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Le parti RN en France: 50 ans et une dernière marche difficile à franchir

Les formations d'extrême droite ont connu des succès importants dans plusieurs pays d'Europe - et le RN espère bien enfin surfer sur cette vague

Ce fichier photo pris le 30 mars 2012 montre Marine Le Pen (d) embrassée par son père, président honoraire FN, Jean-Marie Le Pen (g) à la fin d'une réunion de campagne à Nice, dans le sud-est de la France. (Crédit : AFP PHOTO / BORIS HORVAT)
Ce fichier photo pris le 30 mars 2012 montre Marine Le Pen (d) embrassée par son père, président honoraire FN, Jean-Marie Le Pen (g) à la fin d'une réunion de campagne à Nice, dans le sud-est de la France. (Crédit : AFP PHOTO / BORIS HORVAT)

En pleine progression des formations d’extrême droite dans plusieurs pays d’Europe, le Rassemblement national, au départ simple groupuscule, fête ses 50 ans en France avec le statut de premier parti d’opposition. S’il s’estime prêt à gouverner, cette dernière marche semble encore difficile à franchir.

Ce parti, né sous le nom de Front national, célèbrera jeudi cet anniversaire (avec un jour de retard) sous les dorures du Palais Bourbon, siège de l’Assemblée nationale à Paris, avec un modeste « colloque » qui doit être « l’occasion de revenir sur (ses) victoires idéologiques », selon son président par intérim Jordan Bardella.

Alors que le RN a réuni plus de 40 % des voix à la dernière élection présidentielle en avril, puis obtenu 89 députés sur 577 lors des législatives de juin, ses militants sont convaincus que « à la prochaine élection, ce sera nous », comme le répète son ancienne présidente Marine Le Pen.

Les formations d’extrême droite ont connu des succès importants dans plusieurs pays d’Europe et le RN espère surfer sur cette vague.

Fin septembre, un parti post-fasciste, Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni, a été propulsé aux portes du pouvoir pour la première fois en Italie depuis 1945, deux semaines après la victoire en Suède d’un bloc conservateur comprenant les Démocrates de Suède (SD), parti issu de la mouvance néonazie et devenu la première formation de droite du pays nordique.

Giorgia Meloni s’adressant lors d’un rassemblement alors qu’elle entame sa campagne politique avant les élections générales, à Ancône, en Italie, le 23 août 2022. (Crédit : AP Photo/Domenico Stinellis/Dossier)

Outrances

Ces succès prolongent une tendance de fond, amorcée depuis les années 2000.

« La montée des mouvements d’extrême droite et de droite radicale est un phénomène global et déjà ancien. Aujourd’hui, certaines grandes démocraties ont déjà été gouvernées par des leaders d’extrême droite et on a une normalisation » dans plusieurs pays, explique à l’AFP Pietro Castelli Gattinara, enseignant-chercheur à l’Université libre de Bruxelles et Science Po Paris.

Et si « les succès dépendent beaucoup des situations nationales – culture politique, système partisan, système électoral, etc. –, la pensée de l’extrême droite n’est plus confinée au milieu d’extrême droite. Certains partis ont réussi à diffuser leurs thèses dans le discours général et à les faire reprendre par d’autres partis », d’où l’émergence de « coalitions de causes un peu improbables », pointe-t-il.

En France, la naissance du Front national remonte au 5 octobre 1972 quand se réunissent, sous un parti, divers groupes nationalistes qui se choisissent Jean-Marie Le Pen comme vitrine.

Mais « en fait, le vrai début du FN, ça n’est pas en 1972 mais aux Européennes de 1984 lorsqu’il dépasse les 10% », note le politologue Jean-Yves Camus, un score qui ne cessera de croître à chaque présidentielle, jusqu’à l’accession au second tour de Jean-Marie Le Pen en 2002, imité par sa fille Marine en 2017 et 2022.

Avec un discours basé sur la lutte contre l’immigration et l’insécurité, Le Pen père est parvenu dès les années 1980 à asseoir un quasi-monopole sur l’extrême droite française.

Cependant, ses outrances avaient fini par faire douter de sa volonté de conquérir le pouvoir.

Jean-Marie Le Pen, lors de son hommage annuel à Jeanne d’Arc, le 1er mai 2017. (Crédit : Christophe Archambault/AFP)

« Dédiaboliser »

En lui succédant à la tête du parti en 2011, sa fille Marine entend « dédiaboliser » le parti paria pour fissurer un plafond de verre devenu écrasant.

Le mouvement réalise « qu’il lui faut gommer certains aspects : l’inégalité des races, le ‘point de détail' », expression de Jean-Marie Le Pen pour décrire les chambres à gaz utilisées par les nazis et qui a lui ont valu des poursuites en justice, relève M. Camus.

« Le centre de gravité de la vie politique a bougé : l’immigration, l’identité, l’islamisme sont devenus des thèmes centraux », souligne le politologue.

Sur l’économie, la nuance a tourné au revirement, d’un libéralisme « reaganien » prôné dans les années 1980 à un interventionnisme assumé par Marine Le Pen.

Premier parti d’opposition à l’Assemblée nationale, le RN estime qu’il dispose désormais de figures pour un futur gouvernement en cas d’accession au pouvoir.

« Il y a des individualités qui se détachent, mais il leur manque encore de l’expertise technique », tempère néanmoins M. Camus.

Selon l’analyste, c’est avant tout « par le travail législatif à l’Assemblée que le RN pourra montrer sa capacité à gouverner ».

Jusqu’à rassembler une majorité absolue d’électeurs ? « À un moment donné, si vous labourez le sillon pendant 50 ans, avec une certaine ardeur, note M. Camus, vous pouvez arriver à la conjonction de la rencontre d’un homme, ou une femme, et d’un moment ».

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