Le FPÖ, un parti aux racines à la fois nazies et libérales
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Le FPÖ, un parti aux racines à la fois nazies et libérales

Norbert Hofer brigue la présidence de la République autrichienne dimanche face à l'écologiste Alexander Van der Bellen

Les partisans de l'aile droite du Parti autrichien de la liberté (FPÖ)  assistent à un dernier rassemblement de la campagne électorale de Hofer à Vienne, en Autriche, le 20 mai 2016.  (Crédit : Joe Klamar/AFP)
Les partisans de l'aile droite du Parti autrichien de la liberté (FPÖ) assistent à un dernier rassemblement de la campagne électorale de Hofer à Vienne, en Autriche, le 20 mai 2016. (Crédit : Joe Klamar/AFP)

Le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ), dont le candidat Norbert Hofer brigue la présidence de la République autrichienne dimanche face à l’écologiste Alexander Van der Bellen, est un parti d’extrême droite fondé par d’anciens nazis et traversé tant par des courants pangermanistes que libéraux.

Fondé par d’ex-nazis

Le FPÖ a été créé en 1956 comme émanation de l’Union des indépendants, qui rassemblait dans l’immédiat après-guerre d’anciens nazis privés de leurs droits civiques. Il est dirigé dans ses premières années par une ancien officier de la Waffen-SS.

Vu comme une alternative aux partis social-démocrate (SPÖ) et conservateur (ÖVP) qui dominent le paysage politique, le parti attire cependant aussi des libéraux, qui en prennent même brièvement le contrôle dans la première moitié des années 1980.

Le candidat à la présidentielle du Parti Liberté autrichien (FPO) d'extrême-droite, Norbert Hofer, le 20 mai 2016. (Crédit : AFP/Joe Klamar)
Le candidat à la présidentielle du Parti Liberté autrichien (FPO) d’extrême-droite, Norbert Hofer, le 20 mai 2016. (Crédit : AFP/Joe Klamar)

Parenthèse libérale

L’aile radicale mise en minorité, le FPÖ est appelé au gouvernement par le chancelier social-démocrate Fred Sinowatz en 1983. Le parti paie cependant très cher cette participation au pouvoir, atteignant un étiage électoral avec 1,2% des voix en 1986.

Le coup de force de Haider

Alors que le parti est au plus bas, un jeune tribun populiste admirateur déclaré de la Waffen-SS, Jörg Haider, se hisse à la tête de la formation. Il en fait rapidement une machine de guerre électorale à coup de slogans xénophobes.

En 1989, Haider est élu gouverneur de Carinthie. Contraint de démissionner après avoir fait l’éloge de « la politique de l’emploi du IIIe Reich », il retrouve son siège en 1999 et fera de cette province méridionale son fief jusqu’à sa mort dans un accident de voiture en 2008.

En 2000, le FPÖ forme une coalition de gouvernement avec le chancelier conservateur Wolfgang Schüssel après avoir obtenu 26,9% des voix aux législatives. Seule concession : Haider accepte de céder formellement la tête du parti et de ne pas briguer de fauteuil ministériel, tout en restant de facto aux commandes.

L’entrée du FPÖ au gouvernement provoque un véritable séisme politique en Europe. L’UE adopte des sanctions contre l’Autriche et le pays est un temps traité en paria.

L’avènement de Strache

En 2005, Haider tente de redorer l’image du parti en écartant les « ultras » pangermanistes, antisémites et xénophobes qui l’avaient porté au pouvoir. Mais il est lui-même mis en minorité et doit abandonner sa formation au jeune Heinz-Christian Strache, dont il fut le mentor.

Epaulé par Hofer, Strache durcit à nouveau la ligne du parti. Mais les résultats du FPÖ plongent à la suite d’une longue série de dérapages. Incarnation de l’aile « brune » de la formation, la candidate à la présidentielle 2010, Barbara Rosenkranz, n’obtient que 15,2% des suffrages.

Le lissage de l’image

Le FPÖ entreprend alors de recentrer graduellement son image, à l’instar du Front national français. Les caciques les plus encombrants sont écartés, à l’image d’Andreas Mölzer, remercié après avoir qualifié l’UE de « conglomérat de nègres » en 2014.

Affiches électorales pour le candidat à la présidentielle Norbert Hofer, du FPÖ, en Autriche, à Viennes, le 19 avril 2016. (Crédit : AFP/Joe Klamar)
Affiches électorales pour le candidat à la présidentielle Norbert Hofer, du FPÖ, en Autriche, à Viennes, le 19 avril 2016. (Crédit : AFP/Joe Klamar)

Se réservant pour la chancellerie, Strache charge Hofer de défendre les couleurs du parti à la présidentielle. Affable, souriant, ce discret vice-président du parlement autrichien fait campagne en mettant l’accent sur le pouvoir d’achat, évitant soigneusement toute saillie ouvertement xénophobe.

Mais Hofer, membre d’une corporation estudiantine pangermaniste, a prévenu qu’il resterait inflexible sur les « valeurs » du FPÖ une fois à la présidence, n’excluant pas de révoquer le cas échéant le gouvernement formé par le SPÖ et l’ÖVP.

Il a toutefois assuré ne plus souhaiter l’abrogation de la loi d’interdiction de 1947 (Verbotsgesetz) interdisant les activités à caractère nazi, longtemps exigée par le FPÖ. Il a également renoncé au port du bleuet, considéré comme un signe de ralliement de nostalgiques du nazisme.

Le lourd passif de la Carinthie

L’héritage de la gestion de la Carinthie par Haider reste lourd pour le contribuable autrichien. Cette petite province de 550 000 habitants affiche un taux d’endettement de 200 %, et les investissements hasardeux de son ex-banque publique, HGAA, ont laissé un passif de plus de 10 milliards d’euros à la charge des finances publiques.

Le FPÖ, qui compte 38 députés au parlement national, est depuis l’an passé partenaire de coalition minoritaire du SPÖ dans la petite province du Burgenland (est) et de l’ÖVP en Haute-Autriche (centre).

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