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Interview

Le coût de la vie, cible de Merav Michaeli, reconduite à la tête des Travaillistes

La cheffe du parti de centre-gauche présente son projet social-démocrate et sa politique - gratuité de l'éducation et des soins - jurant de s'attaquer aux maux du capitalisme

Carrie Keller-Lynn

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

La cheffe Travailliste et ministre des Transports Merav Michaeli vote par téléphone lors des primaires à la tête du parti, à son siège de Tel Aviv, le 18 juillet 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
La cheffe Travailliste et ministre des Transports Merav Michaeli vote par téléphone lors des primaires à la tête du parti, à son siège de Tel Aviv, le 18 juillet 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Quelques heures avant l’annonce des résultats des Primaires à la tête du parti Travailliste qui ont scellé sa victoire, dans la soirée de lundi, et anticipant les luttes de la campagne électorale organisée en amont du scrutin national du mois de novembre, Merav Michaeli a déclaré que le projet social-démocrate de sa formation le seul à même de répondre à l’une des problématiques les plus difficiles pour les Israéliens, aujourd’hui, était celui du coût de la vie.

Dans en entretien accordé au Times of Israel à Tel Aviv, après avoir elle-même voté pour conserver son siège lors des Primaires, Michaeli évoque un projet politique ambitieux qui comprend notamment la gratuité des services sociaux – comme l’éducation et les soins de santé – une hausse des salaires et la régulation du marché.

« Nous sommes un parti social démocrate ; nous pensons que les services sociaux doivent être offerts gratuitement. Nous croyons dans une hausse des salaires des travailleurs. Nous croyons qu’il faut limiter ce qu’on appelle ‘les forces libres’ sur le marché, les mêmes qui entraînent ces prix terrifiants. Nous sommes les seuls à offrir une réelle réponse à ce problème du coût de la vie », dit Michaeli, actuelle ministre des Transports.

L’augmentation spectaculaire du coût de la vie dans le pays – pour preuve, Tel Aviv a gagné, en 2021, le titre peu envié de ville la plus chère du monde et le taux de l’inflation est actuellement estimé à 4,5 % – est l’une des questions qui seront au cœur des élections. Le coût de la vie monopolise les temps d’antenne, qu’il s’agisse des déclarations de Benjamin Netanyahu, le dirigeant du Likud, à droite ; des affiches de campagne des factions ultra-orthodoxes ou du Premier ministre centriste Yair Lapid qui a dégagé du temps sur son agenda, dimanche, pour demander au ministère des Finances de trouver un moyen de stabiliser le prix du pain.

Selon Michaeli, c’est la philosophie sociale-démocrate du parti Travailliste qui offre la meilleure réponse à ce coût de la vie exponantielle – dont elle attribue partiellement la responsabilité au capitalisme.

« Le parti Travailliste est le seul à avoir une action politique différente des autres », dit Michaeli, pointant du doigt à la fois ses partenaires au sein de la coalition qui s’est récemment effondrée et ses adversaires de l’opposition.

Le Premier ministre Yair Lapid dirige une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 17 juillet 2022. (Crédit : Abir SULTAN / POOL / AFP)

« De Bezalel Smotrich [chef du parti Sionisme religieux] à Benny Gantz [à la tête de Kakhol lavan], de Bibi [Netanyahu] à Lapid, tous nourrissent les mêmes vieilles croyances sur l’économie », ajoute-t-elle.

Ce sont plusieurs industries de base – notamment celle de l’agro-alimentaire et celle de l’importation des produits aux consommateurs en provenance de l’étranger – qui sont en position dominante sur le marché. Sans entrer dans les détails, Michaeli explique qu’elle « œuvrera à restreindre ces puissances commerciales qui priment sur le marché, et qui provoquent par leur domination la hausse des prix ».

De plus, son parti s’est battu pour obtenir une augmentation du salaire minimum pendant la 24e Knesset dorénavant dissoute – une bataille qui s’est finalement avérée vaine.

Dans son rôle de ministre des Transports, Michaeli a été très critiquée pour sa réforme des tarifs de bus qui a entraîné une augmentation des prix dans les secteurs les moins favorisés au niveau socio-économique, une initiative visant avant tout à harmoniser le prix des billets dans tout le pays. Si Michaeli a soutenu sa réforme en affirmant que cette discrimination en matière de prix des billets était le résultat d’accords conclus en coulisse, elle s’est vivement querellée avec le président de la Commission économique de la Knesset Michael Bitton. Ce député Kakhol lavan est l’ancien maire de la ville de Yeruham, elle-même touchée par ces prix en augmentation, et il a non seulement accusé Michaeli d’être à l’origine de cette hausse des tarifs mais aussi d’avoir remis en cause la mission de supervision de sa commission.

Concernant la formation d’une coalition qui permettrait aux Travaillistes de pouvoir exercer une influence dans les hautes sphères du pouvoir, Michaeli n’exclut pas ouvertement la possibilité de siéger aux côtés des partis ultra-orthodoxes, préférant s’attarder sur les périodes de coopération avec les factions haredim et arabes qui ont pu avoir lieu dans le passé. Elle élude une question sur un ralliement potentiel de sa formation à une coalition qui intégrerait la Liste arabe unie, à majorité arabe, un sujet sensible pour de nombreux électeurs juifs et arabes.

« Il n’y a pas si longtemps, pendant la 19e Knesset [de 2013 à 2019] ,le Parti travailliste, les partis ultra-orthodoxes et les factions arabes siégeaient ensemble dans l’opposition et ils ont réussi à mettre en place une coopération précieuse contre Netanyahu et Lapid, » se souvient Michaeli, qui ajoute qu’il y a de nombreux domaines où « les valeurs sont communes » entre ces formations idéologiquement très différentes.

La cheffe Travailliste et ministre du Transport Merav Michaeli au siège des primaires du parti à Tel Aviv, le 18 juin 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Le Parti travailliste est actuellement lancé dans une course aux sièges, au sein du parlement, avec les autres formations centristes et de gauche. Le test ultime concernant d’éventuels partenariats et autres compromis se présentera après le retour des Israéliens aux urnes et en fonction de la cartographie de la Knesset qui se dessinera alors.

Dans cette veine, Michaeli, comme les autres responsables politiques, dit que toutes les options restent ouvertes, affirmant que son principal objectif est « de gagner autant de sièges pour le Parti travailliste que je suis en mesure de le faire », ajoutant qu’une fois que le poids relatif de la faction sera déterminé au parlement israélien, « il faudra voir quelle sera la meilleure coalition que nous pourrons construire ».

Toutefois, le réel coup d’éclat serait que le Parti travailliste de Michaeli parvienne non seulement à attirer les votes des électeurs de ses partenaires politiques naturels, mais également à attirer de nouveaux suffrages. De cette manière, Michaeli augmenterait la part du gâteau politique occupée par le centre-gauche, ne se contentant pas seulement de se tailler une partie importante de celle qui existe déjà.

Elle pense qu’il y a aujourd’hui une chance de faire revenir au sein des Travaillistes des électeurs qui avaient abandonné la formation au fil des années. Les Travaillistes, autrefois, étaient l’un des deux partis majeurs qui avaient gouverné Israël pendant des décennies, et il est dorénavant devenu une faction d’une taille modeste, moyenne.

Si le Parti travailliste n’organise des primaires que depuis 1992, la faction ne dispose plus que de 14 % du nombre de ses électeurs inscrits en 1996 – soit 36 000 en comparaison avec les 260 000 membres enregistrés quand il était à son apogée, selon des chiffres fournis par Ofer Kenug de l’Institut israélien de la démocratie.

Michaeli espère que les 106 jours qui restent avant les élections donneront des occasions de retrouver certaines voix qui ont été perdues au fil du temps.

« Le Parti travailliste va retourner parler à ces nombreux publics qu’il avait éloignés au fil des années, et à tort », note-t-elle, ajoutant que « pour ce scrutin, nous avons le temps nécessaire pour faire une bonne campagne et pour nous tourner vers ces nombreux Israéliens qui ont le sentiment qu’ils ont besoin de ce qu’offre le parti Travailliste, de ce qu’offre notre idéologie et qui ont le sentiment que c’est lui qu’ils veulent voir au pouvoir. »

Michaeli a affronté, pendant les Primaires de lundi, Eran Hermoni, secrétaire du parti, qui briguait lui aussi sa présidence. Hermoni avait accusé Michaeli de ne pas être le genre de leader que la formation pourrait présenter au poste de Premier ministre, appelant à la remplacer par une importante personnalité publique susceptible d’apporter du prestige au rôle. Il avait aussi poussé le parti à se rapprocher du centre.

En remportant la primaire, Michaeli devient la première présidente de la formation à avoir conservé son poste lors de treize primaires successives – un record.

Sa victoire fait éclater « le modèle qui était caractéristique du Parti travailliste, et qui lui a fait gagner la réputation d’être une formation ‘qui dévore ses dirigeants’, » commente Kenig.

Les Primaires pour désigner la liste des candidats Travaillistes qui se présenteront au scrutin du mois de novembre sont prévues en date du 9 août.

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