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Les Israéliens affluent au Pérou pour y passer des vacances… mais pas que

Avec l'hébreu aussi répandu dans les rues que la langue locale, Pisac connaît un afflux de sabras à la recherche d'un répit par rapport au stress de la vie en Israël

Vue d'une rue de Pisac, au Pérou. (Crédit : Jacob Kessler)
Vue d'une rue de Pisac, au Pérou. (Crédit : Jacob Kessler)

PISAC, Pérou (JTA) – À environ 30 km au nord-est de la capitale touristique de Cusco, la petite ville péruvienne de Pisac est nichée dans la verdoyante Cordillère des Andes. Bordée de rues pavées et de maisons en pisé à deux étages, la ville offre un mélange distinct d’ancienne culture inca et de paysages à couper le souffle.

La place principale de Pisac, la Plaza de Armas, est souvent remplie de femmes indigènes tirant des alpagas, de marchands d’art locaux vendant leurs produits artisanaux et d’enfants jouant au football – rien d’extraordinaire pour une ville touristique des Andes. Mais juste en face de l’église de la Plaza, un récent ajout ne passe pas inaperçu.

Un drapeau jaune avec une couronne bleue est drapé sur la rampe de l’un des bâtiments de deux étages qui flanquent la place, avec l’inscription « Mashiach » – « Messie » en hébreu.

Le drapeau indique que le bâtiment est un centre du mouvement hassidique Habad Loubavitch, qui a placé des émissaires dans des dizaines de différents pays. Ouvert en avril, le centre Habad de Pisac est le troisième du Pérou, après ceux de Lima et Cusco. Les dirigeants de Habad Cusco ont décidé d’envoyer un émissaire pour ouvrir une antenne à Pisac en raison d’une tendance que les habitants ont remarquée ces dernières années : la popularité de la ville auprès des touristes sabras (terme d’argot utilisé pour désigner un Juif né en Israël).

Dans les rues de Pisac, on entend l’hébreu presque plus souvent que l’anglais ou le quechua, la plus répandue des langues indigènes du Pérou. Le rabbin Habad local a déclaré que 50 à 100 personnes assistaient chaque semaine à ses offices du Shabbat. De nombreux restaurants ont traduit leurs menus en hébreu. Des dizaines d’autocollants jaunes sont disséminés dans cette ville d’environ 10 000 habitants, sur lesquels figure le visage de l’ancien chef du mouvement Habad, Menachem Mendel Schneerson, plus connu sous le nom de Rabbi de Loubavitch.

« J’adore cet endroit », a déclaré Liad Shor, un Israélien de 26 ans qui vit à Pisac depuis plus d’un mois. « Pisac est un lieu de voyage très réputé parmi les Israéliens, alors je voulais voir comment c’était. »

Pisac, dans la cordillère des Andes, à 30 km de Cusco. (Crédit : Jacob Kessler)

La ville fait de plus en plus partie de la « Route du houmous », un itinéraire informel que de nombreux jeunes Israéliens suivent après avoir effectué leur service militaire obligatoire. L’expression « Route du houmous » a été utilisée pour désigner des lieux d’Asie du Sud-Est, mais ces dernières années, elle a également été appliquée à des régions d’Amérique latine. Plusieurs étapes en Amérique du Sud sont devenues si populaires auprès des Israéliens que les habitants ont commencé à leur proposer des services spécifiques.

Mais Pisac n’est pas seulement une escale pour les jeunes touristes israéliens à la recherche de quelques jours de tranquillité. De nombreux Israéliens un peu plus âgés, attirés par la spiritualité infusée dans la vie quotidienne à Pisac – qui implique souvent la consommation de substances psychédéliques cultivées localement – ont choisi de faire de Pisac leur résidence permanente.

Nitzan Levy, un Israélien de 30 ans originaire de la région de Jérusalem, fait partie des dizaines de sabras – voire des centaines – qui se sont installés à Pisac et dans la région de la Vallée sacrée pour échapper à la société israélienne.

« Disons que 80 % [données inventées] des Israéliens vivent avec un stress post-traumatique », a déclaré Levy à la Jewish Telegraphic Agency. « Je veux dire par là que de façon générale c’est un environnement difficile à vivre lorsque vous êtes constamment en mode ‘survie’. C’est pourquoi, en vivant dans des communautés alternatives comme ici, ou comme au Costa Rica, au Guatemala ou en Thaïlande, on peut s’éloigner de toute cette intensité  et trouver sa propre guérison. Parce que nous avons tous connu la guerre d’une manière ou d’une autre et que nous devons guérir en tant que société, mais nous ne pouvons pas encore le faire en Israël. »

Avec une amie non israélienne, Nitzan Levy a ouvert Masa Mamita, un petit café à Pisac. Le samedi, on y sert du houmous et elle prépare parfois du jachnun, un plat traditionnel juif yéménite. (Crédit : Jacob Kessler)

La « guérison » dont parle Nitzan prend souvent la forme de ce que les habitants appellent la « planta medicina », c’est-à-dire des psychédéliques tels que l’ayahuasca (DMT) et le San Pedro (la mescaline). Pour les visiteurs du monde entier, et pas seulement les Israéliens, Pisac est devenu un havre de paix pour ceux qui souhaitent s’essayer à ces plantes, qui peuvent temporairement modifier l’état de la réalité et accroître les sens. Il est légal ici de participer à des cérémonies de « guérison par les plantes », et beaucoup décident de le faire pour guérir leurs traumatismes de l’enfance, soigner des dépendances profondément enracinées ou tenter d’avoir une rencontre avec le divin.

Aminadav Shvat, un Israélien de 36 ans, a également décidé de s’installer à Pisac pour la spiritualité et la médecine par les plantes qu’il y a trouvées. Il a été attiré par le San Pedro, un cactus psychédélique originaire des Andes. Il s’est entretenu avec la JTA en portant des tefillin – phylactères utilisés par les Juifs pour les prières du matin – à l’intérieur d’un restaurant israélien qu’il a ouvert à Pisac l’année dernière.

« Lorsque nous essayons certains psychédéliques, nous trouvons en fait une connexion très similaire à celle de Moshe Rabbeinu avec le sneh », a déclaré Shvat, faisant référence à l’histoire biblique de Moïse et du buisson ardent. « Nous renforçons le lien entre les humains et Dieu. »

« Je suis donc venu dans la Vallée sacrée pour m’essayer au San Pedro, mais je suis resté parce qu’il y a une communauté de personnes qui travaillent sur elles-mêmes spirituellement », a-t-il ajouté. « Il y a beaucoup de magie ici. »

Aminadav Shvat se tenant à l’extérieur de son restaurant à Pisac, à côté d’un chevalet annonçant certains des plats israéliens qu’il y sert. (Crédit : Jacob Kessler)

Shvat, qui vient d’une famille de rabbins, a décidé de s’installer à Pisac et d’ouvrir un restaurant pour servir de lieu de rencontre aux voyageurs juifs. Il organise des dîners de Shabbat qui sont parfois fréquentés par des locaux non-juifs. Et, l’année dernière, il a même organisé un office de Yom Kippour « alternatif » avec une méditation au bord d’une rivière.

Le rabbin Ariel Kadosh, jeune dirigeant de 25 ans de Habad Pisac et ancien élève de Habad Cusco, souhaitait à l’origine ouvrir une branche de Habad au Maroc avec son épouse Talia.

« Je n’avais jamais entendu parler de Pisac avant », a déclaré Kadosh. « Mais après notre arrivée, nous nous sommes rendu compte que les gens venaient à Pisac pour vivre des expériences spirituelles… Je pense donc que c’est un endroit idéal pour un Habad. »

Kadosh n’est pas d’accord avec ceux qui essaient de se connecter à la spiritualité par le biais de substances psychédéliques, mais il se réjouit de pouvoir parler de Dieu et d’autres sujets spirituels avec les « aventuriers » après leur voyage psychédélique.

Il a raconté l’histoire d’un chercheur spirituel qui avait écrit au Rabbi de Loubavitch pour lui demander s’il était permis d’utiliser le LSD pour entrer en contact avec Dieu. Le Rabbi lui avait répondu que la « voie juive » consistait à atteindre des sommets spirituels par la lutte.

« Pour ma part, je ne pense pas que ce soit une bonne chose », a déclaré Kadosh à propos de l’utilisation des psychédéliques. « Le Rabbi dit que ce n’est pas notre façon de faire. »

Le rabbin Ariel Kadosh et son épouse Talia dirigeant le Habad de Pisac, au Pérou. (Crédit : Ariel Kadosh)

Malgré la façade paisible de la ville, tout le monde n’est pas satisfait d’un tel afflux d’Israéliens. Certains habitants ont fait part à la JTA de leur frustration à l’égard des jeunes touristes israéliens qui, selon eux, tentent excessivement de marchander. Mais Aminadav a signalé un autre phénomène.

« Au coin de la rue, j’ai mis un panneau en hébreu pour [signaler] mon restaurant », a expliqué Aminadav. « Quelqu’un y a apposé un autocollant représentant le drapeau palestinien avec les mots ‘Israël, État tueur’. »

Bien que les autocollants de Schneerson soient plus nombreux que ceux du drapeau palestinien, ces derniers sont également présents dans toute la ville.

La semaine dernière, des informations faisant état d’une attaque violente à l’intérieur du centre Habad ont circulé sur les réseaux sociaux. Dans un message publié sur un groupe Facebook de la communauté, quelqu’un a accusé un étudiant Habad d’avoir attaqué une femme et de l’avoir menacée avec une lame. « N’est-ce pas ce qu’ils font tous les jours en Palestine ? », lit-on en commentaire sur le post en question.

Les dirigeants du centre Habad ont affirmé qu’un couple de locaux ivres étaient entrés dans le bâtiment à 2h du matin et avaient commencé à proférer des commentaires antisémites, ajoutant que l’étudiant n’avait fait que se défendre. La police locale a déclaré qu’aucune des deux parties n’avait finalement signalé l’incident.

Les nouveaux dirigeants du centre Habad ne sont pas découragés par les récentes tensions. Kadosh a déclaré qu’il envisageait de donner des cours de Kabbale sur le toit du nouveau bâtiment Habad et qu’il souhaitait également organiser des séances de nigun, qui consistent à chanter des mélodies hassidiques spirituelles.

Selon Kadosh 50 à 100 personnes participent à ses repas de Shabbat. (Crédit : Ariel Kadosh)

Après avoir travaillé avec des Israéliens pendant plus de 30 ans, Sergio Quispe Maita peut comprendre « 70 à 80 % de l’hébreu ». Il a commencé à apprendre la langue alors qu’il travaillait comme cuisinier dans un restaurant israélien de Cusco appelé Nargila – « chicha » en hébreu. Il s’est engagé à apprendre trois mots par jour et converse désormais en hébreu dans son propre restaurant israélien de Pisac, le Nafis.

Le restaurant de Maita est rattaché à l’auberge de jeunesse Colores, l’une des auberges les plus populaires de Pisac pour les jeunes Israéliens, à tel point que certains habitants de la ville l’ont même surnommée « l’auberge israélienne ». Le restaurateur local a donc quotidiennement l’occasion de pratiquer son hébreu.

« Dieu merci, je parle la langue, et donc je les comprends », a-t-il dit. « Et je sais qu’avec le temps, Pisac comptera beaucoup plus d’Israéliens, car c’est une petite ville très attrayante pour les personnes qui cherchent à profiter du calme. »

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