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Interview

Le candidat du Likud à la mairie, Zeev Elkin, veut garder Jérusalem juive

Le ministre en exercice affirme que ses liens étroits avec le Premier ministre lui permettront de mieux relever les défis auxquels la capitale israélienne est confrontée

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le ministre de la Protection de l'environnement, Zeev Elkin, prend la parole lors d'une conférence de presse au Fonds national juif à Jérusalem, le 27 mars 2017. (Hadas Parush/Flash90)
Le ministre de la Protection de l'environnement, Zeev Elkin, prend la parole lors d'une conférence de presse au Fonds national juif à Jérusalem, le 27 mars 2017. (Hadas Parush/Flash90)

En février dernier, niant les rumeurs selon lesquelles il envisageait de se présenter aux élections municipales à Jérusalem, le ministre de l’Environnement et des Affaires de Jérusalem, Zeev Elkin, a déclaré aux journalistes qu’il estimait que sa contribution était plus utile sur la scène nationale en tant que ministre. Il faisait remarquer par ailleurs qu’il ne vivait même pas à Jérusalem.

« Peut-être que je me présenterais, s’il y avait un maire du ‘Grand Jérusalem' », ironisait Elkin en évoquant l’implantation de Kfar Eldad dans laquelle il vivait, à environ 25 kilomètres au sud de la capitale.

Huit mois plus tard, Elkin, l’un des principaux candidats à la succession du maire sortant de Jérusalem, Nir Barkat, a quitté la Cisjordanie pour le quartier de Pisgat Zeev dans la capitale. Il se rend maintenant compte qu’il peut participer réellement aux décisions nationales en tant que maire de Jérusalem.

« Je suis prêt à abandonner le poste de ministre et de membre du cabinet de sécurité pour le bien de Jérusalem, car Jérusalem est un défi de la plus haute importance au niveau national », a déclaré Elkin dans une récente interview au Times of Israel, donnée depuis son bureau de la Knesset.

« S’attaquer et trouver des solutions aux défis de Jérusalem est de la plus haute importance nationale », a-t-il déclaré, s’exprimant à la veille des élections du 30 octobre.

Selon M. Elkin, ces défis comprennent à la fois les préoccupations municipales quotidiennes des 850 000 habitants de la ville, mais aussi d’autres questions comme par exemple la place de Jérusalem par rapport à d’autres villes à l’échelle nationale et internationale.

Avec ses années d’expérience au gouvernement, Elkin a fait valoir qu’il est plus qualifié pour y parvenir que ses rivaux Moshe Lion et Ofer Berkovitch, les autres favoris.

Garder Jérusalem juive

Promettant d’apporter « vie et prospérité » à Jérusalem, Elkin a exposé ses deux priorités pour la ville pendant les cinq années de son mandat : réduire le prix des logements pour les jeunes couples et augmenter le budget de la ville en encourageant les entreprises à s’y établir.

« La ville vieillit parce que les jeunes couples la quittent à cause du prix élevé des appartements. Le nombre de Juifs dans la ville est en baisse par rapport aux autres [groupes de population]. La migration négative des Juifs de la ville entraîne la répartition suivante : 60 % de Juifs et 40 % d’Arabes », a fait remarquer Elkin.

Pour faire face au coût du logement, il prévoit « d’augmenter considérablement les autorisations de projets de construction » afin de répondre aux besoins de la population juive de la ville qui a besoin de 2 000 appartements supplémentaires par an pour répondre à la croissance naturelle », a-t-il dit. Dans ce but, et pour combler le fossé qui s’est creusé au cours des 20 dernières années, Jérusalem a besoin de « beaucoup, beaucoup plus de bâtiments », a dit M. Elkin.

Image illustrative de la construction de nouveaux immeubles d’habitation dans le quartier Har Homa de Jérusalem-Est, le 28 octobre 2014. (Hadas Parush/Flash90)

Questionné sur son rôle en tant que ministre des Affaires de Jérusalem dans la pénurie de projets de construction, Elkin a réfuté les faits et a blâmé l’opposition des groupes écologistes (auxquels il avait également fait face en tant que ministre de l’Environnement) et l’administration Obama, qui ont « rendu très difficile la construction » de quartiers juifs à Jérusalem-Est.

« Je vais en faire une vraie priorité comme jamais auparavant », a-t-il promis.

L’augmentation du nombre de bâtiments profitera également à la population ultra-orthodoxe, avec « beaucoup d’opportunités pour de nouveaux projets dans toute la ville », et réduira « les tensions avec les résidents des zones laïques qui se plaignent d’être envahis par leurs voisins religieux », a déclaré Elkin. Il a cependant indiqué que la population arabe de Jérusalem ne serait pas incluse.

« La façon dont ils construisent et utilisent l’espace pose de nombreux problèmes », a brièvement évoqué Elkin au sujet des Arabes à Jérusalem-Est. « C’est quelque chose dont nous allons parler quand nous serons au pouvoir, mais pour l’instant, je me concentre sur d’autres sujets. »

Les membres du Likud Zeev Elkin et l’ancien candidat à la mairie de Jérusalem Moshe Lion le 26 mars 2015, au moment où le Likud commence ses pourparlers de coalition (Yonatan Sindel/Flash90)

La population ultra-orthodoxe de Jérusalem représente plus d’un tiers de l’électorat juif de la capitale et a joué un rôle décisif au cours des récentes élections municipales. La population arabe de Jérusalem boycotte depuis toujours les élections municipales.

Lion a été soutenu par les principaux rabbins ultra-orthodoxes. Ils lui apporteront probablement la majorité du vote ultra-orthodoxe dans la capitale. Mais, malgré le soutien d’une grande partie de la communauté Haredi de la ville lors de la course à la mairie en 2013, il avait été battu par Barkat.

Une main de fer, un négociateur rusé

Elkin a immigré d’Ukraine en 1990 et a commencé sa carrière politique dans le parti Kadima sous la direction d’Ariel Sharon, mais il a quitté le parti pour le Likud après que Tzipi Livni en a repris la présidence. En tant que président de la coalition du gouvernement précédent, Elkin a gagné le respect de ses collègues députés en tant que négociateur politique rusé et extrêmement compétent, une main de fer à la barre de la dernière coalition qui n’a jamais perdu un vote en quatre ans à la Knesset.

Il espère désormais utiliser ses talents de négociateur en tant que maire.

La deuxième priorité d’Elkin est de « mettre fin aux années de renflouement des déficits budgétaires et de surendettement », en augmentant considérablement le budget annuel de Jérusalem.

Citant un déficit annuel de 150 millions de shekels (37,5 millions d’euros), le ministre des Affaires de Jérusalem a déclaré que la ville doit cesser de dépendre des « dons du gouvernement », et doit développer sa propre source de revenus solides.

En incitant les entreprises à s’installer à Jérusalem et en encourageant la création d’entreprises dans la ville, Elkin a la conviction que Jérusalem peut augmenter ses recettes grâce aux taxes qu’elle perçoit afin d’éviter les augmentations budgétaires régulières de la part du gouvernement.

Une vue aérienne du bâtiment Klal, un centre commercial et d’affaires au cœur de Jérusalem, le 7 octobre 2007. (Yossi Zamir/Flash90)

« Nous n’avons tout simplement pas assez d’entreprises dans la ville », a-t-il dit. « Nous devons à la fois augmenter le nombre d’entreprises dans les secteurs ultra-orthodoxes et arabes, qui sont très peu nombreux, ainsi que dans les autres secteurs de l’économie. »

Pour ce faire, M. Elkin affirme que la ville a besoin d’un « énorme investissement forfaitaire de la part du gouvernement » plutôt que de montants supplémentaires chaque année. Les fonds serviraient à construire un certain nombre de nouveaux pôles d’affaires dans l’ensemble de la ville.

« L’idée est d’aller voir le gouvernement et de lui demander de coopérer sur ce projet en une fois, pour résoudre le problème à sa source », a-t-il ajouté.

Des amis bien placés

Malgré les premières rumeurs selon lesquelles il se présenterait, la décision d’Elkin d’abandonner son rôle de ministre pour participer à la course à la mairie a été une surprise, au vu de son ascension politique nationale constante depuis sa première élection à la Knesset, en 2006.

Zeev Elkin, (à droite) et Yariv Levin, (au centre), membres du Likud, avec des responsables de HaBayit HaYehudi pour la négociation d’un accord de coalition, le 26 mars 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Avant d’être nommé ministre en 2015, M. Elkin était vice-ministre des Affaires étrangères et président de la coalition, ainsi que président de la puissante commission des Affaires étrangères et de la défense. Considéré comme un proche allié du Premier ministre Benjamin Netanyahu au Likud, il a également été vice-Premier ministre par intérim lorsque celui-ci était à l’étranger.

Benjamin Netanyahu s’est abstenu de nommer un suppléant permanent et a confié à plusieurs reprises certains des portefeuilles ministériels les plus importants aux partis des petites coalitions. L’attitude du Premier ministre à l’égard de rivaux potentiels du Likud a conduit, au fil des ans, à l’exode de certains des successeurs les plus en vue de Netanyahu.

Dans ce contexte, Elkin a admis qu’il estime avoir un avenir politique plus prometteur en tant que maire qu’en tant que ministre, du moins pour le moment.

« J’en suis venu à la conclusion qu’en ce qui concerne ma contribution dans les années à venir, je peux faire plus en travaillant pour Jérusalem qu’en travaillant au sein du gouvernement », a-t-il dit.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu serre la main du député Likud Zeev Elkin lors d’une séance plénière au cours du vote de l’augmentation du nombre de ministres dans le nouveau gouvernement, le 13 mai 2015 à la Knesset. (Hadas Parush/Flash90)

Au début de la campagne, Netanyahu semblait ne pas vouloir offrir son soutien total à Elkin. Il a attendu près de deux mois avant de donner son aval. La section locale du Likud à Jérusalem refuse toujours de le soutenir.

« Je soutiens le ministre Zeev Elkin pour le poste de maire de Jérusalem », a déclaré M. Netanyahu en juillet. « En tant que député, en tant que ministre, et en particulier en tant que ministre des Affaires de Jérusalem et du Patrimoine, le ministre Elkin a fait beaucoup pour notre capitale et a prouvé qu’elle lui tient à cœur et lui est très chère. Je lui souhaite beaucoup de succès. »

C’est « cette expérience et sa relation étroite avec l’homme le plus puissant d’Israël », dit Elkin, qui le distingue de ses concurrents.

Ofer Berkovitch, candidat à la mairie de Jérusalem et chef du mouvement Hitorerut (Eveil), lors de l’ouverture de sa campagne électorale à Jérusalem le 2 septembre 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

« Il est évident que je peux très bien collaborer avec le Premier ministre et savoir comment fonctionne le gouvernement afin d’obtenir le meilleur pour la ville », a-t-il dit. « Si j’en ai besoin, je peux appeler Netanyahu pour discuter des problèmes en personne. »

Une récente vidéo de campagne d’Elkin publiée sur Facebook se moque d’Ofer Berkovitch, rival de 35 ans, candidat laïc du parti Hitorerut, pour son inexpérience.

Dans le clip, Elkin met à la porte un Berkovitch maladroit, joué par un acteur. Comme il s’en est vanté lors de notre interview, il appelle alors sur la ligne directe de Benjamin Netanyahu pour demander de l’aide.

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Posted by ‎זאב אלקין Zeev Elkin‎ on Wednesday, 5 September 2018

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