Les enfants vont être enchantés de la version (non-officielle) de la Haggadah Harry Potter
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Les enfants vont être enchantés de la version (non-officielle) de la Haggadah Harry Potter

Les juifs de tous bord sont sous le charme de la version proposée par le rabbin Moshe Rosenberg, qui propose une expérience de Pessah inédite

Ambassadeurs et diplomates se sont rassemblés pour un seder de Pessah modèle, à Tel Aviv, le 2 avril 2017. (Crédit : The Israel Project)
Ambassadeurs et diplomates se sont rassemblés pour un seder de Pessah modèle, à Tel Aviv, le 2 avril 2017. (Crédit : The Israel Project)

Wingardium Leviosa ! Si vous cherchez à rendre votre Seder un peu plus envoûtant cette année, la solution se trouve peut-être dans The (Unofficial) Hogwarts Haggadah. (La Haggadah non-officielle de Poudlard).

Le nouveau livre de poche à succès de 148 pages rédigé par l’enseignant et auteur rabbin Moshe Rosenberg est un ouvrage publié à compte d’auteur.

Comme si le charme d’Harry Potter avait, par magie, donné des ailes au livre, le titre s’est hissé tout en haut de la liste des Haggadot les plus vendues, tout comme ses titres sur la vie juive et les fêtes juives. Il est actuellement numéro un des trois catégories, et plus de 10 000 exemplaires ont été vendus. Les prix varient, de 16,77 dollars à 27,95 dollars sur Amazon. Chez le libraire Pomeranz, à Jérusalem, il est vendu 79 shekels.

« Nous sommes dans les 30 premiers livres du Top 100 d’Amazon, nous avons même été numéro 1. Nous n’avons pas encore de chiffres pour les livres vendus en libraire, mais nous savons que les ventes ont été bonnes », dit-il.

Comme un match de Quidditch effréné, l’effet surnaturel du texte annuel de Pessah a rapidement envahi l’imagination du public, depuis la sortie du livre, le 13 mars.

« L’écriture a commencé il y a un an environ, et s’est terminée en février 2017 », a déclaré Rosenberg au Times of Israël. « L’idée germe depuis des années, bien entendu. »

Les best-sellers fantastiques Harry Potter, de la romancière britannique J.K. Rowling ont inspiré une multitude de spin-off depuis qu’ils ont été importés aux États-Unis. La co-marque la plus connue est peut-être la superproduction en huit volets, et le dernier film officiel « Les animaux fantastiques », sortis en Blu-Ray et Digital HD le 28 mars.

Le succès éblouissant de la franchise a généré toute une panoplie de produits sous licence, notamment des répliques des baguettes magiques, des chapeaux et des écharpes avec l’emblème de l’école de sorcellerie Poudlard, des tatouages éphémères en forme d’éclair, des dragées de Bertie Crochue (certifiés cacher) dans une variété d’arômes plus ragoutants les uns que les autres, de vers de terre à vomi, en passant par un œuf pourri.

Mais la contribution de Rosenberg, en collaboration avec la graphiste Aviva Shur, est peut-être la plus juive de toutes.

« La Haggadah non-officielle de Poudlard » n’est pas le premier hommage rendu par Rosenberg au héros. En 2011, la maison d’édition Ktav Publishing, a publié Morality for Muggles: Ethics in the Bible and the World of Harry Potter. (Moralité et Moldus : l’éthique dans la Bible et dans le monde d’Harry Potter).

Le dernier ouvrage de Rosenberg a recours à de nombreux points discutables du monde du jeune sorcier. L’éclair – une cicatrice sur le front d’Harry Potter qui symbolise sa résilience face au Mal – est un indice pour indiquer ce qui relève de la fiction.

Le livre fait référence aux amis fidèles d’Harry, Hermion, HAgrid, Ron, mais également à d’autres personnages, aux quatre maisons de Poudlard, Gryffondor, Serpentard, Pouffsouffle et Serdaigle, et le chant classique de Had Gadya est revisité.

Harry asésarmé Malefoy, parce que Pettigrow a hésité /

Parce qu’Harry lui a sauvé la vie/

Bien qu’il eut trahi sa mère/

Dont l’amour avait sauvé le fils…

« Le parallèle le plus marquant entre Poudlard et la Haggadah est probablement celui qui oppose les 4 maisons de Poudlard et les 4 fils mentionnés dans le Seder », écrit Rosenberg.

« Bien qu’ils ne soient pas, et ne doivent pas nécessairement être mis en relations, cette catégorisation des élèves s’appuie sur un principe de base de l’éducation, chaque élève est un individu, doté de traits de caractère uniques, d’aptitudes et de passions. »

Mais concrètement, comment le chef spirituel de la communauté Etz Haim de Kew Gardens Hills dans le Queens (NY) a établi un parallèle entre les sorts et les potions d’Harry Potter, les enseignements de sorcellerie, Poudlard et les Moldus et la célébration annuel de la Sortie d’Égypte ?

Lumos Maxima ! Comme Potter lui-même le dirait, le Times of Israël a essayé de faire la lumière sur ce phénomène dans une interview avec Rosenberg, qui enseigne également les études juives en école primaire, et est coordinateur de la technologie de l’intégration à la SAR Academy de Riverdale, dans le Bronx. Dans les soirées à thème Harry Potter, il dirige des activités pour le club étudiant éponyme.

Legilimens ! Rabbi Rosenberg ! Legilimens ! Entrons dans les rouages de votre esprit. En quoi votre Haggadah est plus qu’un livre destiné au fan ?

C’est une Haggadah complète et fonctionnelle, avec le texte intégral du rite ashkénaze en hébreu, et sa traduction en anglais, et elle peut être utilisée pendant les sedarim.

Peut-on vraiment suivre un Seder avec ?

Absolument ! Cela a toujours été le but.

Pourquoi avez-vous décidé de rapprocher les univers d’Harry Potter et celui des miracles de Pessah ? Et comment expliquez-vous aux simple mortels Moldus la décision d’écrire une Haggadah Harry Potter ?

Il y a tellement de parallèles entre le parcours d’Harry Potter, un orphelin rejeté qui devient le sauveur de la sorcellerie que je suis surpris qu’il s’agisse de la première Haggadah à ce sujet. Les livres d’Harry Potter reprennent plusieurs éléments clés et leçons de la Sortie d’Égypte – relever les opprimés, le partage de notre richesse et de notre prospérité, l’éducation, les différents modes d’enseignement, la relation parent-enfant, l’amour inconditionnel etc.

Les parallèles entre les deux univers sont évidents. Et quand j’ai vu le succès des « Animaux fantastiques », j’ai compris que le public était encore très friand de projets Harry Potter, donc j’ai décidé qu’il était temps que je me mette à écrire. Les enfants sont ravis !

Qu’est-ce que vous aimez dans votre Haggadah ?

Tellement de choses ! Mais j’ai trouvé cela très gratifiant de voir que les enfants le lisent activement et sont excités. Tout le principe du Seder, c’est d’enseigner et de débattre avec la nouvelle génération, et ce but est atteint.

Pour ceux qui sont étrangers à l’univers d’Harry Potter, qu’est-ce qui est juif dans cet univers ?

La saga Harry Potter contient de nombreux thèmes humains et des valeurs qui sont similaires aux thèmes et aux valeurs juives. L’importance de l’amour du prochain, l’accent sur l’éducation, la nécessité de se poser des questions, tant de leçons que j’enseigne dans mes cours et qui ont un équivalent dans la saga. Aussi le fait d’être capable de les relever permet à mes étudiants de les intégrer d’une façon qui n’aurait pas pu se faire autrement.

Comment a été accueilli l’ouvrage ?

Les réactions ont été globalement très positives. Ma famille m’a été d’un grand soutien et ont été très enthousiastes depuis le départ, et mes enfants ont joué un rôle capital dans l’édition et la promotion du livre. C’est grâce à eux et à leur connaissance des réseaux sociaux que ce livre est devenu un phénomène tellement répandu.

J’ai été submergé par les félicitations de mes collègues à la SAR Academy et par les membres de ma communauté. Les gens sont particulièrement reconnaissants quand les enfants lisent la Haggadah d’un bout à l’autre, avant même la fête. Cela veut dire que mon livre remplit son rôle. Des personnes de toutes les mouvances du judaïsme publient des photos avec leur haggadah. Tout le monde en parle, et parle de la façon dont leur Seder va être amélioré cette année. C’est incroyable !

Nous avons été contactés par des juifs de Nouvelle Zélande, d’Estonie, qui s’intéressent à la Haggadah. Chelsea Clinton a même tweeté à ce sujet ! C’était inattendu !

Le succès a dépassé nos espoirs les plus fous. Si ce n’est pas de la magie, je ne sais pas ce que c’est !

Dans la version classique de la fête, les plaies et la transformation du bâton de Moïse sont-ils une forme de magie juive ?

J’en parle dans l’une des rubriques de la Haggadah. Pour faire court, la réponse est non. Tous les miracles accomplis par Moïse montrent qu’il était un intermédiaire de D.ieu, mais il ne faisait pas de magie lui-même.

Quelle est votre position sur l’intérêt manifesté pour la magie juive et la kabbalah ?

Bien que je possède « Jewish Magic and Superstition » de Joshua Trachtenberg, un classique dans le domaine, c’est davantage par curiosité, pas vraiment un incontournable.

Votre premier livre n’a pas satisfait votre désir de fusionner les deux mondes. Pourquoi un seul livre sur Harry Potter « dayenou » n’était pas suffisant ?

Eh bien, si J.K. Rowling ne s’est pas contentée de 7 livres, pourquoi devrais-je me suffire d’un seul.

C’était une suite logique de ce que je faisais avec mes élèves. En réalité, un chapitre est dédié aux rédactions des élèves, qui associent Harry Potter, le judaïsme et la vie. Le livre m’a permis d’enrichir les leçons sporadiques et les comparaisons qui ont ponctué mes cours pendant des années.

The (Unofficial) Hogwarts Haggadah sert bien évidemment un rôle plus spécifique, et des juifs de tous bords peuvent s’y identifier, et il a donc eu un attrait immédiat.

Comment conciliez vous votre rôle en tant que rabbin et votre exploration de la culture populaire ?

J’espère avoir été clair dans mon livre, je prends la Torah très au sérieux, et je prends Harry Potter très au sérieux. Je veux montrer que ces deux courants, sans avoir besoin de les hiérarchiser, peuvent nous enseigner des leçons éternelles sur la façon de vivre une vie pleine de sens.

Avez-vous d’autres projets liés à l’univers d’Harry Potter ?

Je n’ai pas encore vraiment eu le temps de m’y pencher, mais c’est très possible. Gardez l’œil ouvert.

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