Le Hamas condamne puis libère ceux qui avaient parlé à des Israéliens sur Zoom
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Le Hamas condamne puis libère ceux qui avaient parlé à des Israéliens sur Zoom

Rami Aman était détenu depuis avril pour avoir participé à une visioconférence "Skypez avec votre ennemi" en compagnie d'Israéliens

Rami Aman, 38 ans, s'adresse à des militants israéliens lors d'une vidéoconférence en avril avant d'être arrêté par les autorités du Hamas. (Capture d'écran : Youtube)
Rami Aman, 38 ans, s'adresse à des militants israéliens lors d'une vidéoconférence en avril avant d'être arrêté par les autorités du Hamas. (Capture d'écran : Youtube)

Un tribunal militaire du groupe terroriste palestinien du Hamas a condamné lundi trois Gazaouis, accusés d’avoir « affaibli l’esprit révolutionnaire » pour avoir pris part à une visioconférence Zoom avec des Israéliens en avril, a fait savoir un groupe de défense des droits humains basé à Gaza.

Ayant été accusés en application du droit militaire, les militants auraient pu être condamnés à des années de prison et de travaux forcés. Mais le tribunal a prononcé des peines relativement clémentes qui ont entraîné leur libération immédiate, a indiqué l’équipe juridique du Centre palestinien pour les droits humains.

Rami Aman, 39 ans, fondateur du Comité pour les jeunes de Gaza, une ONG locale, et d’autres civils palestiniens avaient été arrêtés début avril et accusés de « trahison » pour avoir eu une discussion via l’application Zoom avec une organisation de gauche israélienne. Plusieurs d’entre eux avaient été rapidement relâchés.

Rami Aman et deux autres militants ont été libérés lundi soir », a indiqué à l’AFP Iyad al-Bazam, porte-parole du ministère de l’Intérieur à Gaza.

Le tribunal militaire de l’enclave avait condamné M. Aman, 39 ans, à un an de prison avec sursis. Les deux autres personnes, seulement identifiées par les initiales « M.S. » et « A.L. » et respectivement âgées de 32 et 25 ans, ont été libérées après que la Cour a considéré que leur détention avait été suffisante.

« Établir toute activité ou communication avec les forces d’occupation israéliennes, peu importe l’excuse, est un crime au sens de la loi et constitue un acte de trahison de notre peuple », avait souligné en avril le ministère de l’Intérieur du Hamas.

Rami Aman, fondateur du Comité des jeunes de Gaza, a été arrêté par les services de sécurité du Hamas le 9 avril 2020, après avoir organisé un appel vidéo avec des militants pacifistes israéliens. (Facebook)

Soixante-dix ONG avaient appelé en septembre le groupe de travail sur la détention arbitraire, organe du Haut commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, à faciliter la libération de Rami Aman.

Rami Aman, militant pacifiste de 39 ans et habitant de Gaza, avait organisé un appel vidéo public intitulé « Skypez avec votre ennemi » auquel des Israéliens ont participé. Il a déclaré que son organisation cherchait à responsabiliser les jeunes Palestiniens, et que beaucoup à Gaza partageaient le point de vue selon lequel parler aux Israéliens ne devrait pas être interdit.

« Si j’étais allé dans la rue pour inviter les gens à parler avec des Israéliens, des milliers de personnes seraient avec nous », avait déclaré Aman lors de la vidéoconférence, qui s’est déroulée en anglais.

Dans le cas d’Aman, le tribunal l’a condamné à une peine d’un an de prison avec sursis, temps de détention inclus. Les deux autres prisonniers – un homme non identifié et Manar al-Sharif – le tribunal a suffi avec le temps purgé. Al-Sharif était déjà sorti de prison, a déclaré le PHCR, ayant été libéré sous caution en juin.

« Notre avocat a affirmé que les charges n’avaient pas d’éléments factuels et moraux pour permettre une condamnation basée sur les charges retenues ; ainsi, la Cour les a libérés », a déclaré le PCHR.

Les militants sont membres du Comité des jeunes de Gaza, une organisation qui parraine des initiatives de consolidation de la paix. Avant l’arrestation d’Aman, le groupe était devenu membre de l’Alliance pour la paix au Moyen-Orient, une coalition d’organisations à but non lucratif israéliennes et arabes.

Les autorités de Gaza, contrôlées par le groupe terroriste du Hamas, considèrent la « normalisation » avec les Israéliens comme une infraction criminelle. Alors que le Hamas autorise les entreprises commerciales et ceux qui recherchent une aide humanitaire en Israël à communiquer avec les autorités israéliennes, le groupe réprime ceux qui cherchent à établir des relations de personne à personne avec les Israéliens.

« La tenue de toute activité ou communication avec l’occupation israélienne, quelle qu’en soit la raison, est un crime puni par la loi ; c’est une trahison de notre peuple et de ses sacrifices », a écrit le ministre de l’Intérieur Iyad al-Bozm dans une publication Facebook en avril.

Bien que Human Rights Watch et Amnesty International aient tous deux immédiatement demandé la libération des militants, Aman et ses deux collègues ont passé cinq mois en détention au Hamas sans être traduits en justice avant septembre.

Le Hamas a condamné les trois militants en vertu du droit militaire, plutôt que du code pénal civil. Cette condamnation – qui affaiblit l’esprit révolutionnaire – remonte aux statuts codifiés en 1979 par l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), bien avant l’établissement d’institutions juridiques civiles palestiniennes à Gaza et en Cisjordanie.

« Faire comparaître des civils devant les tribunaux militaires est une violation claire de la loi fondamentale palestinienne », a déclaré la défense des détenus dans un communiqué lundi.

Le directeur de Human Rights Watch pour Israël et la Palestine, Omar Shakir, a salué la libération des militants dans un tweet, mais a qualifié de « scandaleuse » la décision du tribunal de les condamner.

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