Le nouveau ministre de la Justice dit qu’il sera le « bouclier » des juges
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Le nouveau ministre de la Justice dit qu’il sera le « bouclier » des juges

Avi Nissenkorn a salué le système judiciaire, "vital" pour la démocratie, tandis que son prédécesseur a continué d'attaquer le procureur général, même pendant le passage de relais

Le nouveau ministre de la Justice Avi Nissenkorn s'exprime pendant une cérémonie au ministère de la Justice, le 18 mai 2020 (Crédit : Shlomi Amsalem/GPO)
Le nouveau ministre de la Justice Avi Nissenkorn s'exprime pendant une cérémonie au ministère de la Justice, le 18 mai 2020 (Crédit : Shlomi Amsalem/GPO)

Le nouveau ministre de la Justice Avi Nissenkorn du parti Kakhol lavan a promis, lundi, d’être un « bouclier » pour le système judiciaire alors qu’il cherche à opérer une rupture radicale avec l’approche de son prédécesseur controversé, Amir Ohana, issu du Likud.

« Le ministère de la Justice est le bouclier qui défend la démocratie et, aujourd’hui, il doit être protégé. Et je le protégerai », a clamé Avi Nissenkorn lors de la cérémonie de passage de relais organisée au ministère, à Jérusalem. « Je suis là aujourd’hui pour vous dire qu’à partir de maintenant, je serai votre bouclier », a-t-il ajouté.

« Vous recevrez toute la protection nécessaire pour pouvoir accomplir votre mission publique avec professionnalisme et sans crainte », a-t-il poursuivi.

Avi Nissenkorn, ancien dirigeant du syndicat de la Histadrout, a estimé que si les critiques du système judiciaire étaient « non seulement légitimes, mais raisonnables », elles ne donnaient pas non plus « carte blanche » aux tentatives de « délégitimation ».

« Le fait que des responsables du système judiciaire soient obligés de s’entourer de gardes du corps est impardonnable », a-t-il dénoncé.

Amir Ohana, un proche allié du Premier ministre Benjamin Netanyahu, officiait comme ministre de la Justice intérimaire depuis le mois de juin dernier. Au cours de son mandat, il a attaqué de manière répétée le système judiciaire et ceux qui sont à sa tête en raison de l’enquête pour corruption menée sur le Premier ministre qui a finalement débouché sur une mise en examen de ce dernier.

Au cours de la cérémonie de lundi, Amir Ohana et le procureur général Avichai Mandelblit se sont envoyés des piques.

Le ministre sortant de la Justice Amir Ohana et le procureur-général Avichai Mandelblit lors d’une cérémonie au ministère de la Justice, le 18 mai 2020 (Crédit : Shlomi Amsalem/GPO)

« Je quitte mon poste aujourd’hui avec des sentiments mitigés », a déclaré celui qui a désormais la charge du ministère de la Sécurité intérieure et qui, à ce titre, aura la responsabilité de la police.

« Les problèmes évoqués par un grand nombre de personnes avant moi, et contre lesquels j’ai moi-même mis en garde, n’ont pas été réglés. La réforme si nécessaire du service du procureur de l’État et des procureurs n’a pas eu lieu parce que le système, aujourd’hui pas moins que dans le passé, est calibré de manière à protéger davantage ses propres pouvoirs que la confiance que lui ont accordée les citoyens », a-t-il dit.

Et d’ajouter : « c’est, à mes yeux, très malheureux, mais je sais que le jour viendra – et j’espère qu’il ne naîtra pas d’une crise profonde – où les choses sembleront enfin différentes ».

Avichai Mandelblit, dans son discours, a pour sa part décrié les « fausses accusations » proférées à l’encontre des procureurs, une référence apparente aux attaques cinglantes lancées par les partisans de Netanyahu.

« Nous faisons face à de nombreux défis et nous sommes là pour vous aider. Nous n’avons qu’une seule direction à prendre, celle du droit et de la justice », a affirmé Avichai Mandelblit en s’adressant à Avi Nissenkorn. « Même quand les vents, dehors, sont tempétueux, même si on tente de nous détourner de notre chemin en soulevant de fausses accusations et en tentant de nuire à notre travail, nous continuerons à avancer toujours dans la même direction, sans peur ».

Il s’est également adressé à Amir Ohana, lui souhaitant bonne chance pour sa nouvelle fonction de ministre de la Sécurité intérieure : « Ce n’est pas un secret qu’il y a eu des querelles entre nous mais, à côté de cette réalité, une collaboration importante et positive a eu lieu ».

Le ministre de la Justice sortant Amir Ohana et le nouveau ministre de la Justice Avi Nissenkorn au cours d’une cérémonie au ministère de la Justice, le 18 mai 2020 (Crédit : Shlomi Amsalem/GPO)

Le procès de Netanyahu a été reporté de deux mois, deux jours avant l’audience d’ouverture qui était prévue le 17 mars, après la proclamation par Amir Ohana de « l’état d’urgence » dans les tribunaux au vu de la pandémie de coronavirus. Le Premier ministre comparaîtra devant les juges le 24 mai.

Au début du mois, le ministre sortant a ouvert une attaque à l’encontre d’Avichai Mandelblit et a demandé l’ouverture d’investigations sur l’ex-procureur de l’État Shai Nitzan, qui a chapeauté des enquêtes sur Netanyahu. Le contrôleur de l’État Matanyahu Englman a rejeté la demande d’Amir Ohana la semaine dernière.

Pour sa part, Avichai Mandelblit a porté plainte, mercredi, auprès de la police après avoir reçu des menaces de mort et autres messages de harcèlement de la part d’inconnus.

Le procureur général a été pris pour cible à de multiples reprises, ces derniers mois, par les partisans du Premier ministre après la mise en examen de ce dernier – une inculpation que l’intéressé a qualifié de « tentative de coup d’État » orchestrée par les médias, l’opposition, la police et le ministère public sous la houlette d’Avichai Mandelblit.

Le procureur-général Avichai Mandelblit s’exprime pendant une cérémonie au ministère de la Justice, le 18 mai 2020 (Capture d’écran : Twitter)

Amir Ohana était considéré par ses détracteurs comme le chien d’attaque de Netanyahu contre le système de la justice alors que ce dernier progressait dans ses enquêtes contre le chef du gouvernement. Il s’est souvent querellé avec Avichai Mandelblit sur l’étendue de leurs pouvoirs respectifs.

Les deux étaient notamment entrés en conflit à la suite de la nomination par Ohana de Dan Eldad au poste de procureur de l’État, au début de l’année. Avichai Mandelblit avait fini par accepter cette désignation, mais avait ensuite estimé qu’il n’était pas taillé pour le rôle, laissant entendre qu’il avait coopéré avec Amir Ohana pour saper le système judiciaire. Il aurait été convaincu de ce que les deux hommes tentaient de l’évincer de ses fonctions, probablement pour le compte de Netanyahu.

Amir Ohana et Avichai Mandelblit s’étaient également invectivés, au début du mois, après le gel par la Haute Cour de justice de la prolongation de trois mois du mandat de Dan Eldad. Avichai Mandelblit avait alors déclaré qu’il supposait qu’il assumerait lui-même les responsabilités de Dan Eldad jusqu’à la formation d’un nouveau gouvernement et la nomination définitive d’un nouveau procureur de l’État. Amir Ohana lui avait répondu qu’il n’avait pas l’autorité pour ce faire.

Le ministre sortant avait ajouté que le directeur général du ministère de la Justice, Sigal Jacoby, occuperait cette fonction entretemps.

Avec l’arrivée d’Avi Nissenkorn, il est difficile de dire qui siégera à ce poste jusqu’à ce que quelqu’un y soit nommé de façon permanente.

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