Le Likud divisé, les Haredim vont-ils gagner la mairie de Jérusalem ?
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Le Likud divisé, les Haredim vont-ils gagner la mairie de Jérusalem ?

La lutte qui se profile à l'horizon entre le ministre Elkin et Moshe Lion, un allié de Liberman et de Deri, pourrait laisser le champ libre aux élections d'octobre de la capitale

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Le ministre du Likud Zeev Elkin (G) et Moshe Lion au Parlement israélien le 26 mars 2015 (Yonatan Sindel/FLASH90).
Le ministre du Likud Zeev Elkin (G) et Moshe Lion au Parlement israélien le 26 mars 2015 (Yonatan Sindel/FLASH90).

A 20h15 le 22 octobre 2013, une heure et 45 minutes avant la fermeture des bureaux de vote locaux à Jérusalem, une cacophonie de SMS retentit dans toute la ville, provenant apparemment des partisans du candidat sortant Nir Barkat.

Allez voter parce que « les Haredim sont en train de voter en masse », pouvait-on lire, dans une étrange préfiguration de la tristement célèbre exhortation du Premier ministre Benjamin Netanyahu, et largement condamnée, aux électeurs à qui l’on avertissait de la participation arabe aux élections nationales deux ans plus tard.

« C’est la dernière chance d’arrêter la « kombina » [combine], avertissait le message, faisant référence à la candidature de Moshe Lion et à son alliance improbable avec à la fois le parti ultra-orthodoxe Shas d’Aryeh Deri et le parti laïque Yisrael Beytenu d’Avigdor Liberman.

En quelques heures seulement, l’alarmisme (tout comme lors de l’élection de 2015) s’avérerait infondé, Barkat étant réélu maire avec 51 % des voix, contre 45 % pour Lion.

Cinq ans plus tard, le vote au niveau municipal est de nouveau attendu à la fin du mois d’octobre.

Barkat, qui a remporté les élections de 2013, ne se représentera pas et espère entrer au Likud lors des prochaines élections à la Knesset. Lion, ancien chef de bureau de Netanyahu, tente à nouveau de devenir le maire de la ville, mais doit faire face à un formidable défi lancé par Zeev Elkin, ministre des Affaires de Jérusalem du Likud, qui cherche à la fois à séduire les Haredim et à obtenir l’aval du Premier ministre pour ce poste dans la capitale fortement ancrée avec le Likud. (Elkin, un ministre influent du cabinet, semble bien mieux placé pour obtenir le feu vert de Netanyahu ; lors des élections municipales de 2013, le Premier ministre aurait envoyé des lettres de soutien à 43 des 44 candidats du Likud en lice. L’exception était Lion).

Mais les deux principaux candidats ont été interpellés car, eh bien, ils ne sont pas des habitants de Jérusalem. Lion est un comptable de métier qui a déménagé dans la capitale il y a quelques années en provenance de Givatayim, une banlieue de Tel Aviv, pour se présenter à la mairie, tandis qu’Elkin, un résident de l’implantation de Kfar Eldad en Cisjordanie, serait à la recherche de biens immobiliers à Jérusalem afin de s’installer dans la capitale.

Moshe Lion en compagnie du maire de Jérusalem Nir Barkat (D) et du grand rabbin séfarade de Jérusalem Shlomo Amar (C) lors du mariage de la fille de Moshe Lion à Neve Ilan, le 19 juin 2016. (Yaakov Cohen/Flash90)

Pendant ce temps, le terrain de jeu des candidats attire les laïcs (environ 21 % de la population juive de Jérusalem, selon le Bureau central des statistiques) et le vote des juifs libéraux à Jérusalem est de plus en plus important – ce qui risque de diluer les votes de leurs électeurs.

Au nombre de ceux-ci figurent Ofer Berkovich, 34 ans, du parti Hitorerut, considéré comme un possible outsider dans la course ; Yossi Havilio, ancien conseiller juridique municipal devenu opposant de Barkat ; Avi Salman, peu connu ; et le député Union sioniste Nachman Shai (un résident de Mevasseret Zion, à l’extérieur de Jérusalem). Ils se disputeront également la faveur des électeurs traditionalistes (11 %) et sionistes religieux (20 %) de la ville, tout comme Elkin et Lion, tous deux orthodoxes.

Ofer Berkovitch, député-maire et chef de la faction de l’éveil (« Hitorerut »), photographié le 18 juillet 2013 (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Et comme les résidents arabes de Jérusalem-Est ne donnent aucun signe de leur intention d’abandonner leur boycott traditionnel des élections, le pourcentage d’électeurs juifs augmente considérablement.

Séduire la communauté ultra-orthodoxe

Représentant environ 37 % de la population juive de Jérusalem, selon des données récentes du BCS, les ultra-orthodoxes semblent à nouveau détenir la clé de la ville.

Avec le reste du vote probablement partagé entre Elkin, Lion et peut-être Berkovich, la question de savoir si les Haredim choisiront de présenter leur(s) propre(s) candidat(s), s’accorderont sur le soutien unanime de l’un des candidats en lice, sinon, sans candidat unique, cela pourrait modifier l’élection.

A quatre mois des élections, les principaux candidats Haredi sont l’adjoint au maire Yossi Deitch du parti YaHadout HaTorah et son collègue du parti Yitzhak Pindrus, également adjoint au maire.

Un deuxième maire ultra-orthodoxe ?

Un candidat Haredi ou un soutien seul, comme l’ont montré les élections passées, ne suffisent pas pour remporter l’élection.

En 2008, Meir Porush, aujourd’hui vice-ministre de l’Education, a perdu contre le laïc Nir Barkat avec seulement 43 % des voix contre 52 % pour Barkat, avec une participation globale de 43 %.

Et le large soutien accordé par les ultra-orthodoxes à Lion en 2013 (alors qu’il n’y avait pas de candidat Haredi, autre que le candidat ultra-orthodoxe Haim Epstein, qui a obtenu 3 %) n’a pas été suffisant pour le catapulter vers la victoire cette année-là, alors que le taux de participation globale a chuté à seulement 36 %.

Lion n’a cependant pas bénéficié du soutien des mouvements hassidiques Gur et Belz, qui, selon le journal Haaretz, totalisent quelque 7 000 votes potentiels. Lors des élections de 2013 et de 2008, les Hassidim de Gur n’ont reçu aucune directive spécifique de leur direction rabbinique sur quel candidat choisir, avec de nombreuses rumeurs en faveur de Barkat.

Le seul ancien maire ultra-orthodoxe de la ville, Uri Lupolianski, a remporté le vote en 2003, avec 52 % contre l’entrepreneur de l’époque, Barkat, le devançant d’environ 9 %. (Lupolianski, fondateur de Yad Sarah, sera condamné des années plus tard dans l’affaire Holyland – avec un autre ancien maire de Jérusalem, l’ex-Premier ministre Ehud Olmert – bien que sa peine ait été réduite par la suite à des travaux d’intérêt général en raison de problèmes de santé).

Selon les rapports du site d’information Ynet à l’époque, 70 % des Haredim de la ville ont voté en faveur de Lupolianski, contre 50 % des résidents laïcs, indiquant qu’un large consensus Haredi couplé à une volonté manifeste de gagner les élections pourrait potentiellement faire pencher la balance.

Mais le consensus Haredi est difficile à obtenir, car les oppositions sont nombreuses : Ashkénazes contre Séfarades, YaHadout HaTorah contre Shas, le parti Agudath Yisrael contre sa faction Shlomei Emunim, Degel HaTorah contre la faction de Jérusalem, les Lituaniens contre les Hassidim, les diverses dynasties hassidiques contre les autres, et les Haredim qui sont plus engagés dans la vie moderne contre les franges résolument isolationnistes.

Ces tensions se sont manifestées en 2008, lorsque le leader de YaHadout HaTorah Yaakov Litzman – et le mouvement hassidique Gur – ont rompu les rangs pour s’opposer à la candidature de Porush, de la sous-faction Agudath Yisrael Shlomei Emunim, déclenchant la fureur. Lors d’un incident mémorable survenu à la fin de 2008, des étudiants de la yeshiva du mouvement Slonim, qui se sont excusés par la suite, se sont transformés en lanceurs de kugels contre Litzman.

Yosef Deitch, maire adjoint de Jérusalem, le 3 mars 2013 (Flash 90)

Mais dans un signe apparent de rapprochement, Litzman aurait également déclaré à Netanyahu qu’il soutient maintenant Yosef Deitch de Shlomei Emunim, un Hassid Slonim et protégé de Porush, pour la mairie de Jérusalem.

« S’il est décidé de présenter un candidat Haredi, nous le soutiendrons pour la direction de la municipalité de Jérusalem. Si ce n’est pas le cas, nous soumettrons la question aux dirigeants rabbiniques pour qu’ils décident, au plus tôt deux mois avant les élections », a déclaré le bureau de Litzman fin mai, selon le site web de Kikar HaShabat.

Deitch, qui a récemment reçu le privilège d’être « kugelé » [entarté, ndlr] par ses adversaires dans le quartier de Mea Shearim, n’a pas encore reçu le soutien rabbinique ou n’a pas encore été officiellement déclaré. Et même s’il reçoit l’approbation de certains dirigeants rabbiniques, il n’y a aucune garantie que les partisans de Shas s’éloigneront de leur soutien de longue date pour Lion, divisant le vote haredi de la ville.

Pendant ce temps, Litzman cette semaine semblait prendre la température avec Elkin et Lion, en leur demandant de promettre de faire interdire la vie nocturne au marché Mahane Yehuda en échange du soutien de son mouvement hassidique Gur. Les deux candidats ont rejeté la demande.

Deri, le leader du Shas, semble, pour l’instant, soutenir Lion.

« Jérusalem a besoin d’un maire qui ne vient pas d’une certaine communauté mais plutôt de quelqu’un autour duquel tout le monde peut se rassembler », a déclaré l’ultra-orthodoxe Deri à la fin du mois de mai, ajoutant : « Lion est l’un de ceux qui correspondent à ce critère ».

Tous à la barre (aux bars)

Jérusalem peut se distinguer par le fait d’être la ville où les campagnes ne sont pas centrées sur les changements futurs, mais plutôt sur leur engagement sacré envers le statu quo. Bien entendu, ce que signifie ce statu quo, en particulier en ce qui concerne les questions relatives à la religion et à l’État et ce qui devrait être ouvert ou fermé le jour du Shabbat, est précisément le sujet du débat.

Et les questions relatives à la religion et à l’État qui se poseront au cours du mois à venir, en particulier si l’on considère qu’elles vont au-delà de la simple rhétorique de campagne et qu’elles entraînent des changements, pourraient également affecter le taux de participation.

La question a récemment pris de l’ampleur avec la proposition de fermeture du complexe de loisirs First Station (Ancienne gare) le jour du Shabbat, qui, bien qu’il n’ait jamais été près d’être fermé, a néanmoins été utilisé comme enjeu politique par les joueurs des deux camps.

Des Israéliens font la fête dans un bar du marché Mahane Yehuda à Jérusalem, le 8 mai 2018 (Crédit : Liba Farkash/Flash90)

Mais la First Station ne séduit pas vraiment les habitants de Jérusalem, contrairement au bien-aimé marché Mahane Yehuda et sa vie nocturne.

Si le souhait de Litzman au sujet du marché extrêmement populaire se rapproche d’une menace crédible de fermeture, la tentative d’empêcher sa vie nocturne pourrait se retourner contre lui, et les divers clients réguliers du quartier des bars – laïques, religieux et même ultra-orthodoxes, hipsters et non-hipsters – pourraient trouver un motif majeur pour les amener aux isoloirs lors des élections municipales – généralement monotones – qui se tiendront en octobre.

Il se pourrait même qu’ils viennent en masse.

Michael Bachner et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.

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