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Le lauréat israélo-américain du Nobel a manqué l’appel lui annonçant son prix

Joshua Angrist, l'un des trois lauréats du prix d'économie, a dû appeler Stockholm pour avoir la confirmation ; il est revenu sur ses propos sur les bas salaires en Israël

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Le lauréat du prix Nobel d'économie Joshua Angrist, à gauche, s'adresse à un journaliste en compagnie de sa petite-fille Bella et de sa femme Mira Angrist, depuis son domicile, lundi 11 octobre 2021, à Brookline, dans le Massachusetts. (Crédit : Josh Reynolds/AP)
Le lauréat du prix Nobel d'économie Joshua Angrist, à gauche, s'adresse à un journaliste en compagnie de sa petite-fille Bella et de sa femme Mira Angrist, depuis son domicile, lundi 11 octobre 2021, à Brookline, dans le Massachusetts. (Crédit : Josh Reynolds/AP)

L’économiste israélo-américain Joshua Angrist, l’un des trois lauréats du prix Nobel d’économie, a révélé lundi qu’il avait manqué le traditionnel appel téléphonique de l’Académie royale des sciences de Suède l’informant qu’il avait gagné.

L’académie a pour habitude d’appeler les lauréats peu de temps avant d’annoncer officiellement leurs noms. Cependant, en raison du décalage horaire – le Massachusetts a six heures de retard sur Stockholm – l’appel est survenu au milieu de la nuit, alors que la sonnerie de son téléphone était coupée.

Angrist a donc appris la nouvelle plus tard, par l’avalanche de messages de félicitations qu’il a reçus de ses amis, a-t-il expliqué lors d’une série d’entretiens avec les médias, notamment les chaînes de télévision israéliennes.

« Je me suis réveillé tôt le matin et j’ai vu que mon téléphone était inondé de messages. Je l’avais coupé parce que je ne m’attendais pas à quelque chose de spécial ce matin », a déclaré M. Angrist, professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT), lors d’un entretien téléphonique avec l’équipe de presse du prix Nobel.

Il a ajouté qu’il avait ensuite essayé de trouver le numéro de téléphone de l’académie afin de parler à l’un de ses membres et « de savoir si cela était véridique ». Il a déclaré aux médias qu’il avait plusieurs amis qui avaient remporté des prix Nobel par le passé, et qu’il lui avait donc été facile d’obtenir le numéro.

Finalement, il en a eu le cœur net après avoir échangé avec le service de presse du Nobel.

« Je ne m’y attendais pas vraiment. Je suppose que tout le monde dit ça, et que vous êtes censé dire ça, mais je pense que dans mon cas, mon manque de préparation est la preuve que je ne m’y attendais vraiment pas », a-t-il déclaré.

M. Angrist a déclaré qu’il était « bouleversé » de recevoir le prix.

Le prix comptait trois lauréats cette année : Angrist, David Card, de l’université de Californie à Berkeley, et Guido Imbens, de l’université de Stanford.

S’adressant aux médias israéliens, M. Angrist a déclaré qu’il était fier d’avoir remporté le prix en tant qu’Israélien et a minimisé les informations selon lesquelles il avait quitté Israël en raison des bas salaires.

« Israël occupe une place très respectable dans le domaine de la science et je suis fier d’y contribuer », a-t-il déclaré à la Treizième chaîne.

Capture d’écran de la vidéo du professeur israélo-américain Joshua Angrist, qui a reçu le prix Nobel d’économie, le 11 octobre 2021. (Crédit : Douzième chaîne)

Les informations sur son départ pour des raisons financières proviendraient d’un article paru en 2006 dans le Jerusalem Post sur la fuite des cerveaux d’Israël, dans lequel il expliquait : « J’étais fatigué de la situation ici. Le système israélien ne reflète pas la réalité des différences de salaire selon les domaines. C’est le système public et il n’est pas très flexible. »

Angrist a déclaré à la Douzième chaîne que sa décision de partir avait été motivée par une offre d’enseigner au Massachusetts Institute of Technology.

« Quand j’ai reçu l’appel du MIT pour rejoindre la faculté, c’était l’appel rêvé pour tout jeune universitaire », a-t-il déclaré.

Sa femme, Mira, a soutenu son mari, expliquant à la Treizième chaîne que leur déménagement n’était pas seulement dû à des préoccupations financières.

« C’était beaucoup plus compliqué. Je pense que c’était avant tout pour des raisons professionnelles », a-t-elle déclaré.

M. Angrist, 61 ans, est né dans l’Ohio et a grandi à Pittsburgh, en Pennsylvanie.

Il a obtenu une licence d’économie au Oberlin College, aux États-Unis, puis a immigré en Israël, où il a rencontré sa femme, et a commencé une maîtrise à l’Université hébraïque, avant de l’abandonner et de s’engager dans l’armée, servant dans le régiment des parachutistes de 1982 à 1985.

Il est ensuite retourné aux États-Unis pour terminer sa maîtrise, puis pour passer son doctorat d’économie à Princeton. De là, il a rejoint Harvard, où il a été professeur adjoint, puis il est retourné en Israël pour enseigner à l’Université hébraïque en 1991. En 1996, il est retourné aux États-Unis et est devenu professeur au MIT, où il a entamé les recherches qui lui ont valu le prix Nobel.

M. Angrist a reçu les éloges des universitaires israéliens qui ont travaillé avec lui.

« C’est un véritable ami du département d’économie, de la faculté du département d’économie et de ses étudiants », a déclaré le professeur Victor Lavy, du département d’économie de l’Université hébraïque, à la Douzième chaîne. Lavy a déclaré qu’il travaillait avec Angrist depuis 30 ans dans le cadre de recherches sur l’économie d’Israël et son système éducatif.

« Outre son dévouement à l’économie et à la recherche, il a un côté aventurier. C’est un aventurier dans ses loisirs », a déclaré M. Lavy à la Treizième chaîne, citant en exemple le fait que M. Angrist faisait du VTT.

Dans un court extrait d’une autre interview d’Angrist, diffusé par la chaîne, on pouvait voir son VTT en arrière-plan alors que le professeur montrait un sabre japonais qu’il avait sorti d’une étagère.

Angrist est un expert de l’économie du travail et de l’économie de l’éducation, et a également contribué au domaine de l’économétrie.

S’adressant au média du prix Nobel, il a évoqué le type de biais de sélection, qui conduit à des hypothèses incorrectes, qu’il a étudié dans le domaine de l’éducation.

« De nombreuses personnes pensent que des lycées publics très performants ou des universités très sélectives sont la clé d’une carrière réussie », a déclaré M. Angrist. « C’est souvent illusoire », a-t-il ajouté.

Les personnes qui entrent dans des universités sélectives allaient de toute façon réussir dans la vie parce qu’elles sont le genre de personne qui entre dans une université sélective, a-t-il expliqué.

Deux Israéliens ont déjà remporté le prix Nobel d’économie. Robert Aumann, Israélien né aux États-Unis, l’a remporté en 2005, et Daniel Kahneman, citoyen américain né en Israël, l’a remporté en 2002.

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