Le journal du chef du KGB révèle que Staline a ordonné la ‘liquidation’ de Wallenberg
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Le journal du chef du KGB révèle que Staline a ordonné la ‘liquidation’ de Wallenberg

Le document fournit la première confirmation de l’exécution dans une prison soviétique du diplomate suédois, qui a sauvé des milliers de juifs pendant la Shoah

Raoul Wallenberg, envoyé de la Suède en Hongrie occupée par l'Allemagne nazie. (Crédit : WikiCommons)
Raoul Wallenberg, envoyé de la Suède en Hongrie occupée par l'Allemagne nazie. (Crédit : WikiCommons)

Joseph Staline a ordonné la « liquidation » du diplomate suédois Raoul Wallenberg, qui a sauvé des dizaines de milliers de juifs hongrois pendant l’Holocauste, en 1947, selon le journal d’un ancien chef du KGB.

Le document présente une première confirmation que Wallenberg, qui a disparu en 1945, a été exécuté par l’Union soviétique.

Jeune architecte et homme d’affaires, Wallenberg s’était rendu volontairement en Hongrie en 1944 en tant qu’envoyé spécial pour participer à un effort américain de sauvetage de juifs de l’extermination par l’Allemagne nazie.

Wallenberg avait utilisé sa position pour sauver des dizaines de milliers de juifs en leur délivrant des passeports dans les derniers mois de la Deuxième Guerre mondiale.

Mais en janvier 1945, alors que les Soviétiques étaient engagés dans une bataille longue et sanglante contre les Allemands à Budapest, le diplomate de 32 ans avait été convoqué pour interrogatoire dans les quartiers généraux russes à Debrecen, après des accusations d’espionnage. Il n’avait plus jamais donné de nouvelles depuis.

Raoul Wallenberg, à droite, avec des juifs à l'ambassade de Suède à Budapest, date non précisée. (Crédit : autorisation de Yad Vashem)
Raoul Wallenberg, à droite, avec des juifs à l’ambassade de Suède à Budapest, date non précisée. (Crédit : autorisation de Yad Vashem)

En 1957, l’Union soviétique avait publié un document affirmant que Wallenberg avait été emprisonné à la prison de Loubianka, le célèbre bâtiment où les services de sécurité du KGB avaient leur siège, et qu’il était mort d’une crise cardiaque le 17 juillet 1947.

Mais cette affirmation avait été remise en cause, certains historiens affirmant que Wallenberg avait été exécuté.

En 2000, le président d’une commission d’enquête russe avait concédé que Wallenberg avait été emprisonné en 1947 à Loubianka par des agents du KGB pour des raisons politiques, et qu’il y était finalement mort, mais avait refusé de fournir des preuves ou de préciser les circonstances de sa mort.

La preuve a finalement été révélée quand le journal du premier chef du KGB, Ivan A. Serov, a été publié en Russie en juin.

« Je n’ai aucun doute que Wallenberg ait été liquidé en 1947 », a écrit Serov, selon un article publié dimanche par le New York Times.

L’ordre d’exécution du diplomate suédois serait venu du dirigeant de l’Union soviétique lui-même, Joseph Staline, ainsi que de Vyacheslav M. Molotov, alors ministre des Affaires étrangères.

A memorial to Raoul Wallenberg in Tel Aviv. (photo credit: CC BY-SA Dardasavta, Wikimedia Commons)
Mémorial à Raoul Wallenberg à Tel Aviv. (Crédit : CC BY-SA Dardasavta/WikiCommons)

Dans son journal, Serov a mentionné l’interrogatoire de son prédécesseur à la tête de la sécurité soviétique Viktor Abakumov, qui a été jugé et exécuté en 1954. Abakumov avait révélé à Serov que Staline avait ordonné de tuer Wallenberg.

Serov a écrit qu’il lui avait été demandé d’enquêter sur ce qui était arrivé au Suédois par le successeur de Staline. L’ancien chef des services secrets a admis qu’il n’avait pu trouver aucune preuve que Wallenberg ait été impliqué dans de l’espionnage.

Pendant des décennies, les historiens ont cherché en vain un document soviétique officiel parlant de Wallenberg. Il n’existe même pas de dossier de prisonniers à son nom. Mais le dossier a autrefois existé et est mentionné dans le journal de Serov. Il aurait été détruit pendant une tentative soviétique de couvrir la mort du jeune diplomate.

Marie Dupuy, la nièce de Wallenberg, a remis en cause le document, écrivant sur son site internet que les « notes [de Serov] comprennent nombre d’erreurs factuelles qui jettent le doute sur la fiabilité d’au moins une partie de ses souvenirs. »

La découverte du journal de l’espion

Le remarquable document qui a révélé le secret longtemps recherché de la mort de Wallenberg a été découvert il y a quatre ans dans le garage du seul petit-fils de Serov, qui a hérité de la datcha, située au nord ouest de Moscou, de son célèbre grand-père.

Quand des employés ont cassé un mur pendant des rénovations, ils ont trouvé plusieurs valises.

Statue remembering Raoul Wallenberg, who rescued Hungarian Jews from the Holocaust. (photo credit CCBY pandrcutts/ Flickr)
Statue en souvenir de Raoul Wallenberg, qui a sauvé des dizaines de milliers de juifs hongrois pendant l’Holocauste, à Budapest. (Crédit : CCBY pandrcutts/Flickr)

Vera Serova, 57 ans, danseuse classique retraitée, a déclaré au New York Times qu’ils « pensaient que c’était de l’argent ou de l’or, mais ce n’était que des papiers. »

Nikita Petrov, historien de l’organisation moscovite Memorial, a déclaré que Times que le journal avait probablement été emmuré vers 1971, quand l’ancien chef des renseignements avait été placé sous surveillance par l’Etat.

Le livre contenant le journal de Serov est intitulé Notes From a Suitcase: Secret Diaries of the First K.G.B. Chairman, Found Over 25 Years After His Death (Notes d’une valise : journaux secrets du premier président du KGB, retrouvées 25 ans après sa mort).

La famille de Wallenberg n’a jamais reçu d’explication officielle de pourquoi il avait été arrêté par les forces soviétiques peu après qu’elles ont saisie la Hongrie aux nazis, ou d’informations sur ce qui lui était arrivé après son arrestation.

L’année dernière, ses proches avaient demandé aux autorités suédoises de le déclarer mort, et en mars, le gouvernement avait accepté leur demande.

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