est le nombre. Uni, il sera la force ».

Dans un second texte, publié le 18 juillet, il appelle « à l’union pour chasser à la fois les capitalistes, leur tourbe de valets et de traîtres et les envahisseurs ».

Charles Tillon se distingue ainsi de l’attitude ambiguë de la direction du Parti communiste, qui refuse de choisir entre « deux impérialismes » et demande même aux autorités nazies l’autorisation d’une reparution du quotidien L’Humanité, avant de basculer totalement dans la résistance au lendemain de l’invasion de l’URSS par les troupes d’Adolf Hitler le 22 juin 1941.

Son héroïque passé de militant, de résistant, ses années à la direction du PCF et comme ministre communiste ne lui éviteront pas d’être victime des purges staliniennes des années 1950 : écarté du Bureau politique en 1952, en même temps qu’André Marty, il est exclu du PCF en 1970, après l’écrasement par les chars soviétiques en 1968 du « Printemps de Prague ».

Réhabilité depuis, un hommage lui a été rendu samedi notamment par la Fédération du PCF de la Gironde, l’Union départementale CGT et La Fédération nationale des déportés, internés, résistants et patriotes (FNDIRP), à Gradignan, sur les lieux mêmes d’où il avait lancé son Appel du 17 juin.

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