Le télétravail booste la productivité mais entrave la culture d’entreprise
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Le télétravail booste la productivité mais entrave la culture d’entreprise

87 % des start-ups israéliennes ont adopté le travail à distance, permettant une baisse des coûts et davantage d'opportunités - mais l'innovation, le travail d'équipe en pâtissent

Photo d'illustration d'un homme travaillant en vidéo-conférence depuis chez lui. (Crédit : asiandelight; iStock by Getty Images)
Photo d'illustration d'un homme travaillant en vidéo-conférence depuis chez lui. (Crédit : asiandelight; iStock by Getty Images)

En raison de la pandémie de coronavirus, 87 % des start-ups israéliennes ont mis en place des opérations à distance, selon une enquête. Et si la plupart des personnes interrogées signalent une augmentation de la productivité pour un temps de travail équivalent à l’avant-pandémie, ils craignent un impact négatif sur la culture de l’entreprise, les employés perdant le sentiment de lui appartenir, et sur leur capacité à maintenir la créativité.

Selon l’enquête, quelque 85 % des personnes interrogées ont déclaré qu’il est probable ou assez probable qu’elles continuent à télétravailler plus de 12 mois après la fin de la pandémie.

L’enquête Startup Snapshot a été menée par Y. Benjamin Strategic Marketing ; LeumiTech, la branche bancaire de Bank Leumi Le-Israel Ltd, qui se concentre sur les entreprises technologiques ; les avocats Yigal Arnon & Co ; le programme d’accélérateur technologique d’Intel Corp, Intel Ignite ; Benson Oak Ventures et le programme d’entrepreneuriat de Zell.

Plus de la moitié des plus de deux cents start-ups interrogées dans le cadre de l’enquête avaient levé 10 millions de dollars ou moins, 81 % comptaient 40 employés ou moins et 71 % généraient déjà des revenus.

Image d’illustration : Un père travaille à distance, en visioconférence sur son ordinateur (Crédit : Kerkez; iStock by Getty Images)

Parmi les avantages du télétravail, on note une plus grande satisfaction des employés et peut-être une réduction des coûts immobiliers. Quarante-quatre pour cent des start-ups interrogées ont indiqué avoir réduit la superficie de leurs espaces de travail ou annulé des baux de location.

Les employeurs, quant à eux, disent avoir eu plus de mal à maintenir un sentiment d’appartenance chez leurs collaborateurs et cherchaient des moyens de les impliquer davantage et de les retenir, ainsi que de maintenir la créativité. Soixante-dix-neuf pour cent des entreprises interrogées ont déclaré que la culture d’entreprise – définie comme le travail d’équipe, l’innovation et la loyauté envers l’entreprise – était fortement ou partiellement affectée.

Si la tendance au télétravail se poursuit, « l’innovation en souffrira à long terme, car l’absence de conversations à la machine à café limitera l’effet de volant de la création de nouvelles idées », avertit Tzahi Weisfeld, directeur général d’Intel Ignite, dans le rapport. « Il est très difficile d’innover dans le vide ».

Pour survivre dans ce monde changeant, « la communauté des start-ups devra trouver un moyen de préserver » l’innovation qui naît généralement des interactions personnelles au bureau, commente Yifat Oron, directrice générale de LeumiTech. « Il faut trouver le bon modèle hybride entre le travail chez soi et le travail dans les locaux de l’entreprise, un modèle qui sera essentiel pour conserver l’innovation ».

La directrice-générale de LeumiTech, Yifat Oron (Crédit : Yoram Reshef)

La pandémie a également eu un impact énorme sur le marché de l’embauche – de nombreuses start-ups ayant gelé leur recrutement ou réduit leur main-d’œuvre. Aujourd’hui, un grand nombre de ceux qui ont dû quitter leurs entreprises recherchent dorénavant de nouveaux postes, ce qui entraîne un excédent de personnels qualifiés, explique l’enquête. La pandémie, qui a rendu moins pertinente l’importance de la présence physique des employés dans les locaux des entreprises, crée aussi une tendance : les start-ups commencent de plus en plus à s’appuyer sur l’externalisation, faisant appel à un réservoir de talents flexible et international.

Vingt-neuf pour cent des jeunes pousses interrogées ont indiqué compter aujourd’hui davantage sur cette externalisation, 50 % affirmant que la localisation de l’employé était moins déterminante que dans le passé.

« Les employeurs israéliens exploitent l’opportunité qui leur est offerte en faisant appel à des personnels hautement compétents du monde entier pour construire des organisations qui soient réellement internationales », continue le rapport.

Dans l’étude, 60 % des sondés disent avoir dû modifier leur stratégie de vente en se focalisant davantage sur les canaux numériques et en glissant vers la vente en ligne, ou en établissant des partenariats avec des distributeurs locaux. Vingt-et-un pour cent ont dit avoir changé leur géographie-cible et 14 % indiquent avoir embauché des représentants commerciaux dans les marchés qu’elles visent.

« Éloignées des marchés qu’elles ciblent, sans réseau ou conférences », les firmes comptent de plus en plus sur les ventes numériques et sur les distributeurs sur site, précise le rapport.

« S’il réussit, ce nouveau manuel des ventes a le potentiel de créer, en fin de compte, un avantage monumental et à long-terme pour la technologie israélienne. En ‘aplanissant le monde’, la distance géographique qui sépare des marchés internationaux ne sera plus un désavantage et les start-ups locales pourront concurrencer, avec succès, les firmes du monde entier, et tout cela depuis leurs propres locaux », continue le rapport.

Plus de la moitié des entreprises sondées – 55 % – ont fait savoir qu’elles avaient dû adapter leurs produits à la situation nouvelle, soit en ajoutant de nouvelles caractéristiques soit en réalisant une refonte de leurs offres.

Presque la moitié, 46 %, ont indiqué qu’elles tentaient de placer leurs technologies à distance auprès des investisseurs et des clients étrangers par le biais de la communication en ligne, plutôt qu’en face à face. Ce qui a résulté en des investissements moins importants et en une diminution de l’intérêt suscité par les produits à l’international. Les compagnies les plus touchées par ce phénomène sont les start-ups les moins importantes, montre le rapport.

Yael Benjamin, de Y. Benjamin Strategic Marketing (Autorisation)

« Nous avons mené cette étude pour voir comment cette tendance du travail à distance touche les firmes technologiques » en ce qui concerne la main-d’œuvre, l’embauche, les ventes et la collecte de fonds, explique Yael Benjamin, l’une des autrices du rapport.

Et l’image qui émerge est double, continue-t-elle. D’un côté, le glissement vers la vente en ligne, l’emploi et le travail à distance crée de nouvelles opportunités et les entrepreneurs apprennent à gérer de loin leurs opérations commerciales, leurs employés et leurs relations avec les investisseurs. Ils réduisent ainsi leurs coûts avec moins de frais de voyage, le déploiement à distance des produits et moins d’espaces de bureaux.

De l’autre côté, ce phénomène représente un défi pour la culture d’entreprise, l’innovation et la collecte de fonds.

« La pandémie nous a obligés à changer la manière dont on fait les choses », explique Yael Benjamin. « Elle pose un grand nombre de défis. Les firmes qui seront capables de s’adapter au changement et de profiter d’un monde dorénavant aplani auront un avantage énorme sur les autres ».

Le rapport montre également que les entrepreneurs israéliens ne sont pas restés passifs face à la pandémie. En effet, la majorité des start-ups, soit
69 %, disent ne pas avoir procédé à des changements dans leurs budgets de vente, choisissant à la place de se focaliser sur le repositionnement de leur produit, sur le changement des stratégies et sur la consolidation de leur part de marché dans une situation commerciale marquée par une forte instabilité générale.

« La majorité des start-ups ont adopté un positionnement offensif », continue Yael Benjamin. « Elles montrent leur agilité et leur capacité à s’adapter rapidement à une nouvelle réalité. Ce qui va leur donner probablement beaucoup d’avantages pour avancer ».

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