Le nouvel envoyé palestinien à Washington voit en Trump une “opportunité”
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Le nouvel envoyé palestinien à Washington voit en Trump une “opportunité”

Pour Husam Zomlot, si le président américain veut réussir là où d’autres ont échoué, il doit adopter un rôle plus neutre

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Le docteur Husam Zomlot, nouvel envoyé de l'Organisation de libération de la Palestine aux Etats-Unis. (Crédit : autorisation)
Le docteur Husam Zomlot, nouvel envoyé de l'Organisation de libération de la Palestine aux Etats-Unis. (Crédit : autorisation)

Le président américain Donald Trump semble « engagé » et « sérieux » dans sa volonté d’aider Israéliens et Palestiniens à conclure un accord de paix, mais il devra adopter un rôle plus neutre que les dernières administrations américaines pour atteindre la situation « gagnant-gagnant » qu’il espère, a déclaré le futur ambassadeur de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Washington.

Husam Zomlot, qui a rencontré des journalistes au Grand Park Hotel de Ramallah la semaine dernière, était enthousiaste quand il parlait de l’ « opportunité » qui s’était présentée depuis que Trump avait exprimé son désir de parvenir à un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens après des décennies de négociations.

Zomlot, qui est né à Khan Yunis, dans la bande de Gaza, arrivera mercredi à Washington, après avoir été un important conseiller politique de Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne.

« Nous voyons une opportunité de notre côté. L’appel du président Trump était très clair en ce qui concerne son engagement et son intention d’impliquer les deux parties vers un règlement politique final, a déclaré Zomlot, ce qu’il a décrit comme ‘l’accord ultime’. Inviter notre président est évidemment un pas dans la bonne direction. Il a écouté l’autre côté. Maintenant il écoutera le nôtre. »

Husam Zomlot prête serment devant le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pour devenir le chef de la délégation générale de l'OLP aux Etats-Unis, le 7 mars 2017. (Crédit : Usama Falah/WAFA)
Husam Zomlot prête serment devant le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pour devenir le chef de la délégation générale de l’OLP aux Etats-Unis, le 7 mars 2017. (Crédit : Usama Falah/WAFA)

Il s’agit d’un changement de ton remarquable de la part de l’AP.

Juste après l’élection de Trump, la panique avait commencé à se propager à Ramallah, au moment où le nouveau président ne répondait à aucun des messages de l’AP.

A ce moment, Zomlot était cependant certain que ce n’était qu’une question de temps et que la nouvelle administration américaine se mettrait en marche. Le temps semble lui avoir donné raison, puisque un peu plus d’un mois après, Abbas a reçu une invitation de Trump à se rendre à la Maison Blanche.

Cette visite doit avoir lieu vers la mi-avril, mais aucune date officielle n’a encore été annoncée.

Peu après la discussion entre Abbas et Trump, le président américain a envoyé son représentant spécial pour les négociations internationales, Jason Greenblatt, à Jérusalem et à Ramallah pour commencer à relancer le processus de paix.

Zomlot a décrit Greenblatt comme un homme « très attentif et d’humeur à écouter. »

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à droite, avec Jason Greenblatt, représentant spécial pour les négociations internationales du président Trump, à Ramallah, le 14 mars 2017. (Crédit : Abbas Momani/AFP)
Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à droite, avec Jason Greenblatt, représentant spécial pour les négociations internationales du président Trump, à Ramallah, le 14 mars 2017. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

« Il pouvait voir le côté politique/humain de l’histoire, et je pense que sa visite a été vue très positivement ici », a-t-il déclaré.

L’AP parle souvent de l’actuel gouvernement israélien comme celui qui est le plus à droite et le plus radical depuis la fondation de l’Etat juif.

Lorsqu’on a demandé à Zomlot pourquoi il était optimiste sur le processus de paix, alors que les conditions semblent pires que sous l’administration Obama.

Il a répondu: « Nous ne devrions jamais perdre l’espoir d’atteindre la paix. C’est une chose très précieuse. Et ce n’est pas comme si nous avions d’autres options. Toutes les autres options sont sans espoir pour nous, et pour le reste du monde ».

« Il y a un goût amer à essayer et échouer, a-t-il reconnu. Mais il y a un bon côté, c’est que nous, Palestiniens, nous avons appris les leçons de l’échec, particulièrement que la paix nécessite des engagements fermes de toutes les parties. Nous allons expliquer ces leçons au président Trump très clairement et de manière très transparente. »

Quand il lui a été demandé comment faire pour éviter les pièges précédents, Zomlot a répondu que « la solution magique est le mot frontières. C’est pourquoi, d’abord et avant tout, nous devons nous accorder sur les lignes de 1967 comme frontières des deux états. Nous devons être d’accord sur la destination finale, et ensuite travailler à rebours. »

Abbas a déjà fait des déclarations similaires dans le passé.

Israël a toujours rejeté une telle approche, affirmant que les frontières doivent être négociées et que des concessions ne peuvent être faites dès le début.

Le secrétaire d'État américain John Kerry, la ministre israélienne de la Justice (d'alors) et négociatrice en chef Tzipi Livni et le négociateur en chef palestinien, Saeb Erekat répondent aux questions des journalistes, le 30 juillet 2013 (Crédit photo: US State Department/domaine public)
Le secrétaire d’État américain John Kerry, la ministre israélienne de la Justice (d’alors) et négociatrice en chef Tzipi Livni et le négociateur en chef palestinien, Saeb Erekat répondent aux questions des journalistes, le 30 juillet 2013 (Crédit photo: US State Department/domaine public)

L’ancien secrétaire d’Etat américain John Kerry, qui a mené les négociations israélo-palestiniennes en 2013 – 2014, a déclaré qu’elles avaient échoué principalement à cause de la sévère absence de confiance entre les deux parties.

Quand il a été interrogé à ce sujet, Zomlot a répondu : « c’est la poule et l’œuf. Je pense que la confiance ne peut pas vraiment être consolidée sans résoudre le sujet politique, et vous devez avoir confiance pour résoudre le sujet politique. »

« Nous avons montré aux Israéliens que nous étions sérieux par des actes, pas par des mots, particulièrement dans le domaine du maintien de la stabilité et de la sécurité », a-t-il indiqué, en faisant référence à la profonde coopération sécuritaire entre les forces palestiniennes et l’armée israélienne en Cisjordanie, ajoutant que « Israël a empoché cela, mais ne s’est toujours pas engagé pour la paix. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré qu’il était prêt à rencontrer Abbas n’importe quand, n’importe où. Cependant, Abbas a affirmé avoir accepté de rencontrer Netanyahu à Moscou l’année dernière à l’invitation du président russe Vladimir Poutine, sans conditions préliminaires, et que le dirigeant israélien avait refusé de venir.

Zomlot a été catégorique : pour que Trump réussisse à négocier un accord de paix, il doit devenir un « égalisateur» entre les deux parties.

« Dans le passé, l’Amérique n’a pas pu jouer l’égalisateur et a ajouté à la déjà vaste asymétrie de pouvoir entre l’occupant et l’occupé », a-t-il déclaré.

Le président de l'Union pour le judaïsme réformé, le rabbin Rick Jacobs, au centre, pendant un service de prière au mur Occidental, à Jérusalem, le 4 juillet 2016 (Crédit : autorisation de l'UJR)
Le président de l’Union pour le judaïsme réformé, le rabbin Rick Jacobs, au centre, pendant un service de prière au mur Occidental, à Jérusalem, le 4 juillet 2016 (Crédit : autorisation de l’UJR)

Zomlot, qui a aidé à organiser une rencontre entre le rabbin Rick Jacobs, le dirigeant du mouvement juif réformé, et Abbas, a déclaré qu’il comptait continuait à travailler avec la communauté juive à son arrivée à Washington.

« L’une de mes missions principales est de dire la vérité et de décrire la situation telle qu’elle est, mais orientée vers le futur et les moyens d’avancer », a-t-il déclaré.

« Pour agir ainsi, nous devons montrer que ce n’est pas un conflit entre Juifs et musulmans, ni un conflit entre les aspirations de deux sociétés à établir des états modernes indépendants. La majorité des Palestiniens et des Israéliens, à mon avis, sont similaires dans leur recherche d’un futur différent. »

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