Le marché boursier israélien en forme malgré la guerre, la dette et les tensions régionales
Malgré les combats à Gaza et une lourde dette de guerre, la Bourse de Tel Aviv bat des records et le shekel atteint des sommets face à l’euro et au dollar
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Contre toute attente, le marché boursier israélien a battu des records cette année, malgré des guerres sur plusieurs fronts, surpassant les principaux indices boursiers mondiaux avec des résultats tout simplement spectaculaires. Parallèlement, le shekel s’est renforcé face au dollar et à l’euro, malgré une économie mise à rude épreuve par le coût exorbitant du conflit et une dette publique en forte hausse.
Depuis plus de 21 mois, à la suite du pogrom meurtrier perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023, l’armée mène dans la bande de Gaza la guerre la plus longue et la plus intense de son histoire. Ce conflit impose une pression inédite à l’armée régulière ainsi qu’aux réservistes de Tsahal, mobilisés pendant des semaines, voire des mois, loin de leur famille et de leur travail.
Israël a subi des salves de missiles balistiques, ses citoyens ont passé une grande partie de l’année à courir vers les abris, et l’espace aérien a été fermé à plusieurs reprises. Le mois dernier, durant la guerre de 12 jours contre l’Iran, 29 personnes ont été tuées, plus de 2 000 habitations ont été détruites ou endommagées, plusieurs bâtiments – dont un hôpital – ont été détruits et quelque 13 000 personnes ont été déplacées.
Dans le nord, la population commence à peine à se remettre du conflit contre le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, soutenu par l’Iran, alors que dans le sud, les habitants de Gaza ne peuvent toujours pas rentrer chez eux et que depuis le Yémen, les Houthis continuent de tirer des missiles.
Quelle est la source de cet élan haussier ?
En période de guerre prolongée, on pourrait s’attendre à une fuite massive de capitaux et à un effondrement des marchés locaux. Pourtant, même au plus fort de la campagne contre l’Iran le mois dernier, les investisseurs, locaux comme étrangers, se sont précipités sur le marché israélien, achetant actions et shekels.
Endiguer la menace iranienne
Les analystes et économistes interrogés par le Times of Israel attribuent cette envolée boursière à une conviction partagée : les succès militaires d’Israël contre le programme nucléaire iranien, combinés à l’affaiblissement des mandataires de Téhéran au Liban, en Syrie et à Gaza, pourraient réduire durablement les risques sécuritaires et économiques pesant sur le pays.
Les résultats de la guerre entre Israël et l’Iran ont également nourri l’espoir d’un Moyen-Orient redessiné, porteur d’une possible ère de paix économique et de prospérité régionale. Un espoir qui rouvre la voie à des opportunités longtemps convoitées avec les pays voisins.
« Israël doit bien sûr faire face aux coûts de la guerre, qu’il s’agisse de la hausse des dépenses militaires ou des efforts de reconstruction, mais les investisseurs voient au-delà. Ils se concentrent sur la dynamique globale et sur ce qui a été accompli : une opération militaire réussie contre l’Iran, considéré de longue date comme le principal risque géopolitique et existentiel pour Israël, ainsi qu’une menace majeure pour son économie », a confié Jonathan Katz, macroéconomiste chez Leader Capital Markets, au Times of Israel.
Pendant des dizaines d’années, la menace iranienne a plané comme une ombre sur l’horizon économique d’Israël, citée régulièrement comme un facteur de risque par les analystes locaux et internationaux, les agences de notation et les observateurs géopolitiques.
La guerre entre Israël et l’Iran « est perçue par les marchés financiers comme un tournant », a expliqué Katz. Il a rappelé le succès d’Israël qui qu’Israël a progressivement réduit les menaces régionales pesant sur sa sécurité depuis fin 2024, notamment en contenant le Hezbollah au Liban et en multipliant les frappes préventives en Syrie, après la chute du régime d’Assad.
Le Hezbollah, autrefois principal bras armé de Téhéran dans la région, a été sévèrement affaibli par Israël au terme d’un conflit qui a duré plus d’un an, depuis le 8 octobre 2023, et s’est conclu par un cessez-le-feu en novembre 2024.
Selon Katz, l’optimisme actuel des marchés trouve ses racines dans les frappes ciblées menées l’an dernier, qui ont éliminé la plupart des hauts dirigeants du Hezbollah, y compris son chef Hassan Nasrallah, tout en réaffirmant la supériorité militaire d’Israël dans la région. Cet élan s’est vu renforcé par la récente campagne militaire contre l’Iran en juin dernier.
À l’issue de 12 jours de frappes israéliennes sur des sites nucléaires, militaires et gouvernementaux iraniens, un cessez-le-feu a été conclu le 24 juin. Pendant cette période, le shekel s’est apprécié d’environ 8 % face au dollar, atteignant son plus haut niveau en deux ans.
Gaza, l’éléphant dans la pièce
Israël reste cependant engagé dans une guerre prolongée contre le Hamas dans la bande de Gaza. À première vue, cette situation sécuritaire instable devrait tempérer l’enthousiasme des marchés. Pourtant, c’est bien une lecture optimiste des développements régionaux qui continue de porter l’investissement.
Selon les données de la Bourse de Tel Aviv (TASE), cette dynamique s’est traduite par un afflux soutenu de centaines de millions de shekels dans les véhicules d’investissement suivant les principaux indices boursiers israéliens.
En 2024, la Bourse de Tel Aviv affichait déjà la plus forte croissance parmi tous les marchés boursiers mondiaux, après avoir subi une chute brutale au déclenchement de la guerre en octobre 2023. Les principaux indices israéliens ont rapidement rebondi, enregistrant une hausse de près de 30 % en dollars au cours de l’année.
Ce redressement a surpassé celui d’autres grands géants mondiaux, notamment la hausse de 25 % du S&P 500 et de 15 % du Dow Jones Industrial Average aux États-Unis, ainsi que celle de 19 % de l’indice MSCI World et de 7,8 % de l’indice FTSE-100 au Royaume-Uni.
En 2025, la tendance se poursuit. L’indice de référence TA-125 de la Bourse de Tel Aviv a progressé de 34,6 %, tandis que le TA-35, qui regroupe les principales capitalisations, a bondi de 33,6 %, plaçant ces deux indices parmi les cinq meilleures performances mondiales.
L’indice TA-90 – qui suit les plus grosses entreprises hors TA-35 – affiche quant à lui une envolée d’environ 36 %, ce qui en fait le meilleur performer de l’année parmi les indices boursiers américains et européens.
« La reprise du marché israélien reflète la conviction selon laquelle la situation géopolitique d’Israël est aujourd’hui meilleure qu’avant le 7 octobre 2023, et que les menaces géopolitiques se sont nettement atténuées sur l’ensemble des fronts, qu’il s’agisse de l’Iran ou de la frontière nord », a déclaré Yaniv Pagot, vice-président des opérations boursières à la Bourse de Tel Aviv.
Pagot a fait remarquer que les investisseurs institutionnels israéliens et les acteurs du marché, qui gèrent des milliards de shekels issus de l’épargne publique et des fonds de pension, réorientent désormais leurs capitaux vers la Bourse israélienne, après près de deux ans de retrait.
Au premier semestre 2025, les investisseurs particuliers israéliens ont injecté environ 8,2 milliards de shekels dans les marchés boursiers locaux, soit plus du double des 3,5 milliards enregistrés au second semestre 2024, selon les données de la Bourse de Tel Aviv. Ce regain d’activité intervient après une année 2023 marquée par une fuite des capitaux vers les marchés étrangers, notamment aux États-Unis, en raison des inquiétudes suscitées par les tentatives gouvernementales d’affaiblir le pouvoir judiciaire et de marginaliser les institutions de contrôle.
Les investisseurs étrangers ne sont pas en reste, au premier semestre 2025, ils ont injecté quelque 9,6 milliards de shekels sur le marché israélien, contre 3,9 milliards au second semestre 2024.
« Les grandes institutions financières estiment que le moment est idéal pour réduire leur exposition aux actions américaines, en raison des risques, de la volatilité et des tensions commerciales, et de réorienter leurs investissements vers Israël », a expliqué Katz.
Les investisseurs, israéliens comme étrangers, ont massivement acheté des actions bancaires, soutenues par des bénéfices records dans un contexte de taux d’intérêt élevés. Ces titres sont perçus comme un bon baromètre de l’économie. D’autres secteurs enregistrent également une forte demande, parmi eux, les assurances, la construction, les infrastructures, les compagnies aériennes et la grande distribution.
Pagot et Katz soulignent que cette dynamique traduit aussi la confiance des marchés dans la capacité de l’économie israélienne à se reconstruire et à se redresser rapidement, comme elle l’a déjà démontré après des chocs précédents, notamment lors de conflits plus courts contre le Hamas.
Mais cette guerre, qui dure depuis 21 mois, exerce une pression bien plus forte, entre le coût de la reconstruction, l’indemnisation des familles de victimes et de réservistes, et des dépenses militaires massives.
Toutefois, dans le contexte actuel de négociations sur un possible cessez-le-feu avec un Hamas affaibli et de réduction du risque d’escalade avec l’Iran et ses mandataires, les investisseurs estiment que les coûts et les dommages d’une guerre prolongée restent contenus.
« Les marchés intègrent une forte probabilité de cessez-le-feu à Gaza, et anticipent la fin des hostilités, avec toutes les souffrances et les tragédies qu’elles ont engendrées, avec une sortie d’Israël renforcée sur le plan géopolitique régional, ce qui soutient les performances des marchés financiers locaux », a commenté Katz.
« Lors des escalades précédentes, Israël a su redresser rapidement ses finances publiques, en réduisant la dette et le déficit. Cette résilience contribue aussi à maintenir l’intérêt des investisseurs pour la Bourse et le shekel », a-t-il ajouté.
Des marchés florissants, mais une note toujours sous pression
Début juillet, l’agence de notation mondiale Moody’s a maintenu une perspective négative sur la note souveraine d’Israël, n’excluant pas une nouvelle dégradation. Elle a mis en garde contre des « risques géopolitiques et sécuritaires accrus ». Une baisse de notation peut entraîner une hausse du coût de l’emprunt pour l’État, les entreprises et les ménages.
L’agence a notamment exprimé de vives inquiétudes quant aux répercussions économiques de la campagne contre l’Iran, jugeant qu’elles « pourraient être plus graves que ce qui est actuellement anticipé ».
Moody’s prévoit une croissance du PIB israélien de 2 % en 2025 et de 4,5 % en 2026. Ces estimations restent en deçà des prévisions révisées de la Banque d’Israël, qui table sur une croissance de 3,3 % en 2025 et de 4,6 % en 2026.
En septembre dernier, l’agence de notation avait abaissé la note de crédit d’Israël de deux crans, la faisant passer de A2 à Baa1. Elle justifiait cette décision par une « baisse de la qualité des institutions et de la gouvernance israéliennes » dans leur capacité à gérer les finances publiques, ainsi que par la forte augmentation des dépenses liées à la guerre.
Regard sur l’avenir
L’économie israélienne a connu un rebond au début de l’année 2024, après une contraction brutale de 20,8 % au dernier trimestre 2023, lorsque le déclenchement de la guerre contre le Hamas avait provoqué une chute des dépenses de consommation, des échanges commerciaux et des investissements. En 2024, la croissance a été d’environ 1 %, contre 1,8 % en 2023 et 6,3 % en 2022, avant le début des hostilités.
« Les marchés financiers gardent une vision optimiste, tournée vers l’avenir, au-delà de la guerre et de l’après-guerre. L’économie israélienne fait preuve d’une résilience remarquable, portée par une population qui continue d’entreprendre, d’innover, de consommer et d’investir, en particulier dans le secteur des hautes technologies », a analysé Yaniv Pagot.
Les investissements dans l’industrie technologique israélienne ont atteint leur plus haut niveau en trois ans au premier semestre 2025. Les difficultés de financement, qui avaient paralysé le secteur durant les combats les plus intenses, ont commencé à s’atténuer dès la fin 2024.
La croissance de la tech est cruciale pour relancer l’économie israélienne, ce secteur représentant environ 20 % du PIB, contre moins de 10 % aux États-Unis et environ 6 % dans l’Union européenne (UE). L’économie israélienne repose également en grande partie sur les exportations de produits de haute technologie, qui représentent environ 50 % du total des exportations, ainsi que sur les recettes fiscales générées par ce secteur.
Selon Pagot et Katz, les investisseurs sont également de plus en plus optimistes quant à la possibilité qu’un cessez-le-feu avec le Hamas ouvre la voie à de nouvelles opportunités et à un ordre sécuritaire et économique plus stable au Moyen-Orient.
« Beaucoup de bonnes nouvelles potentielles ne se sont pas encore concrétisées, mais elles sont déjà prises en compte par les marchés financiers », souligne Katz. « Parmi elles, un cessez-le-feu durable à Gaza, ou encore l’élargissement des accords d’Abraham à l’Arabie saoudite et à d’autres pays voisins. »
Il prévient toutefois que « si rien de tout cela ne se matérialise, si les négociations sur un cessez-le-feu s’enlisent et que la guerre se prolonge, les marchés pourraient marquer le pas, voire reculer ».
L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.
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